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CHRONIQUES DE LOUIS XII
PAR
JEAN D'AUTON
IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR
A NOGENT-LE-ROTROU.
CHRONIQUES
DE LOUIS XII
PAR
JEAN D'AUTON
EDITION PUBLIEE POUR LA SOCIETE DE L HISTOIRE DE FRANCE
PAR R. DE MAULDE LA GLAVIÈRE
TOME PREMIER
À PARIS
LIBRAIRIE RENOUARD
H. LAURENS, SUCCESSEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANGE RUE DE TOURNON, N° 6
M DCGG LXXXIX
245
** *: ♦v
EXTRMT DU REGLEMENT.
AiiT. ^4. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d'en préparer el d'en suivre la publication.
11 nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable, chargé d'en surveiller l'exécution.
Le nom de l'éditeur sera placé à la tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail .lui a paru mériter d'être publié.
Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome /" de l'édition des Chroniques de Louis XII par Jean d'Actoin. préparé par M. R. de Maulde, lui a paru digne d'être publié par la Société de l'Histoire de France.
Fait à Paris, le 20 octobre 1889.
Signé : BAGUENAULT DE PUCHESSE.
Certifié : Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, A. DE BOISLISLE.
CHRONIQUES
DE LOUIS XII
LA CONQUESTE DE MILAN».
L'exceltacion et gloire des humains anticques au noble excercice des armes considérant avoir heu com- mancement et moyen et perpétué leur fin et, en la riche myne de vertueuse proesse, les imcomparal)les
1. D'après le manuscrit original, coté fonds français n" 5089, à la Bibliothèque nationale, registre de parchemin (avec reliure de la Bibliothèque du roi au xyii^ siècle), de 0,194 millim. sur 0,30 centim.; d'une même écriture gothique, haute, à marges; de 53 feuillets, plus 4 de garde au commencement et 1 à la fin. I/es titres, en lettres de couleur, ont été intercalés dans le texte après coup et d'une manière factice. — Ce ms. paraît n'avoir jamais quitté la Bibliothèque nationale. Au verso du premier feuillet de garde, une main moderne a écrit : Ritlime. Le volage de Millan el la conqueste d'icelle; le recto du deuxième porte ces mots, d'une écriture du commencement du xvi^ siècle : Cest livre appartient au roy Loys XI1% avec un paraphe qui peut être celui de G. de Sanzay, libraire du roi Louis XII; au recto du troisième feuillet, on lit, en lettres rouges, le titre : Les Alarmes de Mars sur le voyage de Millan, avecques la conqueste et entrée d'icelle, puis les chiffres des inventaires successifs. Le revers du quatrième feuillet I 1
•2 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [1499
trésors d'honneur immortel et heureuse renommée emcherchés et trouvez, et les faictz commemorables d'iceulx par les escriptz des historiographes et croni-
esl entièrement occupé par une grande miniature emblématique : le triomphe de Mars. Mars, armé à l'antique, un fléau dans la main droite, une rêne dans la main gauche, est assis sur un char très élevé et de dessin fantaisiste. Devant lui est assis un loup (un chien d'après M. Ilennin, Monuments de f histoire de France, VII, 101). Ce char est trainé de gauche à droite par une paire de chevaux de moyenne allure, l'un bai, l'autre blanc, simplement harnachés d'un collier, de traits et d'un très léger filet rouge. Un détachement de piquiers, à la livrée du roi (mi-partie rouge et jaune), marche près des chevaux, un détachement de gens d'armes de l'ordonnance près du char. Parmi eux, un guidon, près du char, porte le fanion de Louis XII (une flamme en pointe mi-partie rouge et jaune, chargée d'un porc-épic d'or). Dans le fond appa- raît une perspective de paysage, du genre italien. L'encadrement se compose de deux colonnes de fantaisie, portant un fronton en forme de vaste coquille. La lète de Mars est énergique et bien dessinée; elle paraît d'une main étrangère et ses dimensions sont un peu fortes pour le reste de la peinture. Le manuscrit ne pos- sède point d'autre enluminure. A la fin, sur le recto du feuillet 53, il porte les lignes suivantes, d'une écriture analogue à celle du manuscrit, mais plus forte :
« Ora per duces consors ter regens et posses Sydn « Ludo vicia fui demilana germanie « En maie fortune laxa vie prêter ira « Par miles deducas ne sera jam es remissus « De celere gyon fert ille tante suberant « Ave que est radios galias es femine fuit « Nostrc Lysya cum quis domi nacione terne « Quem dira morte logent vi vel ovis très christi en. » Les 25 premiers feuillets du texte sont remplis par un poème des Alarmes de Mars, dépourvu d'intérêt historique et littéraire. La Bibliothèque de l'Institut (fonds Godofroy ccxxxvni) pos- sède une copie de cette chronique, sur papier, de 25 feuillets, d'une écriture de la fin du xvi^ siècle. La Bibliothèque nationale en possède aussi une copie ancienne (ms. fr. 5090), grand in-4° de
1499J LA CONQL'ESTE DE MILAN. :j
queurs aux yeulx des vivans clerement demonstrés, et ausi au service de l'affaire commun le glayve m'estre interdit etmyshors de la main, pour toutesfoys a vye oyseuse vouloir tourner le doz ' et faire quelque recueil et amas du relief et remanant du loz victorieux que par les Halles les Françoiz auroient semé, veu que par effort de main armée favorizer ne les peulz : d'encre et de papier ay, scelon mon pouvoir, délibéré leur donner quelque secours, sachant, scelon la teneur des histoires grecques et romaines, la plume des poètes disers et elegans orateurs d'Athènes et de Romme moings d'ayde n'avoir faict a la chose publicque que la lance des hardys combateurs. A celle fin, doncques, que la mémoire des faictz louhables et gestes reluy- sans des homes vertueux par longue succession de temps ou deffault de mectre main a la plume ne soit obscurcie ou du tout estaincte, tant que clerement a la cognoissance des humains futurs apparestre ne puisse, je, très loingtain imitateur de l'art oratoire, ay ozé présumer d'escripre et rédiger par lectre partye des actes florissans et œuvres recomandables des victo- rieux Françoiz, par eux faictes en la conqueste de la duché de Millan.
En l'an de grâce mil quatre cens quatre vingtz dix neuf, tout ainsi comme a l'ueil j'ay peu veoir et cog- noistre une partye des choses et l'autre entendre et
papier de 80 feuillets, sans dessins ni miniatures, — c'est le texte original, librement transcrit; — une copie moderne dans le fonds Dupuy, ms. 122.
1. Jean d'Auton n'avait encore aucun caractère officiel. C'était un simple moine libre et non résidant.
4 - CHRONIQUES DE LUUIS XII. [1499
savoir par le rapport des conducteurs et acteurs des œuvres millitaires\ pour icelles descouvrir aux vivans, qui ne les sauront, et aux futurs, qui ne les auront veu, les exclarcir, tant que l'exaltacion du royaume très chrestien et triumphe du ceptre liligerent de France soit en commemoracion eterne, et ausi pour perpétuer ung spectacle apparant des collaudables labeurs de ceulx qui de tiltres d'honneur sont dignes, affin que leurs bienfaictz puissent a eulx prosfîcter et exemplis- fier aux autres (car louhanges honorables se doivent seullement actribuer a ceulx deuenfient les méritent), et ouvrir le passage d'honneur a ceulx qui les chemins de vertus vouldront enssuyvre, et aussi la mémoire de ceulx qui en sillence passent leur temps, avecques sons de cloches faire depperir...
Or, affin que continuation de paroUes empruntées tant ne m'escarte ou transporte le sens que sincopper me face le récit de la conqueste par cy devant emcom- mancé, mais, pour rentrer au propos afferant a la matière sur ce requise et démontrer clerement le droict et tiltre que ceulx de la maison d'Orléans sur la duché de Millan demandent, quelque peu de la genealogye d'iceulx toucher est requis, combien que la chose soit tant esclarcye que de preuve n'aict nul besoing. Sans plus alonger le compte de motz perdus, ne plus bas cmchercher la tige ou les seppes et rays des anticques lignes des preteritz ont priz origine, ains pour acce-
1. D'Auton oxpose à plusieurs rcprisos qu'il écrit après une enquête minutieuse auprès des principaux capitaines. Il semble- rait aussi qu'il se transporta en Italie en 1499, puisqu'il a vu une partie des choses.
1499] LA CONQUESTE DE MILAN. 5
lerer mon œuvre et pour suyvre le propos de mon intencion a brief parler, chascun doit savoir que feu monseigneur le duc Louys duc d'Orléans, frerre du roy Charles sixiesmes, ayeul du roy Louys douzième, qui a présent est, dame Yalentine, fille du duc Jehan Galeaz, premier' duc de Millau, espousa ; a laquelle, par contract de mariage, donna celuy Galeaz quatre cens mille ducatz et la compté d'Ast, et, avecquez ce, vou- lut et ordonna que, s'il decedoit sans hoirs masles de luy procréés, que, de la duché de Millan, a cause d'ice- luy maryage, a monseigneur le duc d'Orléans et aux siens fust faict domaine propriétaire. Toutesfoys, eut celuy duc Galeaz ung filz nommé Philippes Marye- ; lequel, par decez paternel, a la duché succedda, et sans aucuns hoirs légitimes ne aultres, fors une seulle fille dégénérée dessendus de luy inféconde, deceda; après la mort duquel, les Yenissiens, comme ambicieux de seigneurir, cuydant la duché de prince desnuée, voulurent sur elle prendre tout le droict que force leur y pourroit donner, supposé que a la maison d'Orléans deuement en appartint le jouyr. Or advint, après le decez du duc Philippes, ainsi que Venize voulut gai- gner pays sur Millan, que, par suptile usurpacion et voye hostille, ung nommé Francisque Sforce, du vil
1. Lo duché de Milan fut érigé en duché par diplôme impérial du 11 mai 1375 et le comté de Pavie en comté par diplôme du 3 octobre 1396.
2. Jean d'Auton omet le règne de Giovanni Maria Visconti, fils aine du duc Galeaz. Il se trompe également en attribuant à Fr. Sforza la qualité d'ancien muletier et en représentant son mariage avec Bianca Visconti comme postérieur à la mort de Filippo Maria.
(j CHRONIQUES DE T.OUIS XII. [1499
mestier de toucher le haras de miilleterye, soubz le poteslat des Venissians, monte au degré de gênerai cappitaneat (de la lignye duquel soy dit estre venu le seigneur Ludovic) ; soubz ombre de vouloir subjuguer la duché de Millau a la seigneurie de Venize, partye des villes et chasteaux a son prosfict conquist et a poste mist gens d'armes et garnisons dedans ; et le rema- nant des places et pays de la duché a luy se rendit, moyennant ce qu'il esposat Blanquc, fille bastarde du duc Philippes Marye; laquelle ne devoit, scelon tout droict, a la duché de Millan succéder, mais seuUement appartenoit a monseigneur le duc d'Orléans, a cause de madame Valentine, fille du duc Jehan Galeaz, duc de Millan, comme dessus est recité : toutesfois I^ran- cisque Sforze et les siens, par l'espace de soixante ans ou plus, en faulces enseignes ont la duché possédée et maintenue; mais, n'eussent estes les cruentes et lutueuses guerres que les Angloys, ennemys encyens de France, faysoyent lors en Normandie, en Guyenne et par toute la Gaulle^, et ausi l'empeschement de la longue prison en quoy fut par hostage en Engleterre détenu monseigneur le duc Charles, duc d'Orléans derrenier mort, père du roy vivant, par les prédé- cesseurs du seigneur Ludovic si longz jours n'eust esté la duché de Millan en paix occuppée. Mais Fortune parverse, qui tousjours decheville l'aixil de sa roue mobille contre l'eur des plus vertueux, voulut les ans llorissans du tant noble et excellant prince en captivité
1. Par Gaule, on entonrlait, sous Louis XII, tous les peuples de race gallique, du Rhin aux Alpes. V. notre livre sur la Veille de la Réforme.
1499) LA CONQUESTE DE MILAN. 7
preterir ; par quoy les usurpateurs, durant ce temps, heurent le don de transquille repos, et jusques a ce que le roy moderne, qui de la maison d'Orléans est issu, vint, par la mort de son feu père, a icelle succé- der, lequel, depuys, moult vigoureusement, et luy estant seullement simple duc, a souventes foys bonne guerre faicte a ses ennemys et, comme ung preux Hannibal, nonobstant les assaulx de fortune, les mous passés et repassés.
Apres (juc Tordonnance divine eut par les Fatales mandé son vouloir irrévocable sur l'interitdecessif du fu roy Charles Magnanime exécuter, et (jue le ceptre royal de France en la main du roy Loysle Triumphant fut mys, comme de celuy qui directement porter le devoit et a la couronne succéder, les Estaz tenus et arrestésS l'Esglize unye et pacifyée, Noblece exaulcée et magnifyée. Labeur sublegé et soustenu et, en somme, tous les impetueulx vens de guerre en France transquillizez et adoulciz par le vouloir et comman- dement du roy et l'advys et conseil des saiges, pour la conqueste de Millau tînir et terminer fut transmys et envoyé outre les mons le très noble excercite de France; et, pour icelluy conduyre et mener, soubz la charge du compte de Ligny', du seigneur Jelian Jacques^
1. Cet éloge a intrigué plus d'un commentateur. Il s'agit des états provinciaux, que Louis XII fît exactement tenir dès la pre- mière année de son règne.
2. Louis de Luxembourg, comte de Ligny, avait, en France et en Italie, une situation telle qu'elle ne pouvait manquer de lui ins- pirer le désir d'être le premier dans l'armée et de dominer Tri- vulce. De là une rivalité fâcheuse que la sagesse de Stuart d'Au- bigny aurait certainement conjurée.
Son père, le fameux Louis do Luxembourg, connétable de
CHRONIQUES DE LOUIS XII.
[1499
Saint-Pol, épousa on premières noces Jeanne do Bar, comtesse (le Marie, morte en 146?, dont il eut :
I
Jean, tué à
Morat en
1476.
Pierre II, comte
de Saint-Pol,
épouse Marie de
Savoie.
Antoine, comte
de Brienne.
I
I
Charles.
Charles de Luxem- bourg.
Philiberte,
épouse Jean de
Chalon, prince
d'Orange.
Marie, morte en Françoise,
1547, épouse : épouse
1° Jacques de Philippe
Savoie, comte de Clèves, de Romont, seigneur
mort en 1485; de Raven-
2" François de stein.
Bourbon, comte
de Vendôme.
Le connétable de Saint-Pol épousa, en secondes noces, Marie de Savoie, dont il eut un iils unique, Louis, comte de Ligny. Le comte de Ligny, parent du roi par son père, était donc cousin germain du duc de Savoie et de Ludovic Sibrza, oncle du comte de Vendôme, du sire de Ravenstein et du i)rince d'Orange. Agé de dix ans lors de la mort dramatique de son père, il vit tous les biens de sa famille, confisqués par Louis XI, passer à divers cour- tisans, au maréchal de Gié, au sire du Bouchage, à Guyot Pot, aux d'Amboise. Sous Charles VIII, les Luxembourg rentrèrent peu à peu en possession de leur patrimoine, et Louis de Ligny parut à la cour, où sa grâce, sa beauté, sa générosité, sa vaillance en firent l'idole des femmes et de la jeune noblesse. Charles VIII, son cousin germain par sa mère, se prit d'affection pour lui : le comte de Ligny l'accompagna dans l'expédition dltalie, qu'il fit tout entière à ses côtés. A Naples, Charles VIII lui fit épouser une très grande dame, proche parente des rois de Naples, Leonor des Baux, princesse d'Altamura, princesse fort belle, fort riche et veuve, fille de Pierre de Guevarra, marquis de Vasto-Ammone, comte d'Ariano et d'Apice, grand sénéchal de Naples, et d'Yseult de Baux. La fortune de la princesse d'Altamura, quoique comjire- nant encore les villes de Venouse, Canossa et autres, était cepen- dant moins grande que ne le dit Brantôme, car Charles VIII lui en avait confisqué les principaux Heurons, le marquisat de Vasto-
1499] l'A rONQUESTK DE MILAN. 9
Ammone, les comtés d'Ariano et d'Apice, qu'il donna au maré- chal de Gié. Après le départ des Français, la princesse, compro- mise par son mariage, fit de vains efforts pour rentrer dans ses vastes domaines; le roi de Naples les considéra comme tombés dans le domaine royal et donna Ariano et Apice aux Caraffa. Le Loyal serviteur et, après lui, Brantôme racontent que, restée à Naples, la princesse éprouva un tel chagrin du départ de son jeune et brillant capitaine qu'elle en mourut. Cependant une miniature du manuscrit de la Déploration du trespas de feu monseigneur Loys
de Luxembourg , par Le iMaire de Belges, nous représente la
mort du comte de Ligny et une dame, éplorée, devant sa couche funèbre (ms. fr. 23988). Sous Louis XII, le comte de Ligny, cham- bellan du roi, jouissait d'une pension de 12,000 livres (y compris 4,000 livres comme gouverneur de Picardie et le revenu du domaine de Mortagne à lui abandonné par le roi). Il portait les titres de « prince d'Altemore, duc d'André et de Venouze, comte de Ligny, etc. » La compagnie que lui avait confiée Charles VIII était de 100 lances et tenait, en 1501, garnison à Parme (ms. Clair. 240, p. 557); elle a été illustrée par son lieutenant, Louis d'Ars, et par Bayard, qu'il y accueillit comme simple homme d'armes (Le Loyal serviteur; Brantôme, Histoire de Charles VIII; Du Chesne, Histoire de la maison de Luxembourg; J. Le Maire de Belges, la Plainte du désire..., publiée en 1509 à la suite de la Légende des Vénitiens; ms. fr. 1683; fr. 16772, fol. 26; fr. 19602, fol. 18 \° ; Entrée de Charles VIII à Florence, Archives de la Loire- Inférieure, E 235, et plaquette gothique de 1495; c^e de 1499, por- tefeuille Fontanieu; Vitale, Storia d'Ariano, in-4% 1794; Procéd. politiques du règne de Louis XII, introduction et p. 631, 684; Bre- quignv; le P. Anselme, t. III, p. 728 ; Bernier, Registre du conseil de régence de Charles VIII, p. 65, 113,179, 191,207,217; ms. de Dom Morice, cote 1809 à la Bibliothèque de Nantes, p. 110, etc., etc.).
Les Italiens reprochaient au comte de Ligny de n'être pas Fran- çais; on sait que le comté de Ligny, toutefois, faisait partie de la France (ms. fr. 3882, fol. 58, etc.).
Le comte de Ligny mourut fort jeune, en 1503, du dépit (selon Brantôme) de n'avoir pas eu la charge de vice-roi de Naples ; mais c'est Brantôme qui le dit. On le pleura, comme un capitaine entrainant et intrépide. C'était un homme résolu, mais extrême et sans mesure. Toute sa vie, la fougue l'emporta. En 1495, il avait conseillé à Charles VIII les mesures les plus chevaleresques et les plus impolitiques. Au retour de Naples, lorsque l'armée française courait les plus grands dangers, il s'opposa à ce que
!0 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [1 in9
Charles VIU rendit aux Florentins les places qu'il devait leur rendre; il favorisa la demande formulée par les Siennois de con- server une garnison française et en accepta la capitainerie; il favorisa une demande analogue des Pisans. Arrivé en Lombardie, il aurait voulu qu'on partit en guerre contre Ludovic le More et proférait tout haut contre lui de telles menaces qu'après la paix de Verceil Ludovic en prit prétexte pour refuser de venir voir Charles VIIL Un tel caractère ne pouvait manquer de se heurter au caractère violent et entier de Trivulce (Commines, II, 529). Ajoutons que le comte de Ligny nourrissait sans doute, comme Trivulce, le secret désir de se créer une principauté à Pise, nou- velle source de rivalités. On l'accusait même de prétendre au royaume deNaples (Marino Sanuto, II, 1264). Louis XII lui donna, en l''i99, Voghera, Tortone et plusieurs autres places en Milanais. Outre sa compagnie, il commandait aussi la compagnie du duc de Valentinois, confiée par la suite à Aubert du Rousset (Marino Sanuto, II, 832, 883).
3. Jean-Jacques Trivulce, Milanais d'origine, et du parti guelfe, appartenait à une antique maison de Milan. C'était le plus illustre des trois capitaines français, et il est trop connu pour que nous ayons besoin d'esquisser sa vie. Rappelons seulement que, rompu dès sa jeunesse à la vie du condottiere, il avait quitté de bonne heure sa patrie. Il fit ses premières armes au siège de Sienne et il y montra sa bravoure et son caractère d'inflexible loyauté, en défendant bravement les jeunes filles et les femmes contre la vio- lence de la soldatesque et en les renvoyant intégras. A la suite de ces premiers exploits, le pape lui offrit le chapeau de cardinal, qu'il refusa pour garder le casque de fer. Il vint en France avec Galéas Sforza et déploya la même bravoure au service de Louis XI. Il se maria à Naples avec Béatrice d'Avaloz. Capitaine du roi de Naples en 149.5, il passa avec sa compagnie au service de Charles YIII ; sa vigueur contribua beaucoup au succès de la bataille de Fornoue, en même temps que sa connaissance du pays, ses relations en Italie, sa prudence, son adresse valurent à l'armée française d'effectuer facilement une retraite périlleuse. Il mourut, le 5 décembre li98, à quatre-vingt-cinq ans selon les uns, à soixante et onze ans selon d'autres. En 1499, malgré son âge, quoique criblé de blessures, et atteint jadis d'une maladie jugée incurable, dont il se guérit pourtant, il avait encore toute sa vigueur. Soldat dans l'âme, solide, dur pour lui-même, sobre, insensible à la cha- leur et au froid, toujours le premier levé au camp et le dernier couché, son activité était proverbiale. Jusque dans son extrême
1499] LA CONQUESTE DE MILAN. |1
et du seigneur d'Aubigny', lieutenans generaulx du
vieillesse, il aimait les chevaux les plu? fougueux; en guerre, il se couchait où il se trouvait, souvent sur la terre nue ; en temps de paix, on le voyait partout : il courait la route de Paris à Milan comme pour une promenade, traversant les Alpes en plein hiver aussi bien qu'en été, sans souci des années. Il aimait le labeur et le péril et il s'y précipitait; il lui fallait, pour dormir bien, le brou- haha d'un camp ou le bruit des clairons ; « Hne erant citharœ, ha' lyrsp, » dit un panégyriste. Fidèle à sa cause, bon et équitable pour les vaincus, son caractère droit et inflexible le faisait redou- ter du soldat : les viols, les incendies, les vols le trouvaient inexo- ^rable (Ant"s Thylesius, Consentinus, Oratio quam habuil in funere ill^^ Joannis Jacobi Trivulcii, plaquette de 8 feuillets in-4o, impri- mée à Milan en 1519). On écrivit sur sa tombe : « Jac. Trivultius, hostium terror, qui in vita nunquam quievit, hic quiescit. Tace. » (Gohori, Fze ?n'« de Louis Xll, Ribl. nat., ms. iat. 597], fol. 33.)
Au physique, Trivulce était gros, court, d'apparence robuste. Il avait le nez gros et large, la figure commune. (P. Jove.) La pas- sion de sa vie était la haine de Ludovic. Dépouillé par lui de ses biens, il s'expatria. C'est cette haine qui le fit passer dans les rangs français et lui inspira ses exploits. Nul, en 1495, ne poussa plus opiniâtrement à la guerre contre Ludovic; c'est lui qui, à Fornoue, voulut qu"on se frayât un passage les armes à la main. (Oratio Jacobi TrivuUii ad Carolum odavum regem Gallix, de edu- cendo exercitu ex Italia per adversos hostes Italix conjuratos, in-4% Paris, 1601 ; amplification attribuée à Trivulce.) Par l'article 7 du traité de Yerceil, Ludovic s'engagea à lui restituer nommément tous ses biens (Histoire de Charles VIII, p. 723), mais il ne les res- titua pas. Ce n'est qu'en 1499 qu'il offrit de le faire; il était trop tard. M. Rosmini a écrit l'histoire de J.-J. Trivulce. Sa famille occupait à Milan une place considérable à la tête du parti guelfe. Un Trivulce était des meurtriers de Giovanni M^ Visconti, un autre des principaux serviteurs de Filippo M-^, un autre des fondateurs de la république ambrosienne.
Trivulce recevait en 1499 une pension de 10,000 livres (compte de 1499, portefeuille Fontanieu), son fils une pension de 2,000. Il avait aussi obtenu une pension pour son fils bâtard, en attendant un évêché (ms. fr. 2928, fol. 12; fr. 22275, rerus de 1497 et 1502; compte de 1503, ms. fr. 2927). Un de ses neveux recevait 400 livres (ms. Clair. 224, n» 395K
1. Berauld Stuart, sire d'Aubigny, appelé à jouer sous Louis Xll
\2 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [1499
un rôle fort important, a été l'objet d'une foule d'erreurs de la part des historiens et notamment de Brantôme, dans la notice qu'il lui a consacrée (II, 369-371). On le confond habituellement avec Robert Stuart, son gendre, qui prit le nom de d'Aubigny après la mort de son beau-père. Berold ou Berauld Stuart (que Jean d'Auton, plus loin, appelle aussi Bernard) appartenait à une branche de la famille royale d'Ecosse, qui paraissait séparée depuis au moins deux siècles du rameau principal. Les Stuarts étaient fort nombreux et couvraient l'Ecosse. Son père, Jean Stewart, s'engagea comme Écossais au service de la France; il s'intitulait « connétable des Escossois estans en France » (Tit. orig., Stuart, nos 2-4); il reçut de Charles YII la terre d'Aubigny en Berry, le 26 mars 1422 (Bibl. de l'Institut, fonds Godefroy, t. CXXXVII, n» 13; La Thaumassière), et, en 1429, le privilège de porter les armes de France en quartier (ms. fr. 3910, fol. 185). En 1482, Louis XI donna à Berauld Stuart les gabelles de La Flèche et de Chàteau-Gonthier (ms. Clair. 222, fol. 207). En 1483, Stuart était chambellan, capitaine de 100 lances de la grande ordonnance, capitaine du château du bois de Yincennes, garde, de par le roi, de la personne de René d'Alençon, comte du Perche. En 1491, 1492 et 1493, il recevait une pension de 3,000 livres. En 1494 et 1495, capitaine d'Harfleur et de Montivilliers, seigneur d'Aubi- gny et de Saint-Quentin, chevalier de l'ordre, gouverneur de Berry, capitaine de la garde du corps du roi, il accompagnait en cette dernière qualité Charles VIII en Italie. Le roi l'envoya en Calabre, à Florence, et lui donna les terres du comte d'Acri et du marquis de Squillace, à Naples (Commines, t. II, passim). Plus chevalier que capitaine, Charles VIII, avant son départ, fit habil- ler les archers écossais de sa garde comme pour une parade ; il leur donna de beaux corps blancs, avec les bras et les jambes aux bandes rouges et blanches; il tit remettre à neuf toutes leurs armes et leur plaça sur la tête des plumaux tout neufs. Il donna à Berauld Stuart un costume analogue couvert de riches brode- ries; Berauld portait un plumail fait de dix-huit plumes blanches et violettes en forme d'énorme houppe (ms. fr. 2927, fol. 111). Au retour de l'expédition, il reçut, pour ses services, une gratification de 12,000 livre.s. Stuart d'Aubigny avait 1,800 livres de pension en 1497 (ras. fr. 22275), 4,000 en 1500. Investi de toute la con- fiance de Louis XII, il aurait, sans la maladie qui le retint à Asti, exercé sur la campagne de 1499 une fort heureuse influence ot neutralisé les inconvénients de la dualité du commandement, l^n 1500, il se flatta de recevoir le commandement supérieur du
1499] LA CONQUESTE DE MILAN. 13
roy^, furent ordonnés plusieurs bons capitaines, lieu- tenans, commissaires, airaulx d'armes et aultres offi- ciers très excellans et bien instruyz et excercités aux armes; et ausi pour la conduyte de l'artillerie et aultres charroys, tant d'aultres maistres, chiefz, prevostz, contreroUeurs et gouverneurs suffizans a ce que le voyage par deiïault de bonnes guydes ne povoit en arrière demeurer. Moult estoit belle chose a veoir et merveilleuse a ymaginer, la puissance de France, ou tant déjeunes gentilshommes et aultres fors et adroictz, voullant leur valleur amplisfyer et a qui myeulx, pour honneur acquérir, au service du roy leur pouhoir esvertuer comme il n'y avoit nul qui en cest affaire
Milanais, et, même le 30 juin, écrivant de Lyon à Nicolo Michiel pour le féliciter de son élection comme procureur de Saint-Marc à Venise, il lui annonçait son prochain départ (Rawdon Brown, Calendar oj State papers..., p. 288); onsait qu'il n'eut pas ce com- mandement, mais que Louis XJI l'institua grand connétable de Naples et lieutenant général de son armée pour la conquête de Naples. En 1505, comme commandant de la garde écossaise du roi, il prêta serment de défendre Claude de France et de faire exécuter le testament du roi (ms. Clair. 224, n" 424 ; ms. fr. 15536, fol. 5). Il mourut vers 1507, car, en cette année, son gendre prend le titre de s'" d'Aubigny (Tit. orig., Stuart d'Aubigny, no^ 2-12, 14, 17, 18; ms. fr. 25783, n" 62). Sa sœur, Martine Stuart, dame de Saint-Quentin, avait épousé un Ecossais, nommé Codeber Carre; sa fille un Écossais, Robert Stuart. Nous parlerons plus loin de ces deux personnages. Lui-même avait épousé Anne de Maumont. Il avait pour lieutenant de sa compagnie Jean Stuart (ms. fr. 15536, fol. 6). Sa compagnie fut confiée à son frère, le sire d'Auzon, que nous retrouverons plus loin.
1. Tous trois de nationalité étrangère. Les Milanais ne man- quaient pas de le faire remarquer; mais Ludovic le More avait, lui, une armée de mercenaires bien autrement cosmopolite. Louis Xn avait, comme dit Brantôme, le plus bel état-major d'officiers que la France ait connu depuis Charlcmagne.
\'i CIIRONIQLES DE LOUIS XII. [1499
n'eust parfaicte envye de soy bien monstrer, etpencent avoir la bataille, cliascun s'estoit mys a l'avantaige en point ce que faire dévoyant ; cai% aux homes armés, a fortes places et cautelleux ennemy avoyent a beson- gner ' .
Description plus ample devroye bien faire de la quantité de l'armée, mais non feray, doubtant, par trop eslargir le compte, les oyans a ennuy provoquer. Mais, que quessoit, seze cens homes d'armes d'or- donnance y avoit, tous les pencionnaires gentishomes et archiers de la garde du roy, et ceulx de l'oustel de la royne, en moult triumphant arroy ; et y estoit en some toute la tleur de la chevalerye et noblesse de France, avecques telle bende de Normans, Picquars, Suyces, Gascons, Savoysyens et autres nacions de Gaule, que, qui a jung les heust voulu tous nombrer, plustost heust trouvé commancemcnt d'ennuy que fin de compte-; et qui au roiz du soulcil heust veuz les
1. Nous avons établi, dans la Veille de la Réforme, quel était alors le budget de la France. Celui do Ludovic était estimé GÛO,000 ducats par Jacq. Signot, 800,000 par Nie, Gilles. M. Gantù l'a fixé à 700,000 ducats, soit au moins 2 millions de livres (le ducat valant de 50 sous à 5 livres, d'après M. Repossi).
2. D'après Corio, l'armée française ne comprenait que 1,200 hom- mes d'armes, 7,600 fantassins suisses, picards, gascons, 4,058 hom- mes de pied de médiocre ressource, et de l'artillerie. Ghilini [Annali di Alessandria^ p. 117) et Guichardin disent 1,600 lances, 5.000 Suisses, 4,000 Gascons, 4,000 Français; Cavitelli (Annales Cremoncnses] 1,600 chevaux, 9,000 fantassins. Marino Sanuto donne une évaluation détaillée qui va à 1,750 lances, 300 arbalétriers à cheval, 200 archers achevai, 9,700 fantassins suisses, picards, gas- cons, normands, et une artillerie assez faible. Mais cette évaluation est loin d'être exacte dans le détail; elle omet plusieurs compagnies et donne pour les autres des chiffres inexacts ; elle porte à 50 lances au lieu de 30 la compagnie du sire de Chàtillon, à 30 au lieu de
Juin 1499] LA CONQUESTE DE MILAN. 15
armes reluyre, les estandars au vent brausler, les groz chevaulx aux champs bondir et faire carrière a toutes mains, tant de lances, picques, hallebardes et autres enseignes de guerre par chemin, tant de gens d'armes, piétons, artillerye et charroys en avant marcher, bien eust peu dire seurement que assez de force y avoit pour tout le monde conquérir.
Le roy, vouUant veoir passer ses gens d'armes et mectre l'armée aux champs, sur la fin du moys de jung, entra dedans sa ville de Lyon sur le Rosne', ou illecques vist l'ordre et police de son ost, la monstre de ses souldars et nombre d'iceulx; et, premier qu'il despartist de la ville, tout son arroy fut a chemin, et puys, sur la fin du moys de juillet, s'en retourna en poste a Romorantin pour veoir la royne qui la estoif-.
Ores, s'en va la bruyant gendarmée de France, les dangereux destroictz des haultz mons de Savoye tra- versant, fasant des Ueux inaccessibles chemins errans \
25 celle du sénéchal d'Armagnac, à TU au lieu de 50 celle du comte de Fois, etc. (Cf. les monstres de ces compagnies, net. ms. Clair. 240, fol. 501 et suiv.) Le même M. Sanuto prétend ailleurs que Trivulce avait sous ses ordres 30,000 hommes... (II, 1112.)
1. Le roi quitta, en effet, Romorantin le 26 juin (Diarii di Sanuto, n, 889), mais son désir d'éviter Bourges, où se trouvait sa première femme Jeanne de France, retarda un peu son voyage. Il était le 29 au château de Meillant, chez Charles d'Amhoise, sire de Ghaumont (ibid.), et il entra à Moulins le 2 juillet (ibid., 910). Il arriva à Lyon le 10 juillet seulement et fit une entrée solen- nelle. (Lettre de Buonaccorsi, publiée par Villari, N. Macchiavelli e i sitoi tempi, I, 544 ; Nicole Gilles, le Loyal Serviteur, Jean Bouchet.)
2. Et qui était enceinte. Le roi se trouvait encore à Lyon le 5 août et il y était revenu le 31 (Marino Sanuto).
3. Par des motifs politiques, le roi préférait le passage par la
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les fins et mectes de la duché de Millan tousjours approchant, en tel arroy que desordre n'y avoit lieu ; et bien fut une chose prochaine de merveilles le char- roy de tant et si grosses pièces d'artillerie, qui par dessus la cruppe des montaignes si sainement fut con- duyt que, par deffault de marcher, l'ost ung tout seul jour n'en retarda. Que diray je de plus? si n'est que le voyage fut si brief qu'en moings de quinze jours de Lyon en Ast fut l'armée, avecques tout son arroy ^.
I.
La PRiNSE DE La Roque.
Long temps d'avant que les Françoiz fussent aux champs, bien estoit le seigneur Ludovic adverty de la venue d'iceulx, et bonne paine avoit mise a bien fortiffier, remparer et avitailler ses villes et places^,
Savoie, avec laquelle il venait do traiter, au passage habituel ilu mont Genèvre, plus facile pour l'artillerie.
1. L'armée était au grand complet, quoi qu'en dise Rosmini, qui affirme que Trivulce, informé par ses amis de Milan des des- seins de Ludovic, les déjoua en marchant tout d'un coup, sans attendre les énormes forces qui arrivaient. II n'avait plus rien à attendre, comme le remarque Guichardin; mais, dès le mois de juin, Trivulce pressait Louis XII d'agir et avait commencé lui- même les escarmouches (Marino Sanulo, II, 832, 905). Trivulce avait même passé la frontière le 18 juillet, à la tète de 600 lances et 1,500 hommes de pied (id., 957), et s'était établi dans quelques villages du Milanais et à Felizzano (id., 967). Les Vénitiens ne rompirent officiellement avec Ludovic que le 27 juillet (id., 978).
2. Il les avait inspectées lui-même avec grand soin et munies de tout le nécessaire (Rosmiui). Da Paullo prétend qu'il ne commença à s'en préoccuper que le 25 juillet, mais cela n'est guère probable.
Juillet 1499] LA CUNQUESÏE DE MILAN. 17
et mesmement La Roque, Non, Yalance, Tourtonne, Alexandrie' et aultres de frontière, ou grosses garni- sons de souldartz avoit mys, avecciues force traict et bonne artillerie, et tant de boulouars, tours, fousses, paliz et aultres deffences nécessaires pour actandre et soustenir sièges et assaux, que bien pençoit Ludovic les places et fors a tous humains estre inexpugnables ; et, avecques ce, telle puissance de Lombars, Albanoys, Bourguignons, Allemans et autres nacions estranges ayoit a sa poye, que bien se vantoit toute l'armée de France aux champs actendre, a la force d'icelle résister. Ores mectz je le compte du Moure et ses Estradiotz a part, et m'en reviens a l'armée des Françoiz, qui en la ville d'Ast tenoit consistoire sur l'affaire de la guerre, ou mainct différent propos est mys sur le bureau. Toutesfoys, par conclusions fut dit et advisé que, premier que mectre le glayve en œuvre, on envoyeroit semmer La Roque '^, assez bonne ville et chasteau moult fort", laquelle ville estoit d'Ast la plus prochaine; et, de faict, y fut transmys ung airault d'armes*, lequel très bien list son messaige, scelon ce
1. Alexandrie, place forte de premier ordre, était la clef de tout le système de défense, et de sa possession dépendait la possession de tout le Milanais; les autres places s'y reliaient étroitement et furmaient un quadrilatère diflicile à entamer. Annone {Non), sur la rive gauche du Tanaro, commandait les approches d'Alexandrie du côté d'Asti, base d'opération de l'armée française : Valenza, le Pô, Tortona, la route de Plaisance.
2. Le chroniqueur Ciprian Manente da Orvieto l'appelle Arraz/.o (Venise, 1561, in-'i», p. 150); Corio, Ghilini, la Rocca d'Arazzo.
3. Elle avait une garnison de 300 hommes de pied, qu'était venu renforcer un détachement de 500 hommes commandé par Agos- tino Maneria, de Gènes (Corio, Ghihni).
4. D'après Da PauUo, cette proposition fut faite, le 28 juillet,
I 2
18 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1199
que en charge luy estoit : auquel, par toute responce, fut dit par ceulx du dedans que bien se garderoyent de la fureur des Françoiz et que, si nulz d'eulx estoyent si ozés les guerroyer, que tellement pençoyent soy gouverner et en manière garder leur place, que les assaillans y auroient honte et domage et les deffendeurs lionneur et proufict. Ainsi s'en revint le airault vers les lieulenans du roy et capitaines de l'armée pour iceulx advertir de la responce; laquelle faicte et ouye, fut par le conseil ordonné que, le jour ensuyvant, on se mectroit aux champs et que La Roque seroit assié- gée^. Le sire d'Aulbigny, qui l'un des chiefz de l'ar- mée etoit, tant grief et mal de sa personne pour lors se trouvoit, que, sans grant hazart sur sa vye adven- turer, ne pouhoit a cheval monter, ne suyvre l'ost; par quoy, malgré luy et contre son vouloir, entre les mains des médecins en Ast fut contrainct demeurer, et la prya Charles d'Amboise, grand maistre de France, que durant sa maladye du faiz de la guerre le voulsist descharger; ce que vouluntiers voulut faire, voyant la charge plus honorable que pondeureuse-.
par un certain Starioto, réfugié milanais. Rocca d'Arazzo fut investie le 5 août et prise le 9.
1. D'après Rosmini, Trivulce occupait déjà Gormenta, Solario, Spigno en Montferrat et le pays environnant, auquel il avait fait prêter le serment de iidéliié (cf. Marino Sannto, id.).
2. A cause de son âge; car Jean d'Auton va faire un grand éloge de Charles d'Amboise. Charles était fils de Charles de Chaumont, frère aîné du cardinal d'Amboise; né vers 1473, il épousa en 1491 Jeanne Malet de Graville, fille de l'amiral de France (flistoire de Charles VIII). Dès le 3 février 1493, il obtint le gouvernement (le Paris; mais, en 1496, on le lui lit résigner en faveur du sire de Clérieu, et le roi lui assigna à ce sujet une somme de 1,000 liv. (Tit. orig., Amboisc, n" 174). Dès 1493, il figure parmi les pen-
Août 1499J LA COXQUESTE DE MILAN. 19
Or, revenons a l'armée, qui n'actendoit que la nuyt a passer pour ouvrir l'uys a la guerre et l'envoyer au
sionnaires du roi pour 800 livres par an (id., 11° 151), et eu 1494, à l'époque de l'expédition de Naples, il commande une compagnie de 30 lances (id., n°^ 161, 160). En 1499, il n'était donc plus un débutant. Louis XII, dès son avènement, le créa grand maître de France. C'est à tort que Godefroy (dans son Histoire des connes- tables, chanceliers, œuvre peu exacte) dit qu'il succéda seule- ment à Georges de la Trémoïlle, en 1502, dans cette haute dignité. Le témoignage de Jean d'Auton est corroboré par une quittance du-25 janvier 1499-1500, oiî Charles d'Amboise prend le titre de grand maître de France (Tit. orig., Amboise, n° 121). La même pièce nous montre qu'à cette époque il commandait seulement une compagnie de 20 lances fournies; au mois de mars, il en com- mandait 50 (id., n" 188) et, en 1501, 70 lances (id., n»^ 107, 189), et encore en 1504 (id., n°^ 109, 231, 232). En 1504, il hérita de 30 lances, sur les 40 que commandait P. de Choiseul, sire de Lanque (ms. fr. 25784, xi°^ 76 et 76 &;.s), et se constitua une com- pagnie de 100 lances. Il était, en outre, capitaine de Dieppe (id., n- 86). Les dignités, du reste, pleuvaient sur sa tète; son oncle, le cardinal, en quittant le Milanais, l'y laissa avec le titre de lieu- tenant général du roi, titre qu'il garda jusqu'à sa mort. Chevalier de l'ordre, la disgrâce du maréchal de Gié lui valut, en 1504, le titre de maréchal de France, et la résignation de son beau-père, l'amiral de Graville, le titre de grand amiral (Tit. orig., Amboiso, n's 175, 188, 189, 233, 240 et suiv.). Seigneur, par sa famille, de Chaumont-sur-Loirc, Mcillant, Vendœuvre, Sagonne en Bour- bonnais, baron de Charenton et de Revel (id., no^ 107, 162), ajou- tons, de suite, que son administration de Lombardie, traversée par de fréquents accès de fièvres paludéennes qui lui coûtèrent la vie, lui rapporta d'immenses richesses. Il ht somptueusement rebâtir son château de Meillant en Berry tel qu'il existe encore, et le cardinal Bibbiena rapporte le dicton qui avait cours à ce propos : Milan a fait Meyan, dicton qu'il applique à tort au car- dinal d'Amboise (Epistres des princes, rec. par Ruscelli, trad. par Belleforest, 1572, in-4o). Son portrait, par Léonard de Yinci [Maga- sin ■pittoresque, année 1847, p. 400), se trouve au Louvre. Quanta son rôle, il a été diversement apprécié : J. d'Auton, le Loyal ser- viteur l'exaltent; Brantôme, au contraire, l'apprécie peu. Mais
Brantôme se trompe lorsqu'il dit que Charles de Chaumont avait
•20 CHRONIQUES DE LOUIS XIl. [Août 1199
champs. Sitost que ténèbre nocturne heut donné lieu a clarté matutine et le jour parut, trompettes son- nèrent, artillerye et autre cliarroy se niist a chemin et, sur le point de huyt heures, estendartz furent des- pliez et mys au vent, gens d'armes montés a cheval, et l'armée print la voye droict a La Roque ; et, entour onze ou douze heures de jour, fut le camp si près logé de la ville que ung archier d'illecques tout a l'aise heust tiré dedans une flèche.
Ceulx de la place, voyant la manière des Françoiz, qui tant près de leur fort si souîdain avoyent planté leurs estandartz et assi leur camp, trouvèrent la façon bien estrange et moult différente a la coustume des sièges des Italles, qui grandes admiracions et longues cerimonyes ont pour telles choses faire, et ne furent pas bien du tout asseurés. Toutesfoys, tindrent bon semblant et tirèrent quelques faulcons a la volée par dessus le camp et au travers, sans faire que bien peu de mal ; et aussi tirèrent les canonnyers françoiz (juelques moyennes pièces, en actendant la nuyt a venii' pour le surplus approcher et asseoir. Ainsi se passa le jour, tant que le souleil retira ses roiz en la région d'Occidant^ ; et, sur l'eure du premier galli- cante, que toutes choses tiennent sillence, furent faictes les approches et assize l'artillcrye si près des fossés
seulement vingt-cinq ans quand il devint gouverneur du iVIilanais; il en avait vingt-sept. Los ambassadeurs vénitiens le représentent, à cette époque, comme un homme à qui l'on donnerait trente-deux à trente-quatre ans, parlant facilement et jouissant auprès du roi d'un grand crédit.
1. Tout cet été fut pluvieux et tempétueux {Cronaca di Oremona, dans la Bibliolh. hist. italiana, t. II), et ce temps contraria fort les opérations des Français.
Août 1499] LA CONQUESTE DE MILAN. 1\
de la ville qu'on heust peu de la, avecques la main, gecter une pierre dedans et, avecques ce, bonnes tran- chées et fors tauldis furent faictz pour la seurtc de l'artillerie. Si tost qu'il fut jour eclarcy, canonners commencèrent a descharger canons et faulcons contre murs et boulouars, et ceulx de la place a tirer aussi moult aigrement au travers du camp et par dessus les tranchés. Somme, d'ung costé et d'autre, y heut bonne baterye, mais non pas d'une esgalle force; car eii moings de cincq heures, plus de soixante brasses de leurs murailles furent ruhées parterre, et leurs fors et deffences percées en tous ejidroictz. Veoyans ceulx de la ville que plus ne pouhoyent soustenir ne porter les grans coups qu'on leur donnoit, doublant aussi (jue la place d'assault on n'emportast, sur les deux heures après mydy* parlamenterent ; et, ainsi qu'on traictoil de l'entrée, souldaynement les gens de pyé se gec- terent a la brèche et tous a la foulle entrèrent dedans ; et, eulx ainsi entrés, prindrent le chasteau' d'assault et tuherent tous les souldartz de Ludovic et grant partie de ceulx de la ville ^; et, après ce, pillèrent tout, puys firent courir le feu par les maisons, et s'en retournèrent au camp avecques leur butin.
Et de ce lieu, pour ce jour, ne deslogerent les gens d'armes.
1. 3 août. (Marino Sanuto, II, lIO'i.)
2. Où s'était réfugiée la garnison (Gorio). On répandit, dans toute l'Italie, le bruit d'une trahison ; on prétendit que le capitaine avait été acheté 800 ducats. Mais rien ne l'indique, et la conduite des Français prouve le contraire. On prétendait aussi qu'ils avaient fait la garnison prisonnière, ce qui n'est pas e.xact (Marino Sanuto, n, 1102, 1105, 1107).
3. Cet horrible massacre faisait partie de la tactique d'une entrée
22 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1499
II.
Comment Non fut prinse.
Après la prinse de La Roque , fut pareillement envoyé sommer Non, une autre très bonne ville et forte et chasteau moût advantageux^, près de deux mille, ou entour, de La Roque. Laquelle ne se voulut pareil- lement rendre ne submectre en l'obéissance du roy, mais, avecques moult liere contenance, distrent, ceulx qui la place gardoyent, que riens ne doubtoyent le pouhoir des Françoiz et que, qui les assauldroict, telle dilligence mectroient a eulx si bien deffendre et gar- der que la force leur en demeureroit. Ainsi doncques ouy le dire affectueulx et cogneue l'obstinacion de leur propos, la droict a chemin se mist l'armée; et passa une petite rivière^, qui a demy mille de la ville estoit, et la séjourna jusques au lendemain, qui estoit la vigille de l'Assumption Nostre Dame; et, ce jour^ fut assix le camp au plain d'une petite vallée, dedans ung marais presque a touchant de la ville; et, la nuyt après, furent faictes les approches et affustée l'artillerye
en campagne, et cola explique pourquoi, après une ou doux exé- cutions de ce genre, les autres places se rendaient si facilement.
1. Déplus, ses fortifications venaient d'être refaites (Guichar- din). La garnison était de 700 hommes (id.).
2. Le Tanaro. D'après Ghilini, on y jeta un pont. D'après Ros- mini, on le passa à gué en partie : le reste de l'armée dut demeu- rer en arrière à cause de la crue inopinée des eaux, et, dans cette situation critique, une sortie des assiégés serait devenue très dan- gereuse .
8, Le 13 août. Cf. Schiavina. ■ ,
Août li99J COMMENT NON FUT PRINSE. 23
si près des murailles, qu'on povoit tout a cler ouyr ce que les guectz du dedans disoyent l'ung a l'autre.
Le jour enssuyvant, qui estoit la feste soUempnelle de Nostre Dame, pour l'onneur d'icelle ne fut oneques tiré, ou, que quessoit, bien peu.
Le lendemain, au plus matin, le tonnerre de l'artil- lerye commença a bruyre et tempester par la région de l'air et, comme ung tourbillon voragineux, a soub- marcher et mectre par terre tout ce qui au davant se treuve, et tellement que tours, boulouards, murailles et créneaux a force de coups de tous costés trebu- choyent, et si menu qu'enlour troys heures après mydi fut la baterye tant avancée que chascun se mist a por- ter fagotz pour combler les foussés et donner l'assault ; car l'ouverture estoit si grande et la muraille batue si près de terre, qu'on poulioit clerement du dehors voir aller et venir les gens par les ruhes. Toiisjours tiroyent ceulx du chasteau, et faisoyent bonne deflence, ce que de léger pouvoyent bien faire ; car leur fort estoit assix sur ung hault mont et tant adventaigeux que a bien de tous costés l'adviser, a malaisée place a prendre resembloit. Grant force artillerye et vivres et plus de quatre cens souldartz dedans y avoit et, avecques ce, l'advenue et entrée d'icelluy si très pénible, que, avecques cordes et autres aydes, ou, que quessoit, seul a seul, par ung chemin estroict et droict comme une muraille, monter y failloit. Somme, c'estoit l'une des plus fortes places de la duché de Millau.
I^our cnssuyvre mon propos, a l'eure qu'on voulut donner l'assault, voyans ceulx de la ville que plus n'en povoient, comme gens qui veullent deffyer fortune et désespérés, souillèrent le feu par leurs maisons, puys
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se cuyderent retirer au chasteau pour eulx sauver. Mais la bende du seigneur de Normanville^ et aucuns Piquards, avecques les cent Allemans du roy, les
1. C'était une compagnie de 2,000 hommes de pied, mis sus en Normandie en 1498 d'après les ordres de Charles VIII. Jean Bas- set, sr de Normaaville, qui la commandait, était petit-fils d'un capitaine normand au service des Anglais, Nicolas Basset ou de Basset, créé par les Anglais seigneur de Malaunay, et capitaine de Valmonf pour le chancelier de Bretagne, à qui les Anglais avaient donné cette place. Fait prisonnier avec le comte d'Arundel à Ger- beroy, Nicolas Basset fut interné à Beauvais et y mourut bientôt, laissant son fils Jean orphelin, à l'uge de dix ans. Jean Basset fut recueilli par un oncle, également nommé Jean, chantre et cha- noine de Notre-Dame de Rouen, vicaire général de l'archevêque, puis il alla suivre l'école à Gournay. Il obtint du roi mainlevée du fief de Malaunay et devint chambellan avec une pension de 200 livres (1486). Cette même année, il mourut, car son fils Jean hérita de sa pension à partir de 1486. Jean Basset fut élu en l'élection de Bayeux pour les aides de la guerre en 1488, 1498. Il épousa Isabeau Roussel, devint capitaine des levées normandes en 1498; en 1512 et 1515, il était capitaine des nobles du bailliage de Caux et en 1516 chambellan. Il est probable que c'est lui qui, sous le nom de Philippe Basset, s"" de Normanville, fut confirmé dans les fonctions de vicomte de Gisors par patentes du 7 juin 149S (Clair. 782) ; en tout cas, il devint bailli de Gisors et on le voit assister en cette qualité aux états de Normandie (Tit. orig., Basset de Normanville, n^* 2-3, 4-10, 16-26). Sa pension en 1499 était de 400 livres (compte de 1499, Portefeuilles Fontanieu). Il avait, sous sa charge, trois pensionnaires du roi comme capitaines en second des 2,000 hommes de pied normands : Antoine de Haucourt, et les sires de Dompierre et Bonnetot de Saint-Léger. Chacun de ces capitaines était inscrit pour une pension de 160 livres (id.). Ces capitaines étaient, en outre, pensionnaires personnels du roi. Colin de Silly, seigneur do Dompierre, recevait 200 liv. (id.); Jacques de Ossencourt, ou Ochencourt, seigneur de Bonnetot, commandait 400 hommes (Tit. orig., Ochencourt, n" 7). Marine Sanuto se trompe donc quand il parle de 2,400 Normands et quand il les désigne comme chargés seulement do garder les charrettes de l'armée.
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archiers d'Aulbert du Rousset et autres armés legierc- ment, par la brèche entrèrent en la ville et sitost pour- suyvirent ceulx qui vers le fort s'enfuyoyent, que, a l'entrée du premier pont, les actaindirent : touteffois, gaignerent ceulx de la ville la place et fermèrent les portes. Les Françoiz qui, de si près qu'avez ouy, les chassoyent avecques lances, picques, haches, halle- bardes et autre force de guerre, commancerent a rompre portes et fenestres, coper chaines et bariercs etfaire grans effors contre la place; ceulx de l'autre part a ruer grosses pierres et tirer force traict et artil- lerie contre ceulx qui ainsi les assailloyent. Le maistro de l'artillerie de France', qui l'assault regardoit, voyant que ceulx du dedans deffendoient ainsi l'entrée, vint affûter quatre ou ci ne faulcons contre leurs def- fences, et la commancer a tirer de telle sorte que nul d'eux n'osoit l'ueil monstrer qui ne fust emporté. Ainsi furent contrainctz habandonner leurs repaires et le demeurant de leur affaire mectre entre les mains de maleureuse destinée. Somme, eulx veoyans deffiez et assailliz de danger tant mortel, ne sceurent que faire, si n'est soy gecter par les fenestres et avecques cordes et eschelles descendre et cryer : France, France, pour
\. Guy ou Guinot de Lauzières, ou Louzières, seigneur de Mon- treuii et autres lieux, ancien sénéchal d'Armagnac, ancien maître d'hôtel de Louis XI et de Charles YIII, chargé en cette qualité d'aller chercher saint François de Paule en Calabre (Cotnmines, II, 229; Procès de canonisalion de saint François de Paule), puis grand maître de l'artillerie (P. Dcsrey). Il succéda, en cette charge, au sire de Torcy; il mourut en 1504 et fut lui-même remplace par Paul de Benseradc (ras. fr. 6690, fol. 5, 7-8; 6691, fol. 2). C'était le huitième hls de Raymond de Lauzières; il épousa : 1" Souve- raine d'Ebrard de Saint-Sulpice ; 2^ Jeanne de la Roche.
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CLiyder la dureté du glayve amollir et leurs vyes res- piter. Mais le chasteau fut priz d'assault, et tous ceulx qui dedans estoyent decoppés et tranchés, sans ce que ung tout seul vif en rechappast, hors le cappitaine de la placée qui fut priz par ceulx d'Aulbert Roussel et envoyé en Ast prisonnier-. Apres la prise de la ville el chasteau et occision faicte, fut dit, par commune extimation, que de huyt a neuf cens hommes lombai'S avoyent ce jour esté mis a l'espée. Ainsi fut la ville de Non prise d'assault, pillée, destruicte et mise en cendre-^.
A six ou sept mille de Non estoit une autre bonne ville, nommée Vallence, grande et bien peuplée, de groz boulouars de terre massiz et bien percés , de bonnes groces tours et fortes murailles, de grans fossés proffondz, d'artillerye, vivres, souldars et toute def- fence de guerre moult bien fortifyéc^, qui en troys ou quatre heures povoit d'Alixandrye avoir secours.
Et, presque a my voye des deux villes de Vallence et Alixendrye, ung asses fort chasteau et grosse bour- gade y avoit, sur une petite rivière, ou la garnison d'Alexandrye pouhoit faire embûches et retrectes, et souvant aux Françoiz donner allarmes et escarmouches. Par quoy, fut advisé que celuy chasteau, premier que aller en avant, seroit assiegié, ce ([ue fut fait; et, sitost que le camp fut logé davant la [)lace, Estradiotz^ com-
1. Il s'appelait Alfonso Spagnuolo ; c'était un soldat très vigou- reux, qui avait fait une belle défense (Corio).
2. 17 août (Marino Sanuto).
3. Annone et Rocca d'Arazzo furent, dit Gaguin, rasées ta fleur de terre, excepté le château de Rocca d'Arazzo, qu'on se borna à brûler.
•i. Assai seciira, dit Corio.
5. Cavalerie légère irrégulière, composée surtout d'Albanais.
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mancerent a buffeter autour de l'ost, mais tantost furent si rudement envoyez, que bien mestier leur fut que leurs chevaulx bussent bon esperon et que point ne fussent retifz. Geulx de la place, voyans le siège si près d'eux et le hazart de leurs \ yes entre les mains de parverse Fortune bransler, doubtans ausi qu'on ne les trectast comme ceulx de La Roque et de Non, apportèrent les clefz du chasteau et furent pour l'eure bons Françoiz. La séjourna Tost pour la nuyt', et le leiidemain vers Yallance print la voye.
Ce jour, sur les neuf ou dix heures, ainsi que Tar- mée inarchoit en avant et approchoit Vallance, sept ou lîuyt cens chevaulx , Estradiotz et autres , qui d'Alexandrie estoyent sortiz , se vindrent présenter davant la bataille que le conte de Ligny conduysoit, près de la longueur deux foys de une picque, en bon ordre et faisant myne bien asseurée, et prestz de ceulx adresser qui desordre vouldroyent tenir. Toutesfoys, voyant le compte de Ligny, qui chief de l'armée estoit, la manière de ses Albanoys et que, sans escarmouche,
C'étaient des batteurs d'estrade. M. Lalanne fait dériver leur nom du mot grec -TTpaTiwxr,;. Quoi qu'il en soit, ce nom était devenu courant pour désigner les éclaireurs et la cavalerie irrégulière. Dans une lettre à Machiavel, Biagio Buonnaccorsi appelle plai- samment les employés inférieurs des bureaux publics lî Stradiotti di cancellaria (Villari, Machiavclli ed i suoi tcmpi, I, 555). Les Estradiots étaient généralement braves, mais indisciplinés et sau- vages. Dans la campagne de 1495, on racontait que les provédi- teurs vénitiens leur payaient une prime par tête d'ennemis qu'ils rapportaient.
i. Cependant une forte partie de l'armée était restée en arrière, car, le 17 août, la compagnie de 100 lances du sire d'Auzon fut passée en revue au camp devant Annone, et, le 19, la compagnie de 50 lances du comte de Foix (ms. Clair. 240, n"' 517, 519).
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ne les failloit laisser, ordonna que le seigneur de La Palixe^ avecques cinquante hommes d'armes des siens et ceulx du seigneur de Myolant^ donneroit dedans; et, tout en l'eure, fut faicte la charge si rude qu'Estradiotz prindrent chemin et, pour tirer au loingz
1. Le célèbre La Palisse, Jacques de Chabannes, fils de Geof- froy de Chabannes, s"" de Charlus, gouverneur de Pont-Saint-Esprit, et de Charlotte de Prie. Il épousa en 1493 Jeanne de Montberon, et on 1514 Marie de Mehin d'Épinoy, veuve du sire de la Gru- thuze. Cet illustre capitaine était un homme de belle et forte sta- ture, de grandes manières; il avait une large figure, un peu fati- guée sur la fin de sa vie, un grand nez et large, des yeux bleus et bons, un peu étonnés (ms. fr. 13'i29, fol. xlii v% portrait de 1519; François /«"• chez M'""^ de Boisy, par M. Rouard, planche X ; Recueil de Niel...). Louis XII l'aimait infiniment et les Espagnols le nom- mèrent le Gran marcschal (Brantôme). Il prit part, avec éclat, k toutes les guerres, à toutes les expéditions de Louis XII, de Fran- çois I". Il commandait 40 lances en 1498 (ms. fr. 26106, n" 10) et 1501 (ms. Clair. 240, p. 545), 50 en 1510. Chambellan dès le début, il devint chevalier de l'ordre en 1510, maréchal en 1515. En 1525, il blâma la bataille de Pavie; on parut mettre cette prudence sur le compte de son âge (il avait soixante-trois ans); il s'y fit tuer (Tit. orig., Chabannes, n°^ 40-45; Brantôme), après avoir été pen- dant près de quarante ans un infatigable capitaine; il comman- dait déjà une compagnie en 1491 et fut de ceux qui accueillirent Bayard. Il était grand maître des eaux et forêts de Languedoc (fr. 26106, n- 82).
2. Louis de Miolans, seigneur de Serve, baron d'Anjou en Dau- phiné, comte de Montmahu ou Montmayeur, maréchal de Savoie; il jouit d'une grande faveur près de Charles VIII et se lit battre à la balaille navale de Rapallo. Do 1494 à 1503, il était chambellan et capitaine de 40 lances; en 1503, sa compagnie, en garnison à Plaisance, fut répartie dans diverses garnisons du Milanais entre le sire de Sandricourt et Louis de la Trémoille (Tit. orig., Mio- lans, n"^ M, 13 à 17; ms. Clair. 240, p. 567, 579; ms. fr. 25783, n" 54; Commines, II, 350, 446; ms. fr. 26106, n» 32).
D'autre part, le bâtard de Miolans était, en 1503, pensionnaire du roi pour une somme de 400 livres (Compte de 1503, ms. fr. 2927).
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ceulx qui les suyvoyent, fyrent longtemps manière de fuyte; et, eulx voyans leur adventaige, tous ensemble tournèrent sur queuhe et bientost retournèrent ceulx qui les avoyent chassés, et fut illecques le lieutenant du seigneur de Myolant^ de deux Estradiotz tellement pressé que, si tost n'eust esté secouru, en grant hasart estoit de faire ung voyage en Albanye. Tousjours escarmouchoyent Estradiotz a force avecques les Fraii- çoiz, lesquelz ausy a la poincte de la lance et de si près les cherchoyent que, pour fuyr le choc, ne savoyent de quel costé tourner le pavoys. Toutesfoys, si bien savoyent iceulx Albanoys leurs fuytes et recharges conduyre et mener (supposé que vestuz fussent legie- rement) que a la foys aux rayeux armés monstroyent le chemin de la retraicte; et, veue leur façon de faire, fut par le compte de Ligny avisé qu'on leur doniieroit bien estroict, et luy, avecques le surplus de la bataille, la se vient adraisser; mais, sitost qu'Estradiotz virent donner des espérons et baisser lances, sans cou|) actendre , tournèrent le doz et prindrent la fuyte, comme on leur donna la chace, moût tost, et furent suyviz plus d'ung mille et demy, et faysant tousjours fuyte de loup ; car, a leur retraicte, donnoyent sou- vant sur quelqun et, au fuyr, si légèrement jouhoient du pié leurs chevaulx que grant exès estoit a ceulx de France d'entreprendre leur copper chemin. Toutes- fois aucuns Estradiotz y demeurèrent, et quelqu'uns des nostres furent blecez. Ainsi se départirent Françoiz et Albanoys, sans gueres de perte et moings de gaing y avoir.
1. Ce lieutenant du sire de Miolans était Sébastien de Gouffier, pensionnaire du roi pour 400 livres (Compte de 1503, ms. fr. 2927).
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Tousjours marchoit l'armée et Vallance approchoit et tant que, bientost après mydy, gens d'armes et artillerye a ung gect d'arc de la ville arrivèrent; et la furent assix et affûtés cinc ou six canons et faulcons'* et tirés contre la place quelque coups; mais ceux du dedans ne voulurent actendre que autres assaux on leur fist et, doubtans plus grant domage encourir, sur le soir parlamenterent; et, au matin '^, se rendirent les souldartz a la voulunté des lieutenans du roy, lesquelz, ung bastoLi blanc au poing, les envoyèrent^, et ceulx de la ville baillèrent les clefz et, leurs bagues sauves, se soubmirent sans nulle autre deffense faire ^.
Pour tousjours a la conqueste de Millau briefvement procéder et ensuyvre le comancement d'icelle (a qui assez doulce et favorable avoit esté dame Fortune), après la réduction de Vallance, l'armée prist les champs en adroissant son arroy vers la cité de Tortonne^;
1. Les faucons étaient des pièces de trois pouces, pour les bou- lets d'une livre.
2. 25 août (Marino Sanuto, II, 1164), 25 d'après la Cronaca di Cremona, 19 août d'après Schiavina et Da Paullo. Ce dernier pré- tend que le siège dura quatre jours. Erasmo Trivulzio fut nommé gouverneur.
3. Senarega prétend que les Français mirent tout à feu et à sang à Valenza !
4. Valenza avait pour capitaine Rafagnino Donato, fort suspect de trahison. Gorio prétend que Galeazzo di San Soverino lui avait envoyé d'Alexandrie, sous la conduite de son frère bâtard, Octa- vien, et de Badine de Pavie, des troupes qui portaient l'effectif à \,'M combattants, sans compter les habitants; qu'on était prêt à se défendre, mais que les Français furent introduits subreptice- ment. Ce récit nous paraît bien suspect. Le renfort ne put pas. arriver jusqu'à Valenza. Trivulce rendit la liberté à toute la gar- nison et ne garda que les chefs.
5. Tortona, place forte qui commande le cours de la Scrivia,
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laquelle trouva, par saine oppinion, que, actendre le siège des Françoiz et l'assault d'iceulx, plus domma- geable axes lui seroit que, pour soy rendre a eulx, reproche difïamable. Ainsi doncques, comme ceulx qui sur toutes choses ont leur proffict pourrecomandé, querans avoir leur robe en seureté et vies sauves, les plus sollempneiz misseres de la ville envoyèrent faire l'obéissance et rendre les clefz ' .
Apres que Tourtonne fut submise, plusieurs autres bonnes villes et chasteaux, comme Encize-, Solere^, Fulgurose^, Monte GasteK*, Voguere*^, Nove" et autres fortes places de la duché ^ sans autrement acLendre d'eulx approcher l'armée, au roy se rendirent et, de la en avant, grant force vivres apportèrent en l'ost.
sur la route d'Alexandrie à Plaisance. Ant» M« Pallavicini était capitaine.
1. Trivulce s'empressa de rassurer les habitants par une lettre que publie Gorio.
2. Incisa, sur la Stura, dans la direction de Cherasco. On l'ap- pelait aussi Incisa d'Asti. Incisa ne faisait pas partie du duché de Milan. G était le chef-lieu d'un marquisat indépendant, alors régi par plusieurs princes associés sous la direction du marquis Oddone, prince pacifique et excellent. Oddone gouverna de 1471 à 1514. A partir de 1512, des difficultés éclatèrent et le marquisat d'Incisa finit par être absorbé, non par le duché de Milan, mais par le marquisat de Montferrat. V. Molinari, Storia d'Incisa d'Asti.
3. Solero, près d'Alexandrie.
4. Piopera (actuellement Piovera, près Tortona), d'après Gorio. En prononçant Fiogera, Jean d'Auton a fait Folgera, Fulgiirose.
5. Monte-Gastello, sur la rive gaucho de la Bormida, à peu do distance d'Alexandrie.
6. Voghera, sur la rive gauche de la Staffora, sur la route d'Alexandrie à Plaisance.
7. Novi, sur la route d'Alexandrie à Gênes.
8. D'après Scliiavina, Tortone et toutes ces villes se rendirent le 27 août. Solero s'était rendue le 15.
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Souveiitesfoys firent nos gens cources et algarades ' devant la cité d'Alixandrye, pour veoir et cognoistre la manière et puissance de ceulx qui dedans estoyent- ; lesquelz sortoyent souvant, mais gueres n'esloignoyent l'ombre de leurs barrières, pour doubte d'embûche, et ausi que par soing laborieux a la garde et fortiffi- cation de leur place avoyent a entendre, comme de celle qui, après Millau, estreme reffuge et actente sin- gulière du seigneur Ludovic estoit. De jour en jour marclioit l'ost en avant et par le marquissat de Mont- ferrat bransloit son charroy'^, ou aucunes des villes tirent reffus de l'entrée et differance de bailler vivres ; par quoy fut parler au marquis le conte de Ligny, qui en telle sorte luy bailla son deffault pour entendre, que de la en avant but plus de crainte de desplaire aux Françoiz que volunté d'ennuy leur prochacer^
Ainsi passa l'excercite de Gaule par le pays du mar- quissat, tirant a cartier d'Alixandrye, et oultre cincq ou six mille, ou illecques aucunes places, qui entre Pavye et Alixandrie estoient, se rendirent et appor- tèrent les clefz.
1. Algarade, mot nouveau, d'importation espagnole; aJgarada, cris de gens qui se battent.
2. Dès le 19 aoùt, des coureurs français apparurent sous les murs d'Alexandrie (Marino Sanuto, II, 945).
3. Les terres du marquis de Montferrat, dont Casale était la capitale, se trouvaient situées entre Verceil et Alexandrie et cou- vraient de ce côté le duché de Milan.
h. Depuis l'entrée en campagne, Constantin Arniti, soi-disant collaborateur de l'armée française, opposait une grande force d'inertie et une neutralité plutôt malveillante. Cela n'empêcha pas les Français d'occuper le marquisat selon leurs besoins et notamment Felizzano, qu'ils n'évacuèrent plus. Nous avons une montre do la garnison française de Felizzano « au duché de Milan, » en 1501. ,
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Affin que les vivres', qui de Valence, Tourtonne et autres villes conquises alloyent a l'ost, et les pas- sages des environs par les gens d'armes d'Alexandrie ne fussent empescliés, dedans une ville du marquis- sat, noméeFelissant-, furent lessés le grant escuyer^, le seigneur de Ghatillon \ le seneschal d'Arnia-
1. Une gelée tardive avait endommagé les récoltes au mois de mars {Cron. di Cremona) et rendu les approvisionnements dif- liciles.
2. Felizzano, entre Asti et Alexandrie, dans le marquisat de Montferrat.
3. Pierre d'Urfé, seigneur d'Urfé, entra au service sous Louis XI, qui, en 1465, le commit au paiement des gens d'armes pour la guerre du Bien Public. L'année suivante, 1466, il était chambel- lan, avec une forte pension, et, en 1485, grand écuyer, charge qu'il garda toute sa vie, avec 1,200 livres de gages. Il s'intitu- lait également à cette époque « chambellan, premier écuyer de corps, maître de la grant écurie du roi ». En 1485, il était aussi sénéchal de Beaucaire et Nimes, châtelain de Gallargues. Il rece- vait une pension de 2,000 livres. En 1480, le roi lui donne une gratification de 1,200 livres, comme indemnité des dépenses de la guerre de l'année précédente. On le voit assister aux États de Languedoc comme commissaire du roi. En 1494, il commandait une compagnie de 40 lances. Il existait encore en 1507 (Tit. orig., Urfé, no^ 2-3-2; compte de 1503, ms. fr. 2927; ms. fr. 26107, n° 249). Il nous reste un bon nombre de pièces relatives à sa charge de grand écuyer.
4. Jean de Goligny, d'une famille de chevaliers bacheliers, sei- gneur de Goligny, d'Andelot et de Chàtillon-sur-Loing, recevait encore en 1481 une pension de 1,500 livres de Louis XI. Il dut mourir vers 1481, car il laissa sa veuve, Êléonor de Gourcelles, tutrice de tous ses enfants, encore mineurs.
Jacques de Goligny, seigneur de Ghatillon et d'Andelot, l'ainé de ses enfants, fit ses premières armes au Pas de Sandricourt en 1493; sa bravoure et son entrain chevaleresque enthousiasmèrent Gharles YIII, dont il devint de suite le favori ; dès 1494, il reçut une compagnie de 100 lances, avec laquelle il lit la campagne et combattit à Fornoue. Sa pension fut élevée, en 1496, à 3,000 liv.
Il avait épousé Anne de Ghabannes, lille du célèbre comte de I 3
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gnac\ avecques leurs bandes, ou par ung temps séjour- nèrent; et n'estoit jour qu'on ne tîst saillies et escar-
Dammartin et de Marguerite de Calabre, iille naturelle de Nicolas (l'Anjou. En 1500, quoique veuf, il réclama une rente de 800 liv. que le roi Charles d'Anjou avait jadis léguée à sa belle-mère. En 1.505, il épousa, en secondes noces, Blanche de Tournon.
Sous Louis XII, sa compagnie de 50 lances, à partir de 1503, fut placée, après la guerre, en garnison à Brives-la-Gaillarde. En 1509, il devint prévôt de Paris et concierge de l'hôtel Saint-Paul. Deux ans après, la veille de la bataille de Ravenne, il fut tué d'un coup d'arquebusade, qui lui brisa les os; il avait fait toutes les campagnes de Mételin, d'Agnadel, etc.
Bien qu'il ne soit guère connu que sous le nom de sire de Cliâ- tillon, il signait : « DecouUigny. »
Nous parlerons plus loin de son frère, connu sous le nom de sire de Fromentes. Sa sœur, Marie, avait épousé Georges de Menthon, seigneur de « Duesme, » qui devint de ce chef seigneur d"une partie de Coiigny, dite Coligny-le-Neuf, et qui obtint, avec beaucoup de peine, en 1490, le versement de la dot de sa femme, lixée à 3,000 livres.
Il eut pour neveu le fameux amiral Gaspard de Coiigny (Tit. orig., Coiigny, n^^ 5, 8-19; Menthon, n» 4; fr. 25783, n» 69; Clair. 782; Brantôme, etc.).
Marino Sanuto dit qu'il menait, en 1499, une compagnie de 50 lances; c'est une erreur, il n'en commandait plus que 30, (iui lurent passées en revue dans le comté d'Asti, le 19 mai 1499, et en 1501 à « Villefranche-en-Piémont. » En 1503, cette compagnie alla se reformer à Chàlillon (ms. Clair. 240, p. 507, 537, 581).
1. Jacques Galiot de Genoilhac, sénéchal d'Armagnac, fut élevé par un oncle des mômes noms et prénoms, chambellan de Louis XI, valet de chambre de Charles VIII, en 1493 sénéchal de Beaucaire et maître de l'artillerie. Seigneur d'Assier, Reil- lanet, baron de Gapdenac, écuyer d'écurie du roi en 1495 et les années suivantes (Comptes de l'écurie, ms. fr. 2927), il se distingua par sa bravoure à Fornoue, aux côtés de Charles VIII; maître de l'artillerie en 1512, grand écuyer après Pavie en 1525, capitaine de 80 lances, chevalier de l'ordre, capitaine général de l'artillerie de France, capitaine de Najac, gouverneur du Lan- guedoc en 1545, il mourut en 1546, à près de quatre-vingts ans, laissant une fortune énorme et un grand renom de sagesse,
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mouches, et a toutes heures estoyent Estradiotz sur les champs, qui nuyt et jour, comme corps fantas- tiques, bransloyent eu l'air et prenoyent parfoys quelque gens de pié ou autres mal accompaignés.
Au desloger de Felissant, ne furent gens d'armes si tost a chemin, que cincq ou six cens Albanoys ne
d'honneur et de courage. C'est lui qui, âgé de soixante-dix- huit ans, à la nouvelle qu'une bataille décisive allait se livrer 04 Italie (la bataille de Cérisoles), disait à son fils unique, Fran- çois : « Allez, mon fils, quérir la mort en poste. » François prit la poste, arriva à temps et se fit tuer (Brantôme, t. III, p. 72-76).
Cet homme d'un si mâle caractère était, en 1500, chambellan, sénéchal d'Armagnac aux gages de 366 livres, et pensionnaire du roi (2,000 livres); en 1501, il commandait une compagnie de 25 lances.
Il épousa successivement deux femmes fort riches, Catherine d'Archiac et Françoise de la Queuille.
Son nom varie beaucoup dans les actes. Brantôme dit qu'il s'appelait d'abord de Genoilhac et que le surnom de Galiot lui vint plus tard. En effet en 1500, en 1541, ii s'intitule : « Jaques de Janoilhac, dit Galiot » (ms. fr. 26107, n° 182; Tit. orig., Galiot, n» 8); souvent il s'intitule : « Jacques Galliot de Genoilhac, » ou 0 Jacques de Genoilhac. » Mais on ne trouve jamais le nom de Ricard, que lui attribuent la plupart des critiques et des histo- riens. Le bibliophile Jacob et d'autres auteurs pensent que ce surnom de Galiot devait dériver de galère [galée, ou galion)\ un acte de 1480 nous fixe à cet égard. Les Galiot étaient des Italiens, venus en France à la suite du dauphin ; le premier Jacques Galiot, capitaine de francs-archers de Dauphiué, Valentinois et Diois, en 1480, signait encore de son nom italien : Jacobo Galiota. En réalité, la plupart des actes du sénéchal d'Armagnac portent
l'en-tête « Jacques Galiot, ou Galyot, sénéchal , etc., » et la
signature J. Galiot. Ginoilhac ou Genouilhac est un nom de fief (Tit. orig-, Galiot, n^^ 2-10; fragment de compte, ms. fr. 26107, fol. 317; compte de 1501, ras. fr. 2960, fol. 14).
Sa compagnie de 25 lances fut passée en revue à Asti, le 11 juin 1498 (ms. Clair. 239, p. 473). Après la guerre, elle revint tenir garnison eu Bourgogne (ms. fr. 25783, n»» 63, 72).
36 CHRONIQUES DE LOUIS Xll. [Août 14'J9
fussent sur les champs et voulureut adresser vers le bagage; mais on leur envoya au devant cent ou six vingtz hommes d'armes, lesquelz ne leur firent rien : car, sans coup donner, s'en allèrent Albanois tout le couvert, et gens d'armes prindrent la voye droict au camp, qui a cincq ou six mille loings d'Alixandrye estoit logé. Et la fut mys en conseil, par messeigneurs les lieutenans du roy et autres cappitaines, ralfairc de la tin de la conqueste ; sur laquelle fut l'oppinion et advys du seigneur Jehan Jacques et par luy pro- posé que, selon ce qu'il pouhoit savoir et entendre du laict de la guerre, que, premier que assaillir Alixan- drie, Millan devoit estre assiégée, disant que, tant que Millan tiendroit, nulle des autres villes et places pour estre subvertyes se rendroyent, mais, en espérant de jour en jour de Ludovic secours avoir \ jusques au derrenier assault tiendroyent et que, si Alexandrie estoit premier assiégée, que de Millan et Pavye d'heure en heure auroyent les assiégés ranffors et secours et que, qui tost ne les prendroit (qui malaysée chose estoit a faire), les autres villes tenans se ranforceroyent, et les rendues a l'aventure se rebelleroient, par quoy l'en- treprise de la conqueste se pourroit moult desavan- cer, les gens d'armes du faix de la guerre a la longue ennuyer, les trésors et finances despendre et dymy- nuer, les vivres enchérir et appetisser, voire et la froide saison de hyver, qui ja approchoit-, sur ce inter- venir, (jui moult griefveroit l'armée et charroy d'icclle detourberoit; et aussi, sy Millan estoit unes foys sub-
1. Ludovic espérait toujours des secours de l'empereur.
2. On était au mois d'août.
Août 1499] COMMENT NON FUT PRINSE. 37
mise et domptée, que, sans aucune deffence, toutes les autres places et villes de la duché seroient en ung moment reduytes et mises en rol)eissance du roy. Et, sur ce, mist le seigneur Jehan Jacques fin a son oraison^.
Mais autre pencée, longtaine de ce propos, heut le compte de Ligny, disant telz motz, ou parolles sem- blables, que, puysque la conqueste de la duché de Millan avoit esté si bien ecomancée, conduyte et pour- suyvye et que, depuys La Roque, première ville assié- gée et prise par les Françoiz, jusques au lieu ou lors estoit le camp, et oultre plus de six mille, place nulle estoit demeurée en reste qui vendue et prise ne fust, et ausi que, par ce moyen, tousjours on avoit les pas- saiges au délivre, vivres en habondance et de jour en jour nouvelles du roy, tenuz en crainte les ennemys, reposés en bonne surté et, en somme, heureuse et prospère fortune en toutes affaires heue et trouvée, que, scelon son advis et oppinion, ne devoit en arrière demeurer la cyté de Alexandrie, car les pas- saiges et chemins pouhoit détenir et empescher, les vivres diminuer et enchérir, les postes et courriers prendre et arester, donner ayde et secours aux enne- mys, garder souvant de dormir ceulx qui bon mestier en auroyent, courir, prendre et piller sur les villes et places reduytes et randues ; et que, sans grosses et bonnes garnisons mettre autour de la place d'Alixan- drie (qui sans desnuer et par trop amaindrir l'ar- mée ne se pouhoit faire ) , cent mille autres em[)es-
I. Cf. Marino Sanuto, II, 1007. Trivulce disait qu'il aurait Alexandrie quand il le voudrait.
38 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1499
ohemens et onnuytz de jour en jour aux gens d'armes pouhoyent donner : par quelles raisons et causes et autres oppinions alïerens au propos de l'affaire du bien publicque d'ung coté et d'autre allégués et mys en avant, fut arresté et dit par conclusion que la cyté d'Alexandrie seroit premier que Millau assiégée.
m.
La PRiNSE d'Alexandrie.
Pour mectre a excution l'ordonnance arrestée du conseil sur le siège d'Alexandrye , ung dimenche matin'' , sur les neuf ou dix heures, fut l'armée a ung mille , ou près , de la ville approchée , et le camp logé sur une rivière?, laquelle parfoys pouhoit a gué se passer et puys en ung moment soubdain tant impétueuse et entlée devenoit, que nul, sans bateau ou grant péril de sa vie, pouhoit aller outre, dont au passer et rapasser furent beaucop de gens noyés et perdus. Au desloger du camp se par- tirent trois gentilzhommes, nommez Gitran^, Aubi-
1. 25 août.
2. La Bormida, alors grossie par les pluios.
',]. Le nom de Cytain est orthographié, daus les textes de 1 époque, de mille manières diiïérentcs : Chitain, Ghitin, Sytain, Oitin, etc. Jean d'Auton dira ailleurs « Cytain; » ici, il dit « Citran; » Gommines dit Gitain (lettre de 1495, éd. de M"" Du- pont, m, 409). En réalité, il s'agit dé Châtain (Vienne), et de Gilbert ou Guilbert des Serpens, seigneur de Châtain, valet de chambre de la reine (Mémoires de Bretagne, III, 877 ; dans ce texte il est dit seigneur de Ghitara). Fils de Jean des Serpens, pension- naire du roi, il épousa Anne de Goligny, sreur des sires de Goli- gny et d'Andelot, avec la promesse d'une dot de 5,000 livres rjui
Août 1499] LA PRINSE D'ALEXANDRIE. 39
gny^ et Chavanes-, et dix homes d'armes, et prindrenl le chemin du Gastellat^, assez forte place, prochaine d'Alixandrie de deux mille, ou entour, laquelle n'es- loit encores rendue; et, a l'entrce d'icelle, heurent quelque legiere escarmouche : toutesfoys, prindrent la ville et chasteau et quatre ou cincq des meilleurs prisonniers, par ung nommé le Bastard de Lou- dieres S accompaigné de cincq ou six archiers, devers le seigneur Jehan Jacques en envoyèrent; et, ce faict, demourerent aucuns Françoiz dedans la place et les autres s'en retournèrent ou estoit le camp.
Guy avez, par cy davant, comme l'ost près de la ville d'Alixandrie ja estoit approché; a la venue duquel
lui fut versée par acomptes. En 1528, il était grand maréchal de? logis du roi, et mourut en 1529 (Tit. orig.. Des Serpens, n"» 5-9|. Ce qui ajoute encore à la confusion, c'est que le titre de « s^ de Chastain » appartenait aussi à Guill. de Bonneval, qui paraît être le Chastain dont il est parlé dans Brantôme (t. VII, p. 319). Nous trouvons, parmi les pages de Charles VIII, un Antoine de Che- tain (ms. fr. 2927, fol. 124 v°).
1. Regnauld d'Aubigny, écuycr, que Jean d'Auton appelle plus loin le petit Aubiqny. Il appartenait à une famille du Languedoc et n'a rien de commun avec Stuart d'Aubigny, avec lequel on le confond trop souvent. Il recevait du roi, en 1498, 1499, 1506, une pension de 300 livres (Compte de 1499, Portefeuilles Fontanieu; Tit. orig., Aubigny, nos 17^ I8, 19. Nota : la plupart des pièces de ce dossier se rapportent à Stuart d'Aubigny).
2. Comme son capitaine le sire de Chandée, Antoine de Clia- vanes, seigneur de Saint-Nizier et de Malaval, était Bressan. Il épousa Claudine de Montjouvent et devint bailli de Bresse. Il vivait encore en 1516.
3. Castellazzo Bormida, place située dans une position avanta- geuse, dans l'angle formé par le confluent de la Bormida et de
rOrba, au sud d'Alexandrie.
4. Nous n'avons pas trouvé trace de ce bâtard; ne serait-ce pas un bâtard de Louzières (de la famille du grand maître de l'ar- tillerie) ?
40 CHROMQUKS DE LOUIS XII. [Août 1499
fut par les souldartz de la place faicte une saillye de soixante ou quatre vingtz Estradiotz et cincquante ou soixante homes d'armes avecques une grosse embusche de gens de pié, qui, tout au couvert, auprès d'une chappelle, entre la ville et une sausoyc, estoyent, si qu'on ne les pouhoit de l'ost adviser ne veoir. Les i^ens de cheval avoyent oultrepassé le boys et dedans une belle et grande prayrie, viz a viz de l'armée, la rivere entre deux, tenoyent ordre de bataille. Les Françoiz, qui en ores n'estoyent descendus de cheval, vovans la manière d'iceulx Albanoys et autres gens d'armes, qui si près du camp faysoyent leurs montres, conclurent leur donner une legiere escarmouche ; et se mirent a passer le gué aucuns de ceulx du baron de Beart^ et autres, jusques au nombre de trante et cincq
1. Roger fie Béarn , chevalier, baron de Béarn au diocèse de Mirepoix, s"" de la Bastide, est l'objet de bien des erreurs de la part des historien?. H appartenait à la famille de Béarn, qui avait pour auteur Bernard de Béarn, appelé tantôt bâtard de Foix et tan- tôt bâtard de Coraminges, que Louis XI protégea (comme tous les bâtards). Louis XI appelait Bernard « son cousin; » il le fit chambellan et, le 23 juillet 1468, capitaine de la Tour du Pont d'Avignon, et, en même temps, visiteur général des gabelles de Languedoc, maître général des ports et passages du Languedoc (1437-1483. Tit. orig., Béarn, nos 3 à 12).
De même, Roger occupait le poste fiscal de vicomte et receveur ordinaire d'Orbec, près Lisieux. Du reste, on le trouve partout, sauf à Orbec. Brave soldat, brillant, toujours, en selle, infatigable à harceler l'ennemi sans aucune considération de force numérique, sa valeur lui mérita le poste de lieutenant de la compagnie de Gaston de Foix ; en réalité, il commandait alors la compagnie; c'est dans ce sens que J. d'Auton parle sans cesse de la compagnie que mène le baron de Béarn. R. de Béarn se distingua partout; Bayard lui sauva une fois la vie. Le roi honora sa valeur en lui décernant la conduite personnelle de 50 lances de la compagnie de Foix (id., n"? 31, 32, 33: Brantôme, le Loyal serviteur, p. l'iS,
Août 1499] LA PRINSE D'ALEXANDRIE. 41
OU quarante chevaulx, lesquelz, a l'issue de la rivière, commancerent a donner sur Estradiotz et les presser bien rudement; mais furent bien recueilliz et tost reboutés jusques sur le bort du gué; et puis, Albanoys rechargés et chacés plus d'ung gect d'arc, de rcchiet' recommance la mesiée bien a point, et la fut tuhé ung archier de ceulx du baron, nommé Le Commandire; ung homme d'armes françoiz, nommé le Basque, si a droit un Estradiot assenna, que plus d'une toyse au travers du corps luy mist le fer de la lance ; toutesfoys, ne desbransla oncques de cheval l'Albanoys, mais jusques a la ville tout blecé se retira. L'escarmouche de tous coustés se ranfforce. et font merveilles Alba- noys de Françoiz charger, lesquelz ausi a coups de lances et espées souvant percent leurs Jacques embour- rés. Somme, chascun, a ceste venue, avoit envye de monstrer ce qu'il savoit faire; et bien mestier le fust aux Françoiz, car il n'y avoit nulz d'eulx qui, seul, contre troys Estradiotz n'eust a besoigner. Le Bastard de Lan' illecques fut blecé bien estroict, lequel très bien se monstra. Ausi firent Pierre de la Boucherye-,
306; ms. fr. 26107, n" 345; lettre patente du 7 juin 1498, ment. Clair. 782...). En 1512, dès que le sire de Montoison tomba malade, Gaston de Foix sollicita vivement sa compa.i^nie pour Roger qui, dit-il, « depuis longtemps a charge de ma compagnie et a rendu de grands services au roi » (ms. fr. 2928, fol. 17). En effet, à par- tir de 1512, Roger de Béarn commanda 50 lances (Tit. orig., Béarn, n° 17) ; il devint, la même année, gouverneur et capitaine de Mauléon de SouUe, et chambellan en 1515 (Tit. Otig., Foix, no* 17, 371, 372, 377, 378). Son sceau ne porte aucune mention de bâtardise.
1. Bâtard, sans doute, de la famille de Louan ou Louvain, dont nous trouvons un membre mentionné page 46.
2. Ce Pierre delà Boucherie, sur lequel nous n'avons point de
i2 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [AoÙt IVJ'J
de LupjDé', Arnault de Vidache, les Masparrotes' et tous les autres, dont s'en trouvèrent bien. lUecques fut au Basque tuhé ung très bon cheval, et puys sur ung Estradiot en reconquist ung autre. Ainsi duroit tousjours l'escarmouche, ou a l'une foys Françoiz chas- soyent, a l'autre estoyent rechassés. Le compte de Ligny, qui sur le bort de la rivière estoit, voyant l'es- carmouche pour les Françoiz dangereuse, pour iceulx secourir, cincq ou six faulcons fîst illecques affusier et transmist Loys d'Ars^ oultre la rivière, avecques
renseignements, était sans doute le père d'un certain Jean de la Boucherie, s"" du Guy, qui, le 25 août 1510, épousa Louise de la Roche et en eut Gilles de la Boucherie, écuyer, s' du Guy, qui épousa en 1530 Françoise Theronneau (Tit. orig., La Boucherie). Un Georges de la Boucherie ligure dans le compte du Béguin ou Deuil du duc François II de Bretagne, en 1488.
\. Carbon ou Carbonnel de Lupé, fils aîné des huit fils do Jean de Lupé, dont deux autres portaient le même prénom de Carbon ou Carbonnel. Maître d'hôtel du roi, il vivait encore en 1521; il épousa Jeanne de Beaumont et en eut Jean de Lupé. Il est, en outre, père du célèbre Noé-Michel, bâtard de Lupé, chevalier, maître d'hôtel du roi, capitaine de Janville en Beauce, et, en 1522, grand prévôt de l'hôtel, qui s'illustra dans les guerres d'Ita- lie. C'était, au xvi^ siècle, un proverbe que « Brave comme le bâtard de Lupé. » Ce bâtard était déjà, en 1499, un des gentils- hommes ordinaires de l'hôtel du roi, et, par lettres-patentes du 5 avril de cotte année, Louis XII lui abandonna un droit de IS^ dans la sergenterie de Saint-Jeoire en Normandie (Brantôme, Tit. orig., Lupé, n° 4).
2. Nous ne voyons pas très bien (jui J. d'Anton appelle les Mas- parroltes; est-ce les seigneurs de Masparrante ou de Masparant? Il y avait, au xvii« siècle, une famille de Masparault, seigneurs de Chennevières-sur-Marne.
3. Plusieurs personnes portaient ce nom de famille : en Dau- phiné, Philibert d'Arces, seigneur de la Bâtie (U. Chevallier et Lacroix, Invenlaive des archives dauphinoises de M. Morin-Pons, p. 136); en Gascogne, les d'Arse ou d'Ars, d'origine espagnole,
Août 1499] LA PRINSE D'.\LEXA.NDRIE. 43
dix homes d'armes, pour a la rectrette les recueil- lir. Ainsi se mirent iceulx a passer l'eau, et des premiers ung des cent gentilzhommes du roy, estant soubz la charge du seigneur d'Alègre ^ nomé le
représentés au xv« siècle par Ferrando et Consalo d'Ars (Clair. 6, fol. 301, 307). Le célèbre Louis d'Ars était originaire du Berry et lieutenant de la compagnie du sire de Ligny; c'est lui qui reçut Bayard dans sa compagnie. Pensionnaire du roi dès 1496 (Clair. 6, fol. 301 1, il déploya toute sa \ie une bravoure admirable. A la fin de sa carrière, on le soupçonnait d'une affection trop fidèle au connétable de Bourbon; il se fit tuer à Pavie. Il resta longtemps lieutenant du sire de Ligny, puis il devint chambellan et capitaine de 50 lances (ms. fr. 25784, n* 136). A l'époque de sa mort, il était duc de Termes, marquis d'Ars, comte de Voghera et de la Girolle, capitaine de 60 lances (Clair. 6, fol. 303). Il se distingua surtout dans la campagne de Naples et à Ravenne.
1. Yves d'Alègre, seigneur d'Alègre, de Rioux et de Milhau, était l'ainé des fils de Jacques de Tourzel, baron d'Alègre, cham- bellan du roi, qui vivait encore en 1508 ; il avait deux frères, Guillaume, protonotaire apostolique, et François, comte de Joi- gny, s»" de Précy, capitaine de Montargis, beau-frère de l'amiral de Graville, qui fit avec Charles VUI la campagne de Naples, et devint sous Louis XII grand maître des eaux et forêts, vicomte d'Arqués, etc. Yves d'Alègre avait épousé, en 1474, Jeanne de Chabannes et laissa un seul fils : Gabriel, chambellan du roi, maître des requêtes, puis prévôt de Paris, bailli de Gaen, capi- taine de 40 lances. C'est Gabriel d'Alègre qui reçut le testament de Bayard.
Yves d'Alègre était un capitaine notable, comme dit Brantôme, et expérimenté. Capitaine de Domfront, chambellan et pension- naire du roi depuis longtemps, il commandait une compagnie de 40 lances lors de la première expédition de Naples. Sa pension, de 1,200 livres en 1488, de 2,000 en 1491 et 1496, fut élevée à 4,000 livres eu 1498 (lit. orig., Alègre, nos 27, 29, 30, 32, 33. 34, 35, 37, 95, 108, etc.; Clair. 782; Portefeuilles Fontanieu). Il fut tué à la bataille de Ravenne en 1512. Son fils aîné, Jacques, s'y fit tuer également, c jeune et hardi gentilhomme, » comme dit Paradin.
En 1498, il commandait, avec le vidame de Chartres, l'élite de
.i4 CHRONIQUES DK LOUIS XII. [Août UOD
Basque ' ; et, ainsi qu'il sortoit le gué, Françoiz estoyent
la Franco, los cent gentilshommes du roi (Marino Sannto, II, 850, 1059), comme le dit ici Jean d'Auton. Le vidame garda le com- inandement d'une bande ordinaire de 100 lances. Ajoutons dès maintenant que le roi lui donna, au mois d'octobre 1499, la châ- tellenie de Pozzoli, en Milanais (Portefeuilles Fontanieu) et le fit capitaine de Savone.
1 . Le surnom de Le Basque, Le Vascon, Le Visque, Le Visle, etc., était fort répandu et s'appliquait à des personnes très diffé- rentes. Lorsque J. d'Auton nous parle de Le Basque, un des cent gentilshommes de la maison du roi, il s'agit évidemment de Jean (le Tardes.
Jean ou Jeannot de Tardes, gascon de Bordeaux, dit Le Basque, viguier de Carcassonne dès 1469, ccuyer et panetier du roi en 1470, valet de chambre et panetier ordinaire en 1472, fut marié en 1482 par Louis XI avec « la fille de Bayrs, » c'est-à-dire avec la fille et héritière du baron de Byars ou des Biars.
Jean de Tardes, baron des Biars, châtelain de Sundespina en 1491, est, en 1499, maître d'hôtel du roi, viguier de Carcas- sonne, et inscrit pour une pension de 400 livres (Tit. orig., Tardes, nos 3-16; Portefeuilles Fontanieu, compte de 1499; ms. fr. 26107, fol. 317). Il était écuyer d'écurie du duc d'Orléans avant son avènement (ms. fr. 2927). En 1492, il se distingua par son courage lors d'une descente des Anglais en Cotentin (De la Borderie, Complot breton de MCGGCXCll, page 58). Mais il est probable que l'homme d'armes dont parle précédemment J. d'Auton ne doit pas être le même que J. de Tardes, pension- naire du roi. Dans VHisloire de Bayard , on trouve également deux Basque qu'il convient de distinguer. L'homme d'armes en question peut être Pierre de Tardes, dit le Basque, qui vend, en 1494, à Louis d'Orléans, un grand cheval de bataille rouan pour 350 écus d'or, ou môme Tristan de Tardes, archer de la garde en 1503 dans la compagnie de Gab. de la Ghastre (Tit. orig., Tardes, nos 11 et 15); ni l'un ni l'autre n'étaient pensionnaires du roi. La famille du Aida, en Gascogne, portait aussi le sobriquet de Le Gascon ou Le Vascon (ms. Clair. 3). Jean Le Viste, ancien conseiller au Parlement, pensionnaire du roi, mort vers 1508, était beau-père de Geoffroy de, Balsac, s"" de Montmorillon (Calai, d'une imporlanle collcclinn de curiosilés auto- firapliiques...., le mercrodi 27 mai 1885, Gabriel Charavay, 1885,
Août 1499J LA PRINSE D'ALEXANDRIE. 45
rechacés moult tost; mais, nonobstant, gaigna celuy Basque ung pas estroit sur les Estradiotz, et la, seul, soustint tout le faix jusques les autres de la suyte fussent passés, lesquelz firent le moings de séjour qu'ilzpeurent, et, a leur venue, furent tout court Albanoys et Lom- bars arrestés ; et, voyant le conte de Ligny qu'il estoit heure de les renvoyer, tîst sur eulx descharger cinc ou six pièces d'artillerie, et tout en l'eure Louys d'Ars, le Basque et ceulx qui derreniers estoyent venus avecques les autres, tous ensemble, recommancerent la charge et sy a droict donnèrent sur Estradiotz que contrainctz furent prendre chemin tout le cours vers Alexandrie ; lesquelz furent convoyés et poursuyviz a bride abatue jusques a leurs embusches, et, a la chace, plusieurs d'eulx occiz et bleciez; et, après ce, chascun se mist a la retraicte, avecques le gaing et perte qu'avés ouy. Ce mesme jour, entour l'eure de vespres, le grant maistre de France, qui l'avangarde conduysoit, pour commancer a faire les approches, le capitaine Audet',
n" 140; toutefois la date de cette pièce n'est pas exacte). La duchesse mère de Louis XII avait comme écuyer tranchant et capitaine de Montils-Ies-Blois en 1478 un Ernol ou Arnould le Visque. Un autre écuyer de la duchesse, Jean Berlin, dit Lance- ment (Procéd. polit, du règne de Louis XII)., portait encore le sur- nom de Le Bisque (Tit. orig., Le Visque, n^^ 2-81.
1. Le capitaine Odet d'Aydie ou, selon quelques-uns, Gallet d'Aydie, sénéchal de Carcassonne, capitaine de Gascons, était le troisième fils du sire d'Aydie en Béarn, bâtard de la maison de Foix. Il commandait 2,000 arbalétriers gascons, que le roi l'avait chargé de lever en 1499 (Marino Sanuto; Histoire de Bayard). Il avait épousé Anne de Pons, dont il eut François d'Aydie, vicomte de Ribérac, souche des vicomtes de Ribérac. Ses deux frères, appelés tous deux Odet d'Aydie, étaient, l'un, le célèbre sire de Lescun, qui, sous Louis XI auprès du duc de Guyenne, sous Charles VIII auprès du duc de Bretagne, joua un rùle de premier
46 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1499
le chevalier de Louvain', Louys de Sainct Symon^, avecques leurs bandes et les Alemans du roy, outre la rivière transmist ; et estoit avecques iceulx le viconte
ordre; l'autre Odet, comte de Comminges, dit le Cadet d' A y die, gouverneur de Guyenne, battu par Charles VIII au début de la guerre de Bretagne, et devenu ensuite pensionnaire du roi (voy. not. mss. fr. 4055, fol. 67-68; 20604, fol. 459 v°). Le capitaine Odet d'Aydie, dans les comptes de 1503, reçoit 2,700 livres pour gages (ms. fr. 2927, fol. 12).
1 . Le chevalier de Louvain appartenait à une famille de Verman- dois, d'origine flamande, qu'on appelle indifféremment Louvain, de Louvain, de Louan, de Lan, de Lobin. Il s'agit ici de Nicolas de Lou- vain, capitaine de 50 hommes d'armes bourguignons, capitaine du château de Novare, et dont la compagnie occupait, en juillet 1506, le château de Milan (ms. fr. 25784, nos 78^ 90). Nicolas de Louvain, chevalier, seigneur de Nesle et de Vierzy, déjà chambellan du duc d'Orléans en 1491, reçut, le 2 juillet de cette année, les fonc- tions de garde et concierge du lieu et parc de Villers-Gotterets. Il commandait encore 50 lances de l'ordonnance, en 1515 et 1516.
Cette famille fournit, du reste, aux ducs d'Orléans plusieurs actifs serviteurs; Pierre Louvain, capitaine de gens d'armes, joua de 1447 à 1461 un rôle important; Jean de Louvain ou de Louan, conseiller de Louis d'Orléans, prit part à tous les événements qui agitèrent la régence d'Anne de Beaujeu; il était encore vicomte de Valognes en 1498 (ms. Clair. 782).
L'ainé de la famille, a Antoine de Louvain, l'aisnel, » resta dans ses terres de Vermandois et dut y mourir fort âgé, si c'est à lui que François I^"", en 1543 et 1548, prêta six hallebardiers pour sa garde (Tit. orig., Louvain, n^^ 11-14, 3-10, 15-17 ; Histoire de Charles VIII, p. 576 ; Procéd. polit, du règne de Louis XII, p. 997, 1006).
Le chevalier de Louvain commandait une bande de 500 lans- quenets (Marino Sanuto).
2. Louis de Saint-Simon, originaire de Gascogne, ancien écuyer d'écurie de Louis XI, qui lui donnait une pension de 500 livres (Tit. orig., Saint-Simon, nos 6, 7, 9). En 1481, Jean de Saint- Simon, seigneur de Saint-Simon, chambellan, recevait une pen- sion de 1,200 livres au diocèse de Montauban (id., n" 8). Louis de Saint-Simon commandait la bande de 2,000 gens de pied gascons (Marino Sanuto).
Août 1499] LA PRINSE D'ALEXANDRIE. 47
deRoulian* et plusieurs autres gentishomes. A la venue desquelz fut par ceulx de la place tirez maintz coups d'artillerie, et aucuns blecés, entre autres le chevalier de Louvain, qui se retira a sa tante : le cappitaine Audet et Louys de Sainct Symon, nonobstant l'artil- lerie de la ville qui fort les batoit, aprocherent et gaignerent une chappelle près de deiny gect d'arc de la muralle et, avecques les bendes desusdictes, au doz d'icelle chappelle , actendirent la nuyt a VQnir pour approcher de plus. Tantost après souleil couchant, le grant maistre de France, le seigneur d'Aubijou-, le seigneur d'Auzon^, Aulbert du Ros-
1. J. d'Autoa parle à tort ici (et plus loin) du vicomte de Rohan. Jean II, vicomte de Rohan, fils d'Alain IX, célèbre par sa vie aventureuse et misérable, n'était plus jeune; il soutenait, en ce moment même, contre la reine un procès prolongé et fort consi- dérable [Proccd. polit, du règne de Louis XII, avant-propos). Sou fils aîné fut tué en 1488, à la bataille de Saint-Aubin du Cor- mier. Son second fils, Jean, dont il s'agit ici, mourut en 1502, sans avoir joué de rôle.
2. Hugues ou Huet d'Amboise, seigneur d'Aubijoux, frère cadet du cardinal d'Amboise, chambellan de Charles VIII à partir de 1492 (Tit. orig., Amboise, nos 145 à 151) et pensionnaire du roi, à raison de 300 livres par an d'abord (id., n° 110), puis de 1200 (id., nos 129, 136, 131, 141), et même de 2,000 livres en 1489 (id., n° 130); dès l'avènement de Louis XII, il devint capitaine des cent gentilshommes de l'hôtel, ou, selon une autre expression, des cent nobles ordinaires de Vhôtel, chevalier de l'ordre, sénéchal de Beaucaire et de Nimes, baron de Chàteauneuf (1499-1501, id., nos 190, 191, 367, 368; ms. fr. 26107, n° 292, etc.). Sa pension était, en 1501, de 3,600 livres (ms. fr. 22275).
3. Guillaume Stuart, seigneur d'Auzon ou Oison, frère de Stuart d'Aubigny, commandait une compagnie de 100 lances écossaises (Robert Stuart, lieutenant), que Jean d'Auton mentionne souvent. Cette compagnie tenait, avant la campagne, garnison à Dijon; elle y est passée en revue le 29 octobre 1498, Les 200 archers étaient alors au complet, mais il manquait deux hommes d'armes (ms.
48 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1499
set\ le cappitaine Ymbault-, avecques leurs gens d'armes, passèrent la rivière; et y furent ausi des pen- cionnaires et gentisliomes du roy , Saint Valier^ Ravel%
(]lair. 239, p. 491). C'était une compagnie d'élite; après avoir défendu la Bourgogne contre Maximilien, elle fut des premières à passer la frontière.
1. Aubert du Rousset, dauphinois. Aymar de Rivail l'appelle aussi Rosset, Rossetus (A. Rivalii, De Allobrogibus, publié par M. de Terrebasse, p. 540). Il commandait la compagnie du duc de Valentinois.
2. Ymbault Ryvoire, seigneur delà Batye, dauphinois; il rece^ vait une pension de 600 livres (compte de 1503, ms. fr. 2927). Il existait encore en 1520, année où il reçut, le 4 juillet, cette même pension (Tit. orig., Rivoire, n° 4).
3. Aymar de Poitiers, s"" de Saint- Vallier, vicomte d'Estoille, chambellan, frère aîné du baron de Clérieu, dont il sera parlé plus loin. Il épousa Marie de France, fille bâtarde de Louis XI, et reçut du roi une pension de 1,000 livres, pension réduite, sous Louis XII, à 600 livres. Il mourut vers 1511. Frère unique du baron de Clérieu, il hérita de lui en 1503 et prit dès lors le titre de marquis de Cotron et baron de Clérieu. Aymar de Poitiers prétendait à la possession du comté de Valentinois, concurrem- ment avec les papes. On sait que Louis XII donna le Valentinois à César Borgia; il attribua à Aymar de Poitiers, à titre de tran- saction, une rente de 949 livres 4 sols 9 deniers sur le grenier à sel du Pont Saint-Esprit. Aymar se tint pour satisfait, mais Jean, son fils, protesta énergiquement et reprit ses prétentions. C'est pourquoi François 1" donna à Diane de Poitiers l'usufruit du Valentinois (Tit. orig., Poitiers, n"* 173, 178, 180, 181; ms. fr. 26106, n° 106; compte de 1503, ms. fr. 2927; Chorier, Ilist. du Dauphiné, II, 499).
4. J. d'Auton parle plus loin du sire de Ravel, dit /^ogt<e(/e/!ari'. Ce surnom caractéristique {Pochi dcnari) était attribué aussi à l'empereur Maximilien et porté encore par un écuyer du roi, Aymé d'Aurilhac (ms. fr. 2927, fol. 27). D'autre part, le titre de Ravel, Rcyvel ou Revel était porté par les Villars, de Bresse, et par les d'Amboise, notamment par le sire de Chaumont, par son oncle Jean de Bussy d'Amboise et par le ûls de celui-ci, Jacques d'Amboise, capitaine de 25 lances, pensionnaire du roi. Mais on désignait plus habituellement par ce titre Guy d'Amboise, pen-
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MortemarS Stissac-, Boisi^, les deux Tournons et le
sionnaire du roi, quatrième fils de Charles do Chaumont, neveu du cardinal d'Amboise. Guy devint bailli de Montferrand le 19 août 1502. Il épousa Catherine Daufin, dite M^ie de Combroyide (ms. Clair. 782; Tit. orig., Amboise, n»^ 107, 371, 372, 401 et suiv.; compte de 1503, ms. fr. 2927).
1. Aymery ou Méry de Rochechouart, seigneur de Mortemart et de Tonnay-Charente, pensionnaire du roi (Tit. orig., Roche- chouart, n° 28), sénéchal de Saintonge, capitaine de Saint- Jean- d'Angély, puis viguier de Toulouse en 1519; il avait épousé en 1494 Jeanne de Pontville.
2". Les sires d'Estissac, originaires du Périgord, s'étaient établis en Aunis, dans la personne d'Amaury d'Estissac, seigneur de la Gort, près de La Rochelle, en 1440 et 1453. Jean d'Estissac devint chambellan du duc de Guyenne, frère de Louis XI; il épousa Catherine de Ghampdeniers et mourut en 1481 ou 1482, laissant deux fils, Bertrand d'Estissac, et Geoffroy, sire de Bois-Pou vreau. Bertrand d'Estissac, dont il est question ici, ancien écuyer d'écu- rie de Charles YIII, était, en 1504, capitaine de Penne, en Age- nais; sous François I^"", il prit le titre de s"" de Montclar, de Cahusac, de Coullonges-les-Royaulx, devint chambellan et lieute- nant général de Guyenne sous le gouvernement du sire de Lau- trec (Tit. orig., Estissac, n°* 20 à 26 ; Richard, A rchives seigneuriales du Poitou, Inventaire du château de la Barre, t. Il, p. 44; Gom- mines, I, 269; Histoire de Charles VIII, p. 704).
3. Guillaume Gouffier, s'" de Boisy en Poitou, épousa Philippe de Montmorency et eut trois fils, Artus, Adrien, Guillaume, et deux filles, Charlotte, qui épousa René de Cossé, et Anne, qui épousa Raoul de Yernon.
Artus Gouffier, panetier et écuyer de Charles VIII, fut, comme René de Cossé, un des jeunes gens qui plurent au jeune prince et à la reine, et qui durent à la faveur de la cour une carrière éton- nante. Pensionnaire du roi sous Louis XII, il conserva, comme René de Cossé, les bonnes grâces du nouveau roi et entra au ser- vice de la comtesse d'Angouléme. Le 23 novembre 1503 (ms. Clair. 782), il devint bailli de Vermandois; à la suite du procès criminel intenté au maréchal de Gié, Louise de Savoie le choisit pour gouverneur du comte d'Angouléme, René de Cossé, son beau-frère, s'était, en effet, trouvé, en 1502, l'adversaire du maré- chal de Gié pour la terre de Brissac; Anne de Bretagne avait arraché cette terre au maréchal qui la convoitait et avait obtenu I 4
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seigneur du Fou^ ; et, eulx passez, commancerent pie-
du roi son attribution à René de Cossé (Proccd. polit, du règne de Louis XII, p. Ixviij); Louis XII abandonna mémo au favori de la reine le droit de lods et ventes s'élevant à 3,333 livres (ms. i'r. Î927, compte de 1503). Cette intrigue de cour jeta Artus dans le parti opposé au maréchal et la rancune de la reine le servit puissamment.
Ce fut là l'origine de ses hautes dignités; à mesure que son royal élève grandit, la fortune d' Artus Gouffier et de toute sa famille grandit également. Artus, en 1515, est chevalier de l'ordre, comte d'Étampes et de Carnas, duc de Roanne, baron de Maule- vrier, seigneur de Boisy, d'Oyron, de Villedieu-sur-Indre, etc., capitaine de 50 lances, gouverneur du Dauphiné, pair et grand maître de France (Tit. orig., Gouffier, n"* 35, 36; Histoire de Charles VllI; M. Galantino a publié à Milan, en 1880 et 1881, deux dissertations sur les Gouffier de Boisy). 11 mourut en 1519.
En 1499, il épousa Hélène de Hangest, dame de Magny, fille du sire de Genlis; il était alors pensionnaire du roi et n'avait pour lui que son ambition et son courage.
Un de ses portraits a été reproduit (pi. XI, François h'' chez il/'"" de Boisy] par M. Rouard; il en existe un autre, merveilleux, au ms. fr. 13429, fol. xxv, v°. Artus Gouffier était un bel homme, de superbe prestance, à la figure mâle et pleine de résolution; on comprend la séduction qu'il inspirait.
1. Jacques de Tournon, chambellan sous Louis XI, sénéchal d'Auvergne, eut de Jeanne de Polignac cinq fils et quatre filles; trois de ses fils obtinrent des évèchés et l'un d'eux fut le célèbre cardinal de Tournon; les deux pensionnaires dont parle Jean d'Auton étaient donc les deux autres, Just de Tournon, l'ainé, et Christofle, le dernier. Celui-ci, échanson de Charles VIII, épousa Catherine d'Amboise, et mourut sans enfants. Quant à Just, il eut de Jeanne de Vissac six filles et six fils, dont aucun ne laissa d'héritiers directs. Maître d'hôtel de Charles VIII, puis chambel- lan, bailli du Vivarais, Just de Tournon prit part avec éclat à la campagne de Fornoue (Catal. Joursanvault, n° 483) ; il comman- dait 50 lances en 1524. Il fut tué à la bataille de Pavie, à trente- six ans. C'était un homme robuste, à la figure bonne, grosse, pleine, un pou matérielle, et d'une expression mélancolique (ms. fr. 13429, fol. lxxxvi). Nous le trouvons seul inscrit au compte des pensionnaires de 1503 pour une somme de 500 liv. (ms. fr. 2927).
La l'amille du Fou était une famille bretonne et poitevine qui
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tons a faire tranchées et mectre charroy en avant ; et, ainsi que chascun faisoit son deu, sur les dix ou onze heures de nuyt commança la pluye si forte, qu'en moings
prit une grande importance sous Louis XI en la personne de Jean du Fou, vicomte du Fou, premier échanson du roi en 1461, grand échanson en 1475, capitaine de Cherbourg en 1465, amiral de Bretagne en 1466, bailli et gouverneur de Touraine de 1485 à 1491, et, enfin, institué par Louis XI titulaire d'une pension de 1,900 livres dès 1461.
Guillaume du Fou, à la même époque, également pensionnaire du roi en 1473, écuyer d'écurie de Louis XI, homme d'armes de la compagnie de Jean du Fou, seigneur du Mesnil au Vair, suc- céda à Jean comme capitaine de Cherbourg; il occupait ce poste en 1480.
Raoul du Fou devint évoque d'Angoulème, puis d'Évreux.
Enfin son frère, Yves ou Yvon, joua dans l'entourage intime de Louis XI un rôle très considérable. Sorte de missus dominicus du maître, il reçut de lui les missions qui nécessitaient le plus d'éner- gie et de décision et ne cessa d'être en grande faveur jusqu'en 1481, année où il mourut, encore jeune. Yves du Fou, chevalier, seigneur du Fou, était chambellan, capitaine de Lusignan, maître des eaux et forêts {aliàs général réformateur) de Poitou. Il acquit en Poitou la terre de « Ramenteresse » et Louis XI lui abandonna un ancien étang qui y confinait.
Il laissa deux enfants mineurs, Jacques et Philippe. Jacques du Fou, chevalier, seigneur du Fou, hérita de sa charge de maître des eaux et forêts de Poitou. Dès le 9 juin 1498, Louis XII lai confirma cette charge, et, les patentes de 1498 n'ayant pas été enregistrées, il la lui confirma de nouveau en 1500. François du Fou, seigneur du Vigean en Poitou, fils aîné d'Yves, ne joua pas de rôle important sous Louis XII, qui n'aimait pas les souvenirs du règne de Louis XI ; mais, sous François I^'", comme chambel- lan, il brilla dans la personne de M™<= du Vigean, sa femme, une des personnes les plus belles, partant les plus considérables, de la cour. C'est de lui qu'il s'agit ici. Jean Bouchet lui a consacré une épitaphe en vers (Tit. orig., Du Fou, Du Fou en Bretagne, Du Fou en Normandie, Du Fou du Vigean; sous ces divers titres, on trouve des pièces se rapportant aux mômes personnages; Jean Bouchet, les Généalogies, effigies et épitaphes des rois de France, édition de 1545, fol. 84; sur YWes du Fou, Histoire du Berry, par Raynal, etc., etc.).
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de deux heures les tranchées furent tant plaines d'eau que nul ne pouhoit dedans faire retraicte, et dura la pluyc jusquez au matin; qui moult griefva les gens d'armes, car plusieurs avoyent renvoyés leurs che- vaulx delà l'eau et toute nuyt demeurèrent, armés et a pié, par les champs, qui tant estoyent fangeux et amolliz que nul, fors a toute peine, d'illec pouhoit sortir; et, si a l'eure fussent ceulx de la place sortiz, long temps a que de Françoiz et d'artillerie ne trou- vèrent si bon marché. Toutesfoys, nonobstant tous les ennuytz, chascun mist si a point la main a l'œuvre, que, avant le jour, l'artillerye a moings de quatre vingtz pas des foussés de la ville fut tauldissée, char- gée, assize et affûtée. Le conte de Ligny et le seigneur Jehan Jacques, quelque ennuyeulx temps qu'il fist, toute la nuyt, avecques les canonniers et piétons furent sur bout; et n'y avoit nul des autres capitaines et gentilzhomes qui ne fist tel devoir que la peine des moindres n'en deust estre allégée.
Le lundy, peu appres souleil levant, le surplus de l'armée passa la rivière^, et le plus près qu'on peust loger le camp de la ville fut trouvé le meilleur advis. Le compte de Ligny, avecques les cappitaines qui soubz luy estoyent, ung peu acartier, et près d'ung gect d'arc de la ville, prist son logis. Le seigneur de Ghaumonl, grant maistre de France, avecques ceulx qu'il conduy-
\. Sur un pont (Marino Sanuto), le mardi (id., II, 1150). Alexan- drie, comme on sait, est sur le Tanaro, qui, au milieu d'une vaste plaine marécageuse, y reçoit la Bormida. C'est cette dernière rivière que passèrent les Français. C'était une marche hardie, car le Tanaro et la Bormida, grossis par de fortes pluies, formaient une barrière (Ghilini). On a vu plus haut que déjà ce danger s'était fait sentir. Da PauUo prétend que, deux jours de plus, et l'inondation les obligeait à lever le siège.
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soit, ung autre logis près de la place avoit |)riz. Le seigneur Jehan Jacques, avecques les siens, viz a viz de la cytadelle, dedans une saulsoye avoit son cartier : une partie des gens de pié dedans les tranchées, l'autre au doz d'une chappelle, près de l'artillerie, et le sur- plus d'iceulx tout autour du camp et de la place. Et si appoinct fut le siège ordonné et assix que nul du fort pouhoit sortir qui tost ne fust aperceu par ceulx du dehors, comme presque de tous coustés estoit le camp, en manière que tantes, pavillons et loges, en plusieurs lieux, estoient au descouvert. Ainsi qu'on asseoyt le siège, artillerie de tous costés envoyoyt mes- saiges de domageux rapport ; les cannonnyers fran- çoiz, sans autrement prendre terme d'avys, fors a tout instant exécuter leur ruineuse commission, autre œuvre ne donnoyent a passe temps que charger artillerie et descharger contre tours et murailles, et le plus contre ung boulvard qui près du chasteau de la cytadelle estoit, et si rondement qu'en moings de quatre heures fut mys par terre et les murailles endommagées en plusieurs lieux. Ceulx de la place, qui tel prochas d'ar- tillerie avoyent faict qu'a l'aventage en estoyent pro- veus, sans repos, au travers du camp, de tous costés, tant impétueusement deschargeoyent, qu'il n'y avoit homme si asseuré qui hors de danger se cuydast ; car leurs coups alloyent si près de terre, que nulle fois ou byen tard tumboyent a bas que quelqu'un ne sentist le choc ou le vent. Ung home d'armes, lieutenant de la compaignyc du seigneur de Chandée, nommé Chas- tellart', tant pi'ochain de celuy danger se trouva qu'a la descente du cheval l'arçon de la scelle d'ung cop de
1. Jacques de Lay, seigneur du Chastellart, gentilhomme dau-
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faulcon luy fut emporté. Ung autre gentilhome, nommé Grantmont', estant dedans sa tente, d'une autre pièce d'artillerie hut tout le mou de la cuysse mys au vent. De rechief a ung autre, nommé Collomat, furent d'ung cop tuhés deux chevaulx de priz. A l'une foys deux ou troys homes, a l'autre troys ou quatre chevaulx estoient mors ou affollés, et a l'autre foys les gros arbres errachiez et fouldroyés, tentes et pavillons parmy le camp percés et abbatus, et tellement qu'en tout ce Cartier n'estoit question que de faire le chien couchant et soy garder, sur la vye, de ne tenir par les chemins parlement. Quoy plus, si n'est que moult grant eschec y hut sur l'armée, et le plus sur le cartier du seigneur Jehan Jacques, qui au front et a la visée de l'artillerye de la ville estoit logé.
phinois. Il reçut une compagnie de 40 lances, qu'il commandait en 1505 (Tit. orig., Lay, n»' 7, 8).
D'après le Loyal serviteur (p. 139), il serait mort en mars 1509, avant la campagne de cette année contre les "Vénitiens; cepen- dant, le 3 juin 1509, nous le trouvons au camp près de Pes- chiera, à la tète de sa compagnie au grand complet (ms. fr. 25784, n° 119).
Le nom de Chastellard est du reste fort répandu en Dauphiné et dans le sud -est. Un autre fief de Chastelard appartenait en 1507 à André de Saint-Ouen (Guichenon, Hist. de Bresse, p. 36).
1. Roger de Grantmont ou Gramont, seigneur de Maugiron et de Bidache, déjà chambellan du duc de Guyenne en 1471 et 1472, devint ensuite chambellan de Charles VIII, de Louis XII et de François I"; nous le trouvons sénéchal des Laumes pendant le règne de Charles "VIII à partir de 1488, et, depuis 1496, capitaine et maire de Bayonne, où il commandait 30 mortes-payes (ms. fr. 25783, n° 48). Il se distingua à Ravenne, où il commandait 1,000 hommes de pied; il fut aussi ambassadeur à Rome. Il avait épousé Léonore de Béarn, fille unique de Bernard, seigneur de Gerdères, et d'Isabeau de Gramont (Tit. orig., Gramont, n»' 21, 25, 37-39, 42, 46-49; Brantôme). Il était pensionnaire du roi (pour 2,000 livres; compte de 1503, ms. fr. 2927).
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Le mardy enssuyvant, une heure ou deux avant le jour, toute la grosse artillerye fut assise, chargée et taudissée davant les foussés de la ville; et, sitost que l'aube parut, commancerent cannonnyers a deschar- ger gros canons, faulcons, aultre artillerye advanta- geuse, contre les murailles et au travers de la ville et faire ung bruyt comme si les Furyes Infernales fussent hors de leurs Stigies, voire et de telle sorte que, au réveil, fut a chascun advys que, soubz leurs tantes et pavillons et plus d'une lieue autour, y hust terremote impetueulx. Chascun lessoit loges et repaires pour aller veoir la baterye, qui estoit de telle condiction que, tour a tour de la cytadelle, a riens ne vouloit pardonner ; car, ou passoit l'artillerie, tout aux envy- rons on ne veoyt d'embas que feu sortir et fumée, pouldre et cyment voler amont, tours et créneaux ruez par terre, et en l'air tonner et tempester, comme si Vulcan hust mys en besoigne tous les marteaux de sa forge*; et pourtant ne laissoyent a tirer ceulx de la ville au travers du camp , ou a toutes mains tuhoyent gens et chevaulx. Mais gueres n'eurent dures leur effors que de leurs deffences ne fussent tost deslogés ; car, sitost que par une canonnyere ou passée avoyent une pièce d'artillerie deschargée, par la mesmes tout en l'heure on les alloit chercher, et de si près que nul d'eux aux repaires se ozoit monstrer ou tenir qui de peine mortelle ecourir ne fust asseuré. Toute jour, sans œuvre donner a repos, dura le tonnerre, tant epoventable et turbineux, que plus d'ung gect d'arc au dedans de la ville du costé de la baterye homme ne
1. Quoique religieux de Tordre de Saint-Benoit, J. d'Auton est de la nouvelle école littéraire.
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femme ozoyent habiter. Ce jour, après disner, fut le Sfrant maistre de France veoir tirer l'artillerve et, en regardant vers la ville, vit ung des canonnyers du dedans, lequel affutoit ung faulcon pour tirer contre le camp ; dont il advertit le maistre de l'artillerye, qui, tout en l'eure, ung canon vers ce cartier vint descharger, et si a droit, que muralle, artillerie et canonnier en envoya par terre tout en ung mont, dont furent moult ceulx du dedans affoibliz, car tant estoit just et au mestier bien apris que jamais n'esloignoit son coup de luy que le domage de quelqun n'appro- chast. Sur l'eure de vespres, ainsi que chascun pen- soit du soupper, firent ceulx de la garnison une saillye et se misrent aux champs sept ou huyt vingtz Estra- diotz et cent ou six vingtz homes armés; et, tout a coup, fut faict l'alarme sur le cartier du seigneur Jehan Jacques, qui tout a la veuhe de la ville estoit, et tout souldain furent plus de deux cens chevaulx hors du camp, et ceulx qui les premiers furent en point don- nèrent des espérons et tirèrent celle part. Ceulx de la ville, voyant sortir Françoiz de tous costés, comman- cerent contre iceulx descharger artillerye, si menu que l'ung coup n'actendoit l'autre, et bien fut de mer- veilles que plusieurs n'y demourerent, car a la plus populeuse turbe adroissoyent tousjours leurs visée ; touteffois, pour ce, s'ensuyvit peu de perte. Ung jeune gentilhome, nommé Chavanes, de la compaignye du seigneur de Chandée, et aucuns de ceulx du baron de Beart^ comança l'escarmouche, mais bien fut luy et les siens recueilly et rebouté. Et, a celle charge, ung home d'armes, nommé Francequin, fut d'une lance
1. V. p. 40.
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blecéen l'espaule. Ung Estradiot, nommé Le Chevalier, de ceulx du seigneur de Chandée, longtemps avecques ung sien compaignon contre les Albanoys de la place, sur le bort d'un foussé, a coups de lance soustint l'es- carmouche; touteffoys, a la parfin, fut mys par terre et enmené prisonnier, et le cheval de son compaignon tué. Le senechal d'Armaignac des premiers se trouva au champs, lequel donna bien a point sur Albanoys, et furent aucuns des siens bleciés.
Le seigneur de Chastillyon, avecques sept ou huyt homes d'armes, jusques a l'entrée de la ville fut aucun d'iceulx rembarrer, et si rudement que ung des siens, nommé Castelbayart^ a touchant des murailles, a poz de lance ung Albanoys dedans ung fossé renversa. Ung gendarme françoiz, nommé Jehan Duboys, fut mys par terre et secouru par ung archer, nommé Libourne, de ceulx de Chastillon, auquel fut d'ung coup de traict tuhé ung cheval ; ung autre, nommé Bertrand de Bayonne, perdit pareillement a la meslée ung cheval et fut fort biecé. Le hutin asses bien
1. Gastelbayard ou Castelbajac. Ce nom, dans les textes des xiv« et XV' siècles, présente une infinité de variantes : le plus sou- vent Chasteau Baiac, puis Castel Bayac, Chastel Baiart, Castelbeac, Castelbayac, etc., etc. Bertrand de Gastelbayart, écuyer, soi-disant capitaine de la Réole, était redouté pour la violence de son carac- tère. La capitainerie de la Réole avait été donnée à Louis des Barres (dont nous parlons ailleurs) par le duc Pierre de Bourbon, gouverneur du Languedoc. Gastelbayard, en 1497, alla trouver à Tours le comptable de Bordeaux et réclama ses gages de capitaine. Sur le refus de celui-ci, il s'emporta, jurant, blasphémant, mena- çant; enfin il partit en proférant des menaces si violentes que, le lendemain matin, le comptable courut au logis du Gascon, rue de la Gellerie, à l'enseigne du Gerf, pour lui porter cent livres, objet du débat (Tit. orig., Castelbayac, n* 18).
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sentoit a la fumée de la guerre; et ainsi, comme les premiers assemblés entre eulx exercitoyent le mestier giadiatoire, le demeurèrent des gens d'armes en bon ordre et tost marchoyent vers ou le bruyt se faisoit ; et conduysoyent iceulx le seigneur de Chandée', le compte de Misot-, Robinet de Freme-
1 . Philibert de Chandée, chevalier, seigneur de Chandée, cham- bellan , originaire de Bresse, commandait une compagnie de 80 lances en 1494; en septembre 1498, sa compagnie, portée à 50 lances, tenait garnison dans le comté d'Asti (ms. Clair. 239, p. 483). C'est par erreur que Marino Sanuto, après lui avoir attri- bué d'abord 50 lances, ne porte plus ensuite le chiffre de sa com- pagnie qu'à 40 [Diarii, t. II; Tit. orig., Chandée, n^^ 3, 8, 9; ms. fr. 25783, n° 9). On verra plus loin qu'il commandait l'avant- garde et qu'à ce titre on lui attribua même le commandement d'Albanais.
Il ne faut pas le confondre, comme on le fait souvent, avec le sire de Chandieu en Dauphiné, ni avec les sires de Chandio, ou Chandiou, dont l'un, Jean de Chandio, fut maître d'hôtel de Charles VIII, et l'autre, Louis de Chandio, capitaine de la porte du roi en 1515 (Tit. orig., Chandio, nos 3^ 4; Clair. 811, fol. 1, etc.). Sur les Chandée, v. Y Histoire de Bresse, de Guichenon.
Le sire de Chandée fut tué à la bataille de Cérignoles.
2. Giov. Nicole di Gian Giacomo Triulzio, comte de Mesocco (aliàs Miscocho, Musocco), fils de Jean-Jacques Trivulce. Il était pensionnaire du roi pour une somme de 2,000 livres (compte de 1499, Portefeuilles Fontanieu; Tit. orig., Misocho, n° 2); il ne s'appelait et ne signait que « le comte de Misocho ».
Mesocco était un fief, voisin des frontières de Suisse, acquis par les Trivulce en 1481. D'après M. Calvi (// patriziato Milanese, p. 298), Jean-Jacques Trivulce avait reçu, en 1496, le droit d'y battre monnaie, au titre de France et d'Asti, mais cette date de 1496 n'est certainement pas exacte. M. Calvi cite quatre types de monnaies qui y auraient été battues.
Ce qui est plus grave, c'est que Trivulce profita de la situation du comté de Mesocco pour nouer avec les cantons helvétiques des rapports qu'on lui reprocha vivement. En février 1513, il reçut la bourgeoisie d'honneur de Lucerne (1> von Liebenau, Bollettino stnrico délia Svizzera italiana, TU, 288), et, au mois d'octobre de
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zelles', le baron de Béart, S^ Prest-, Lalande^, le comis-
la même année, il écrit à la ville de Lucerne une lettre qui temoi= gnait du dévouement avec lequel il représentait auprès de Louis XII les intérêts des Suisses (id., t. IV).
1. Robert ou Robinet de Framezelles (il prend indifféremment l'un ou l'autre prénom), seigneur de Framezelles, de Frane, du Vergy (ou de Verchocq), était l'homme de contiance du roi. Depuis longtemps chambellan du duc d'Orléans, nous voyons, en 1485, Louis d'Orléans l'envoyer près de sa mère en mission; en 1488, Robinet est condamné comme complice du duc qui, dès sa sortie de prison en 1491, l'institue bailli de Sezanne. Il est choisi par le duc d'Orléans comme lieutenant de sa propre compagnie et fait, en cette qualité, la campagne de Naples ; il se distingue à For- noue, près du roi qu'il couvre de son corps. Dès l'avènement de Louis XII, il devint capitaine de l'ancienne compagnie de 100 lances dont il était lieutenant, et chambellan du roi. Il parait être mort vers 1511; du moins, il reçoit une pension de 2,000 liv. jusqu'à 1510 et nous n'en avons pas trouvé de reçus postérieurs (Belleforêt; Histoire de Charles VJII, p. 576; Gommines, II, 473; Tit. orig., Framezelles, nos 2, 4-21; Compte de 1499, Portefeuilles Fontanieu, etc.). La compagnie de Robert de Framezelles tenait garnison à Asti le 7 juin 1498 (ms. fr. 25783, n" 11, et elle revint faire au mois d'août campagne en Bourgogne contre l'archiduc (ms. Clair. 239, fol. 479), puis elle revint à Asti. En 1498, R. de Framezelles entra au conseil du roi. En mars 1499 (anc. st.), le roi lui fit présent d'un hôtel à Paris, près de Saint-Eustache (ms. Clair. 782).
2. Jean de Saint-Prest, seigneur de Saint-Prest, près de Gai- lardon, dans le pays Ghartrain, fils aîné de Bernard de Saint-Prest, qui vivait encore en 1484. En 1491, nous le voyons passer des fermages de terres à blé. En 1499 et 1500, il commande une com- pagnie de 40 lances, en garnison à Asti dès le mois de février 1499; sa compagnie, portée à 50 lances, fait la campagne de Naples en 1501 (mss. Clair. 239, 240, fol. 553, 497). En 1514, nous le retrou- vons près de Chartres, dans ses fonctions de propriétaire. Il ne faut pas le confondre avec d'autres Saint-Priet ou Saint- Priest do Dauphiné, avec lequel il n'a rien de commun (Tit. orig., Saint- Prest, nos 8-12, 14, 16-17; Saint-Priest, n° 13; compte de 1501, ms. fr. 2960, fol. 14 et suiv.).
3. « Un vieux brave adventurier de guerre, » comme dit Bran-
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saire Chaslellarl, Chasteauvillain ^ Quicquempoys-,
tome, « vaillant et expérimenté, » dit Paradin. Toute sa vie, quelles que fussent ses fonctions, on ne l'appela que le capitaine Lalande, dit encore Brantôme, qui lui consacre une notice (VI, 167) sans indiquer son nom véritable. Louis de Bigars, écuyer, seigneur de la Lande, de Commin et de Tourville-la-Campagne, dans la mouvance de Pont-de-l'Arche (vicomte de Pont-Audemer), était en effet un soldat de fortune. Guillaume de Bigars, son père, était simple homme d'armes de l'ordonnance, dans la compagnie du comte de Dunois, en 1456 et en 1460. Écuyer du roi en 1456, commis à passer une monstre en 1459, écuyer et échanson du roi en 1470, il mourut en novembre 1487 (Tit. orig., Bigars, n»s 2-10, 19, 23). Il jouissait d'une pension de 200 livres, élevée en 1459 à 300 (id., 16).
Louis de Bigars prit donc, à partir de 1487, le nom de La Londe, et, en 1498, il devint capitaine de 2,000 hommes de pied normands mis sus par ordre de Charles VIII, avec une pension de 600 livres. Cette brusque élévation fut suivie d'une existence non moins aventureuse. Le capitaine Lalande fut nommé maître d'hô- tel du roi ; en 1507, il est envoyé à Fécamp, en mission adminis- trative; en 1513, il est commissaire à Dieppe pour la levée et le ravitaillement d'une armée de mer. En 1517, il commande le vaisseau de guerre François d'Orléans, de la marine royale. Puis il déploie une grande vaillance au siège de Landrecies, et il est tué à Saint-Dizier (id., n°s 22, 25, 36, 38, 40-45 ; Brantôme ; compte de 1499, Portefeuilles Fontanieu).
Il avait sous ses ordres, en 1499, les capitaines Jean Lebrun, seigneur de « Sallevelles, » Simon de Richebourg, Guion de Boutteville, Jean Martel.
Guion de Boutteville recevait du roi une pension de 120 livres fms. fr. 26107, n'' 196).
1. Jean "VI de Châteauvillain ou Ghastelvillain, seigneur de Montrevel, Châteauvillain, Grancey, Marigny, Milly et du Theil en Champagne, seigneur bourguignon important.
2. Jean de Gamaches, fils de Guillaume de Gamaches, qui existait encore en 1479, fut marié, comme beaucoup d'autres, par Louis XI; Louis XI lui fît épouser, le 19 juin 1470, Marguerite, dame de Saint-Quintin de Blet, de Quinquempoix, de Sury-aux- Bois et autres lieux. Il portait le plus souvent le titre de sire de Sury-es-Bois. Maître d'hôtel du roi, il accompagna le duc d'Or-
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Bernai'd de Mons' et autres chiefz et lieutenans de la bende. Et, ainsi qu'on approchoit, les Albanoys et Lom- bars et aucuns Françoiz faisoyent entre eulx bonne mes- lée et de si près se cherchoyent que chascun de sa part avoit asses affaire; car il n'y avoit nul qui, pour son ennemy mater, a toute force ne mist le glaive en besoigne. Sytost que ceulx qui en bataille se tenoyent furent approchés, chascun comance a donner des espé- rons et vers Estradiotz a dresser le fer de la lance ; a ceste charge estoient des pencionnaires du roy, Fro- mente-, Castelferrus^^ et Estinville '*, en sorte de vouloir
léans dans la campagne d'Italie, resta avec lui à Asti, soutint avec lui le siège de Novare. En 1505 et 1506, il est commis à passer des revues de troupes en Champagne.
L'ainé de ses fils, Adrien, se fit remarquer en 1514 au touruoi donné en l'honneur de Marie d'Angleterre et épousa, en 1525, Jeanne Pellourde, dame d'Ourouer ou Ouzouer (Tit. orig., Gamaches; ms. fr. 25718, n." 103; La Thaumassière, Histoire du Berry).
1. La famille de Mons était nombreuse à la fin du xv^ siècle; mais nous manquons de renseignements originaux sur la personne de Bernard de Mons.
2. Gaspard de Coligny, seigneur de Fromentes ou Frementes, frère cadet du sire de Ghàtillon, se distingua à Fornoue et devint pensionnaire du roi et lieutenant de la compagnie de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. Revenu en France après la mort de son capitaine, il fit la campagne de 1507, combattit à l'avant- garde à Agnadel. Il fit toutes les campagnes de François P' et mourut sous le harnais en 1522, dans la marche contre Fontara- bie. François I*"" le créa maréchal de France, lieutenant général de Guyenne, et lui donna la principauté d'Orange en dédommage- ment des terres d'Andelot, confisquées par l'empereur.
3. Antoine de Haucourt, seigneur de Castelferrus, pensionnaire du roi en 1499 (compte de 1499, portefeuille Fontanieu). J. d'Au- ton racontera plus loin ses exploits. Il était échanson de la reine {Mémoires d-e Bretagne, III, 878).
4. Les sires d'Estainville, quoique attachés à la cour, ont laissé
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ayant au service de leur prince et leur honneur pour recommandé. Ainsi chascun commance a son ennemy monstrer par effect ce que le couraige avoit en pencée. LesFrançoiz de tous costés chargent Estradiotz, lesquelz, a leur desavantaige voyant la chance tourner, vers la ville prennent leur adresse et si rudement jusques dedans leurs barrières furent chacés et poursuyviz que ceulx de la garde de la place, qui sur les muralles estoyent pour leurs gens au besoing recueillir, cuy- dant que les Françoiz, qui sitost poursuyvoyent Estra- diotz et Lombars, voulussent avecques entrer en la ville, comme efeminés et refroidiz, ung seul coup d'ar- tillerie ne de trect ne sceurent a droict contre leurs ennemys descharger, et n'avoyent deffence que de pierres (]uc, a cloz yeux et a la voilée, gectoyent par dessus les murailles. Somme, si près de leur rettrelte furent ramenés et conduytz que, au dedans du bou- louard de la ville, par ung nommé Gaspar, de la com- paignie du baron de Beart, et ung autre, appelle Jehan Duboys, de ceulx du seigneur de Ghandée, ung home d'armes Millannoys fut sur le bort du pont, home et cheval, tout en ung mont renversé, dont pouhoyent ceulx de la place pencer que, puysque si mortellement au dedans de leur fort et en leurs dangiers estoyent par les Françoiz assailliz, que a la mercy d'iceulx ne seroient en bonne surté. Apres que Albanoys et autres gens d'armes Mauryens furent ainsi retournés en leur
peu de traces. Louis d'Estainville, valet tranchant de Charles VIII, était seigneur d'Estainville {Procéd. polit, du régne de Louix XII, p. 298 note, 351). Il était sans doute Gis de Philibert d'Estain- ville, maître d'hôtel de Louis XI (id., p. 649), et père de Jean d'Estainville, écuyer d'écurie de François l"^ et grand prévôt de l'armée en 1536 (Tit. orig., Eslainville, n° 2).
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garnison, Françoiz se mectent en chemin et, au plus court de la retraicte, chascun en avant mect la marche. Le mercredy enssuj^'ant, sur le point de six heures au matin ou peu après, de plus en plus fort de chas- cun costé recommança la baterye : et, entre le chas- teau de la cytadelle et ung boulouard rompu, qui a my gect d'arc l'ung de l'autre estoyent, quelque par- tye de la muraile et ung portai estoyent encores sur bout, et par la pouhoyent ceulx de la place tirer contre le, camp ; ce jour, furent jusques a terre razés et abba- tus. Souvant alloyent veoir l'artillerie et tranchées le compte de Ligny, le seigneur Jehan Jacques et le grant maistre de France, qui voluntiers donnoyent le vin aux compaignies pour tousjours myeulx affuster leurs engins et amorcer leurs couUevrines. Les canonniers de la ville, comme ceulx qui de hayne mortelle aux nostres en vouloyent, contre leurs tauldiz et tranchées presque tousjours tenoyent la visée, dont extrême besoing avoyent Françoiz de bonne seurté ; car de tous costcs de la place contre leurs repaires venoyent patacz^ tant que si a point couvrir ne taudisser ne se peurent que deux ou troys des plus hardys mors et blecés ne demeurassent aux tranchées. Ung des cent Allemans du roy, nommé Piètre, fut, ce jour, d'ung coup d'artillerie tué; ung des archiers de la garde et plusieurs autres y demeurèrent : si n'elargiray je plus de ceste perte la marge de mon papier, mais revien- dray a l'effort de nostre artillerye, qui ruoit tout par terre et sans cesser donnoit coups, et tant que ceulx
1. Patac, mot singulier qu'atîectionae Jean d'Aulon et que lui seul emploie. II lui donne le sens de bruit, de notre mot patatras. Le mot patac, employé dans le Midi, signifiait une monnaie.
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de la ville ne les pouhoyent plus porter ; car bien sou- vant a l'eschappée des muralles au travers des maisons de la ville passoit et, comme tempeste affamée, tout ce qu'elle attaignoit estoit fouldroyé et emporté. Ja, presque sur le point de troys heures après mydy estoit, qu'on commança a batre le hault du chasteau de la cytadelle, et si grant brèche dedans les murailles y avoit que troys cens homes de front y heussent peu passer. Au rempar mectoyent ceulx de la ville souvant la main ; mais tout ce que ung jour pouhoyent mectre sus, a ung seul traie d'artillerye estoit anyenty.
La baterie ainsi advancée qu'avez ouy, qui lors heust vu a cens et a milliers dedans les foussez porter rames et fagotz, heust bien peu cuyder la chose pour une merveilles ; car, pour coups d'artillerye ne de traict qui de la ville fussent contre noz gens tirés, nul pour- tant son chemin destournoit ne sa charge laissoit a porter, voire et plusieurs serviteurs et laquays sur le bort des foussez faysoyent saux et gambades, et a coups de main gectoyent pierres en la ville, supposé que tousjours tirassent ceulx du dedans qui blessoyent et tuhoyent gens a force.
Oyant le peuple de la ville et les souldars de Ludo- vic l'asseuréc manière des Françoiz qui de volunté délibérée mectoyent main a l'œuvre, et que l'eure de leur destruction tant prochaine leur estoit^ que de
1. La crainte qu'inspiraionL les Français les servit d'une manière extraordinaire. Au même moment où Alexandrie décidait de se rendre, 2,500 hommes de pied génois, qui avaient quitté Gênes le jour de l'investissement, approchaient pour secourir la place sous le commandement de Jean Adorno. Ayant appris ce qui se pas- sait, ils rebroussèrent chemin. Assurément, ils auraient pu sau- ver Alexandrie (Senarega).
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moment en autre n'atendoyent que le cry de l'assault et fureur de la guerre sur eulx par glayve a la rigueur exécuter, par toute la ville commancerent a bransler cloches et baffroiz, faire criz et huées, trasser et cou- rir de ruhe en ruhe, remuher et oster le plus portatif de leurs bagues, et tout bellement dedans ung des fors de la ville, nommé La Roque, de bonne heure se retirer; et les souldars, tout autour des murailles abbatues, grant force enseignes desplyer et monstrer tenir bon semblant et manière asseurée, comme pour vouloir actendre et bien deffendre l'assault ^ Mais bien autre pencée avoit missire Galyas-, qui n'actendoit
1. Alexandrie était une des villes les plus antifrançaises de la Lombardie; cela tenait, selon Gaguin, à sa situation d'avant- garde, qui l'exposait aux premiers coups. Sous Charles d'Orléans, R. du Dresnay et ses troupes, faites prisonnières, y avaient été traités avec une « cruauté moult sauvage, » dit Gaguin; en 1500, « la hayne ancienne du nom françoys leur augmentoit les cou- raiges; car, depuis la course que firent ceux de Sens (Brennus) en Italie, le nom des Françoys a tousjours esté hay fermement de tous les Italiens, aians horreur de leur legiere cruaulté, avarice et luxure, comme si principallement envers eulx mesmes ne regnoient iceulx vices. » Les habitants voulaient faire une sortie contre les Français.
2. Galeazzo di San Severino était le chef d'une des trois branches de la famille San Severino, famille considérable du royaume de Naples, qui faisait remonter son origine à un Français établi à Naples en 910 (Mémoires de Ribier, I, 201), et qui se subdivisait en princes de Bisignano, en princes de Salerne et en comtes de Caiazzo. Roberto, comte de Caiazzo, commandant de l'armée d'Innocent YIII, obtint pour son second fils, Federico, le chapeau de cardinal en 1189 (Basilica, Novaria, p. 538). Son troisième fils, Galeazzo, entré au service de Ludovic le More, gagna ses bonnes grâces en l'aidant à s'emparer de son neveu ; il commanda l'armée de Milan en 1495 contre le duc d'Orléans, et Ludovic lui donna en mariage sa fille bâtarde, Bianca.
Plus tard, il entra au service de la France, reçut une compagnie l ' 5
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que l'obscure ténèbre pour, plus au couvert, vuyder la place' et prendre chemin, ce qu'il fist ; car, pour
de 50 lances, et succéda à Pierre d'Urfé dans la charge de grand écuyer. Il périt sur le champ de hataille de Pavie en 1525 (Gom- mines; Tit. orig., Saint-Séverin, nos 8-10, 12-15), à la tête d'une compagnie de 100 lances.
Il avait pour frère aine Giov. Francesco, comte de Gaiazzo, et pour frères cadets Annibale, marié en France, Gaspare, dit le capitaine Fracasso, à cause de sa vigueur corporelle, Alessandro, archevêque de Vienne en France, Antonio Maria, mari de Mar- gherita da Carpi, capitaine de 50 lances de France (Tit. orig., id., n" 11).
1 . Son frère, rappelé en hâte par Ludovic de la Ghiara d'Adda, était venu occuper Pavie en force, avec Bernardino Visconti ; mais, malgré l'ordre de Ludovic, ils tardèrent à jeter un pont sur le Pô, pour marcher au secours d'Alexandrie.
Ge fut un bruit général que ce retard venait d'une entente de Giov. Francesco San Severino avec les Français. Jean Fr. San Severino était depuis longtemps (dit Guichardin) d'accord avec eux.
Da Paullo raconte que Galeazzo, craignant une trahison, n'osa point faire sortir ses troupes. De plus, le comte de Gaiazzo lui aurait fait passer une lettre fausse de Ludovic le More, lui enjoi- gnant de se rendre à Milan. Galeazzo s'enfuit; le matin même, les Français surviennent, s'emparent des portes, arborent partout
l'écu de France Guichardin lui-même repousse cette version.
Galeazzo a toujours montré cette lettre pour sa défense, dit-il; mais cela n'explique pas que, capitaine de 1,200 hommes d'armes, de 1,200 chevaux-legers, de 3,000 hommes de pied, et soutenu par une forteresse de premier ordre, il se soit enfui la nuit comme un voleur, au lieu de se frayer un passage l'épée à la main parmi des assaillants en nombre égal, fort mal servis par le terrain, entourés de toutes parts par des rivières débordées. Galeazzo était inexpugnable!
D'après Gorio, Galeazzo s'enfuit parce qu'il se crut trahi par son frère. D'après les renseignements de Marino Sanuto, la minorité guelfe s'agitait à Alexandrie. Galeazzo, craignant qu'elle ne traitât avec les Français, et s'étant vu refuser, le 23, l'entrée de la ville de Pavie, eut peur et s'enfuit (II, 1159, M60, 1083, etc.).
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exécuter l'intencion de son propos, sur l'eure de la mynuyt ou peu plus tost, avecques une guyde et quelques autres ses privez ^ par voyes obliques et chemins escartés, vers Millau print son adroisse. Les Estradiotz et aultres soudars, qui, par compte, estoyent douze cens homes d'armes, quatorze cens chevalx legiers et quatre mille homes de pié~, voyans Galyas, qui leur chief estoit, a la fuyte, tous a la fouUe se mirent a sortir hors la ville. Le capitaine Fontrailles, qui en ce cartier estoit logé, ouyt le bruyt des che- vaulx qui ja estoient hors la porte et, avecques sa bende, ou pouhoyent estre cinc ou six cens laquays gascons, vint donner dessus et, a grans coups de trect,
1. Il n'était accompagné dans sa fuite que de Ermes Sforza, fils légitime de Galeazzo, de Galeazzo, comte de Melzo, et d'Alessandro Sforza, ces deux derniers fils bâtards du même Galeazzo; Lucio Malvezzo et quelques personnes formaient toute la troupe (Gorio).
2. Il y avait à Alexandrie un état-major considérable, mais tous ces chefs n'étaient pas d'accord (Marino Sanuto, II, 1085). Saint- Gelais dit qu'il y avait presque autant « d'hommes d'armes et autres gens » dans la ville que parmi les assiégeants. Au compte de Jean d'Anton, il y avait 1,200 hommes darmes, 1,400 chevaux- légers, 4,000 hommes de pied, plus 1,000 à 1,200 Allemands res- tés dans la ville. Ludovic le More avouait officiellement 1,000 hom- mes d'armes, 1,000 chevaux-légers et 400 fantassins; il attribuait tout le succès des Français à leur artillerie (Instructions à Ambro- gio Bugiardo et à Martino da Casale, envoyés au grand Turc, publiées par Corio). Or les Français n'en avaient guère. Selon Senarega, Galeazzo aurait eu seulement 1 ,000 lances, 1 ,000 chevaux- légers et 3,000 hommes de pied, et il demandait à Ludovic un secours supplémentaire de 1,000 hommes de pied; mais cela n'est pas probable. Ghilini lui donne 1,200 lances, 1,200 chevaux-légers et 4,000 hommes de pied; d'autres, 400 lances, 3,000 Albanais, 4 à 5,000 hommes de pied et 250 canons (Marino Sanuto, II, 1150, 1209), d'autres, 10,000 hommes (id., II, 1387).
08 CHRONIQUES DE LOUIS Xll. [Août 1499
les rebouter jusques au portai de la ville\ ou long temps fut escarmouche d'uug costé et d'autre ; mais Estradiotz et Lombars, qui ne demandoyent que les champs, doublant d'ostille poursuyte par chemin estre l'ancontrés, tous ensemble donnèrent des espérons et au travers des Gascons passèrent, et sur eulx tirent quelque eschec; toutelToys, amporterent iceulx Lom- bars leur part de la perte. Dedans Alixandrie estoient encores mille ou doze cens Alemans, demourez avecques le Bastard de IS'ensot ', leur capitaine, qui, celle nuyt, avecques ung cordellier et deux cytoyens de la ville, sortit dehors et trouvèrent le seigneur de La Palice sur bout, qui pour l'eure estoit du guet, et, avecques luy, ung nommé Compty^, des gentishomes de cheuz
'1. 11 sera plus d'une fois question du capitaine Fontrailles, dont cet incident peint le caractère. Jean, comte d'Astarac, sire de Fontrailles, appartenait à une famille de grands seigneurs gascons, illustrés par leur bravoure depuis le fameux sire de Barbazan ( Arnauld-Guilhem d'Astarac), si connu sous Charles VI et Charles VII. Chambellan de Charles VIII, il avait fait la campagne de l'i95 à la tète d'une compagnie de cinquante lances, et, le 20 décembre 1495, il reçut pour sa compagnie une gratiôcatioa de 1,550 livres comme gage de la satisfaction du roi (Tit. orig., Asta- rac, n°^ 16 et 17). C'était un capitaine de cavalerie hardi et entraî- nant : Louis Xn l'aimait beaucoup, dit Brantôme, et il s'était fait une grande réputation dans l'armée. Ami de Bayard, il lui servit de témoin dans son duel contre Solo-Mayor; Bayard et Fontrailles couraient souvent ensemble et accomplirent ensemble plus d'un exploit. Louis XII donna à ce brave capitaine le com- mandement des Estradiots (V. le Loxjal serviteur, p. 105, 211, 238, 249).
2. Le bâtard de Nassau (ou Nanzau).
3. Frédéric ou Ferry de Mailly, seigneur ou baron de Conti, en Picardie, bourguignon, célèbre dans l'armée par sa bravoure, et grand ami de Bayard. Par un acte du l*'' juillet 1501, Louis XII
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le roy, et plusieurs autres, ausquelz le cordelier et ceulx de la ville disrent que, suppozé que force les submist, n'eussent estez les souldars de Ludovic qui tenoyent le peuple soubz main, long temps avoit, heussent estes Françoiz, et qu'a eulx ne tcnoit que la place plus tost n'estoit rendue ; par quoy, deman- doyent leur cyté, comancée a desvaster, a du tout n'estre désolée. Les AUemans, bagues sauves, deman- dèrent chemin, lesquelz ainsi furent envoyez : toutef- fois, les Normans et Gascons en destrousserent plu- sieurs et le plus legierement qu'ilz peurent les mirent au champs. Tantost furent parmy l'ost nouvelles semées que Galyas et les souldartz d'Alixandrie avoyent la ville habandonnée et prins pays, dont le seigneur Jehan Jacques envoya ses gens au dedans pour prendre garde a la place. Le seigneur d'Alegre, qui ja avecques sa bende estoit sur les champs pour donner la chace a Galyas, fut par les lieutenans du roy mandé venir a la ville et icelle garder ; le vidame de Chartres^ , Jacques
lui donna 1,100 livres de rente; il est qualifié, dans cet acte, de sire de Sailly (ms. Clair. 782). II recevait 400 livres de pension en 1505 et 600 en 1507; il était, en 1509, chambellan, capitaine d'Arqués, sénéchal d'Anjou. Après la disgrâce du maréchal de Gié, le roi lui donna la compagnie de cent lances que comman- dait le maréchal, et qu'il avait mise sur un pied de grand luxe. La fortune de Ferry de Mail! y lui permettait de la maintenir sur le même pied. Ferrv' fit campagne en 1512 et 1513; malheureuse- ment, en 1513, dans une descente des Suisses près de Milan, n'écoutant que son courage, il se fit tuer dans une charge contre des forces supérieures, et sa belle compagnie l'ut ruinée et décimée (Tit. orig., Mailly en Bourgogne, n^^ 41, 42; ms. Clair. 224, n» 425; Brantôme, le Loyal serviteur; Procéd. politiq. du règne de Louis XII. p. 121, n° 7).
1. Jacques de Bourbon, vidame de Chartres, prince de Chaba- nais, mort en 1507.
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GuibcS Sainct Amadour- et plusieurs autres capitaines
1. Jacques Guibé, chevalier, seigneur du Chesnay, capitaine de quarante lances de petite paye ordonnées par Charles VIII en Bretagne, était un breton, de souche bretonne; il figure dans la maison de la duchesse de Bretagne, dans le Béguin de François II (publié par M. de la Borderie, Complot breton de MCCCCXGIJ); en 1489, Anne de Bretagne lui donne une mission particulière, il passe des revues en Bretagne; eu 1491, il est lieutenant du prince d'Orange et ne cesse d'appartenir à la maison de la reine. En 1508, il était capitaine de cinquante gentilshommes de la reine (Dom Morice, Mémoires de Bretagne, t. III, p. 820, 889, 605, 724-725). On sait que Robert Guibé fut le bras droit d'Anne de Bretagne en Bretagne, et successivement évêque de Rennes, évèque de Nantes et ambassadeur à Rome (ms. fr. 20978, fol. 131 : Diarium de Burchard). La famille Guibé était de Vitré.
2. La famille de Saint-Amador ou Saint-Amadour, établie en Bretagne, y joua un rôle considérable. Claude de Saint-Amadour eut deux filles dont l'une épousa Charles de Bretagne, sire d'Avau- gour, comte de Vertus.
François de Saint-Amador, chevalier, seigneur de Saint-Amador et Delize, épousa une riche héritière, Matheline Le Léonnays, ou, selon Du Paz, Marguerite de Léonnais. Leur fille, Anne, épousa François de Malestroit (Du Paz, p. 195). C'est sans doute lui qui figure au compte du Béguin de François II, duc de Bretagne, sous le nom de « Saint-Amador. » « M. de Saint-Amadour » reçoit du duc d'Orléans, en 1494, un cheval de poil (Tit. orig., Saint-Ama- dour, n°5 2, 3), et il offre au roi, en 1496, une haquenée de prix (ms. fr. 2927, fol. 122). Il se distingue à Fornoue (Récit de P'-e Sala, publié par M^o Dupont, III, 420).
Jean de Saint-Amadour, seigneur de Launay, qui doit être son frère, valet de chambre de Charles VIII, épousa, le 20 avril 1494, Marguerite de Ville, fille d'Antoine de Ville; son contrat de mariage (Tit. orig., Saint-Amadour, n"* 6 et suiv.) ne mentionne point ses ascendants.
En 1501, « M. de Saint-Amadour » reçoit de la reine une pen- sion de 480 livres.
Jean de Saint-Amadour, dont il s'agit ici, était capitaine des archers de Languedoc de la reine et recevait de ce chef 2,400 liv.; il avait pour lieutenant Jacques de Curzay. Le 14 octobre 1502, il fut nommé bailli de Meaux (ms. Clair. 782); en 1508, il occupait
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entrèrent dedans et, pour garder que les gens de pié, qui ne demandoyent que le pillage, ne fissent violence, se mirent aux portes. ToutefFoys, voyans, iceulx pie- tons qui près de la brèche estoyent, que les premiers entrés avoyent mys la main aux bouticques et que de bourdons, lances, harnoys, bardes, chevaux en main, malles, boy tes et autres bagues legieres sortoyent chargés, tous ensemble se mutinèrent et, par l'ouver- ture des murailles, sept ou huyt mille, a la foule, au dedans entrèrent, disans qu'ilz auroyent du butin comme les autres. Voyant le compte de Ligny iceulx en chemin de desroy et que en propos dissollu estoyent ahurtés, leur vint au devant, l'espée au poing, sur eux chargent a tour de bras, en leur faisant deffence, sur ce que plus chier devoyent avoir, que oultre ne missent la marche et que, si nulle force ou pillage fasoyenl, que la corde telle raison en feroit que nouvelles par- tout en seroient semées. Mais tant mal fut la deffence octorizée et la menasse de Loysde Sainct Symon, qui d'une fenestre a eulx parloit, peu estimée, que pour tant ne cessèrent, mais lascherent ung trect ou deux contre le compte de Ligny et ceulx qui leur desordre vouloyent empescher. Ainsi, les arbalestres bendées, les picques et halbardes au poing, passèrent outre et partout commancerent a rompre et briser portes et prendre bagues et marchandises a tel pris qu'ilz les pouhoyent avoir. La chose estoit bien de peu d'estime, pesante ou chaude, qui après eulx fut mise en reste ;
encore ce poste, avec une pension de la reine de 1,200 livres. La même année, la reine avait pour grand veneur Jean de Saint- Amadour (qui doit être le même), avec une pension de 1,300 livres (Mémoires de Bretagne, III, 856, 889).
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et fault croire que, si les reliques de leurs prédéces- seurs, qui jadis en Alexandrie furent occiz, heussent en argent esté enchâssées, que en grantliasart estoyent les charniers de demeurer vuydes. Somme, tout ce qu'ilz peurent par force prendre et emporter, leur sembla loyal aquest; et, pour mieulx la sollempnité de guerre célébrer, après le pillage faict, par les maisons souillèrent le feu. Touteffoys, affîn que du tout ne demourast justice irritée, les principaulx acteurs du mutin furent pendus ^ .
A la poursuyte de Galyas et de ses Estradiotz, furent le grant maistre de France, le seigneur d'Aubijou, le seigneur de Chandée, La Pahxe, le comte de Misoc, le seigneur de Ghastilhon, le senechal d'Armaignac, le baron de Beart, Robinet de Fremezelles, Louis d'Ars, le commissaire Saint Prest, Robert Stuart, Aubert du Rousset, le capitaine Ymbault, avecques leurs bendes, et tant d'autres cappitaines et lieutenans, que assez gens de bien y avoit pour mectre une meilleure besoigne a tin. Ainsi chascun se mist sur le tracz des fuyans et prist chemin par ou myeulx pensoit trouver adventure ; mais, ja, avoient la pluspart des Lombars passée la rivière du Pau, qui grant avantaige sur la poursuyte leur fut. Touteffoiz, tant furent hastez et tenuz de près que, par les chemins, leurs lances et
1. .leudi, 29 août 1499 (Marino Sanuto). Le siège avait com- mencé le lundi. Claude de Seyssel n'est donc pas fort exact quand il dit, dans ses Louanges du Bon Roy de France Louys douziesme de ce nom, que le roi « ha acquis la seigneurie de Lombardie et le duché, de Milan, qui luy appartenoit par succession paternelle, par un seul siège de la cité d'Alexandrie, qui ne dura fors dix ou douze jours, sans effusion de sang et sans faire tort à personne » (édit. Godefroy, p. 42). ^
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bourdons, coffres, malles, harnoys et plus de cent che- vaulx arrecreuz et hors d'alaine demeurèrent ; et n'entendoyent a autre chose que, au plus brief, finir leur course, qui si longue leur fut que, premier que seure retraicte heussent trouvée, les ungz estoyent par les sentiers et voyes actaintz et priz, les autres a com- paignyes comme perdriaux musses par les boys, et les autres par les champs, comme poureux et tranciz, demeurez et arestcs. Fin de compte, tant estoyent esperduz et affoUés qu'ilz ne tenoyent chemin ne voye et, comme amoliz et effemynés, prendre et enmener plus doulcement que brebiz se laissoyent. Tel home d'armes françoiz y avoit, qui cinc ou six Lombars a sa mercy tenoit prinsonniers ; tel archier, quatre ou cinc; telz coustilleurs et varletz, deux ou troys : a celle chace, qui plus de vingt et quatre mille heut de cours, maintz prisonniers et chevaulx furent conquys et gai- gnés, et plusieurs villes et places prises et soubmises. Le seigneur de Sainct Valier et le viconte de Rouhan, avecques vingt cinc ou trente homes d'armes, prindrent Vigesve ', bonne ville et forte. Robert Stuart-, lieute-
1. Vigevano, où les ducs de Milan avaient leur grand château, entouré d'un parc splendide. Ludovic le More y était né le 3 août 1451. Il avait beaucoup fait pour cette ville, reconstruit son marché, assaini ses rues : suivant une inscription de 1492, rapportée par Egidio Sacchetti (Vigevano illustrato, Milano, in-4", 1648, p. 9), il répara le château : a Veteres principum ffîdes reformavit. » Ce château était très fort, et, en 1500, Ludovic le More le fit déman- teler pour qu'il ne pût point servir aux Français (id., p. 8). Louis XII érigea Vigevano en marquisat et en fit don à J.-J. Trivulce, qui, dès lors, porta ce titre et signa souvent Vigevano [Catalogue des manuscrits de la collection Lajarriette, n° 2817); il signait aussi Cornes regius.
2. Robert Stuart, cousin fort éloigné de la famille rovale
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nant de la compaignie du seigneur d'Auzon, acompa- gné de dix homes d'armes, prist Galiole^ et Byogras^, deux assez bonnes villes, aveccjues grant force pri- sonniers. Mainctes autres choses dignes de mémoire par les Françoiz furent a ceste course faictes, les- fjuelles, par deffault de toutes ne les avoir au réper- toire de mémoire enregistrées, au bout de ma pleume et hors mon papyer sont en leur estre demourées : mais toutesfoys j'en laisse le recueil au rapport de ceulx qui myeulx les sauront a la vérité commémorer.
IV.
La mort de l'argentier.
Durant le siège d'Alixandrie, le seigneur Ludovic, cognoissant mieulx a l'ueil que par augure l'advenue de son exterminacion, voulant pourvoir au besoing
d'Ecosse, était, le deuxième des neuf enfants de Jean Stuart, comte de Lennox, mort en Ecosse en 1494, et de Marguerite Montgom- mery. Son frère aîné, Mathieu, comte de Lennox, resté en Ecosse et tué à Flodden en 1513, était le grand-père de lord Darnley, époux de Marie Stuart, et, par conséquent, l'aïeul des derniers Stuarts et de Charles !«■•. Robert vint en I^rance, où il épousa la Hlle de Bérauld Stuart d'Aubigny et d'Anne de Maulmont ; il devint ainsi comte de Beaumont-le-Roger et s"" d'Aubigny, cham- bellan, et bientôt (en 1504) capitaine de cent lances écossaises des ordonnances et de la garde, chevalier de l'ordre, maréchal de France en 1515; plusieurs fois vainqueur des Espagnols en 1536, il mourut en 1543 (Tit. orig., Stuart d'Aubigny, n-»* 18, 19, 21, 22; ms. Clair. 225, n° 477, etc.).
1. Gravellona, entre Yespolate et Vigevano.
2. Abliiate grasso.
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futur, délibéra, pour sa derreniere main, sur la ville de Millan faire tout l'emprunt que possible pourroit porter et, pour ce, transmist quérir tous les plus suf- fisans de la cité, lesquelz, entrés ou chasteau, furent par luy avertiz de son intention, en leur remonstrant que, de deux costés, d'ennemys estoit environné : des Françoiz, qui, ja, la pluspart des villes et places de la duché avoyent conquizes, des Venissiens, qui ausi par force tenoyent la comté de Gremonne, ausquelz impos- sible estoit résister sans grant fynence pour souldoyer et mettre sus grosse armée ; par quoy, requist iceulx de telle somme de ducatz en l'heure luy fournir que de la payer leur estoit, pour l'eure, chose trop difïi- cille. Toutesfoiz, pour esloigner sa présence, luy demandèrent deux heures de terme, en luy promec- tant tout ce qu'il demandoit, et sur ceste condicion les en envoya; lesquelz, estant hors de ses dangers, en lieu de luy faire prochas d'argent, contre luy firent insulte civille et embusche de gens armés. L'argentier de Ludovic, ayant la ruyneuse comission de deman- der les deniers, voulut icelle excercer ; dont par tant luy mesadvint que par aucuns gentishomes et autres de la ville, lesquelz de tous succides soy disoyent francz, fut souldainement occiz et ses compaignons chacés et suyviz jusques près du chasteau. Voyant le Maure la mort de son serviteur, l'empeschement de la denare et le tumulte du peuple, et que pour l'eure autre chose n'en pouhoit, ne sceut que faire \ fors, en accumullant double sur double, soy plus deffyer et
\. Corio, Da Paullo racontent ces événements d'une manière un peu différente.
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garder d'ennemys familiers que de ceulx qui luy fay- soyent guerre ouverte ^ .
Apres que la cyté d'Alixandrie fut, comme j'ay des- tript, au ceptre de France subjuguée, les cytoyens de Pavye^, de Palme, de Plaisance, de Gennes^ et de foutes les autres places et villes de la duché, hors la ville ^ et chasteau de Millau et une autre seule place sur les fins d'Allemaigne, nommée Tyzan^, apportèrent les clefz aux lieutenans du roy et firent l'obbeissance.
V.
Là fuite de Ludovic.
Le seigneur Ludovic, qui sur les champs grant puis- sance de gens d'armes pour aller secourir ceulx qui
1. Il avait, dépêché de nouveau à l'empereur pour lui offrir la Valteline que Maximilien paraissait convoiter; il alla jusqu'à lui offrir la ville de Côme, à condition d'un appui immédiat. Il fai- sait aussi de pressantes démarches auprès de la cour de Naples.
2. Pavie, le 23 août, refusa de recevoir Galeazzo di S. Severino (Marino Sanuto, II, 1159, 1160).
3. La ville de Gênes était, à l'égard de la France, dans une situation toute particulière, sur laquelle nous aurons occasion de revenir avec .T. d'Anton. On peut voir, du reste, à ce sujet le commentaire de T. L. Belgrano, Sulla dediziom dei Genovesi, dans les Misccllanea di sloria italiana, t. I. Le roi lui donna comme gouverneur le sire de Ravenstcin (N. Gilles, J. Bouchet) et nomma Yves d'Alègre gouverneur de Savone.
4. La ville de Milan elle-même comincib molto a Irepidare, dit Gorio. Les gens riches, craignant des troubles, faisaient garder leurs maisons (Da Paullo).
5. Tirano, dans la Valteline, près des sources de l'Adda, à la frontière nord du duché. Gctte place forte commande l'entrée de l'Engadine et de la vallée du haut Adige par le Stilfser Joch ; elle ferme la vallée de l'Adda.
Sept. 1499] LA FUITE DE LUDOVIC. 77
soustenoyent le siège a voit mys, voyant la fuyte de ses souidartz et par eulx sachant la prise d'Alexandrye, s'il heut dueil extrême, a nul devoit sembler cas de nouvelleté; car, si a l'humain fault, pour perte avoir a courroux, estre provoqué, aysant de doulleur ne vuyde de soucy ne devoit cestuy estre : ausi n'estoit il, car, les nouvelles ouyes, comme en dueil amer trans- porté et de fureur esprins, par grant reprouche dist a Galyas qu'il estoit cause de la perte de son pays et moyen de l'exil de luy et ses enfans; auquel fist mis- sire Galyas responce que, si en Alexandrie assiégé en son heu hust esté, pour la force des murailles et puis- sance des gens d'armes de la ville n'eust esté tant asseuré que, plus de quatre foys le jour, au plus fort chasteau d'Allemaigne ne se fust souhaidye, et que plus besoing ne luy estoit, pour avoir libère franchise, ville ne place en Lombardye chercher, car au pouhoir des Françoiz nulle deffence avoit lieu, mais les choses, aux autres impossibles, du tout a eux estoient facilles, et que, s'ilz vouloyent d'assault prendre la ténébreuse cyté d'Enffer et aller quérir Proserpine et Erudice', que Gerberus ne Pluton ne leur feroyent résistance, et que, le plus tôt que, ses bagues saufves, pourroit le pays vuyder, luy sembloit estre le meilleur advys, car, ja, estoyent aux champs les Françoiz et a chemyn pour aller mettre le siège a Millan. Oyant le seigneur Ludo- vic a son desavantaige ainsi parler Galyas, comme espriz de somme litargieux, encline le chief vers la terre et, sans ung seul mot dire, ainsi pencif moult long temps demeura-; toutesfois, ne fut de dueil tant
1. Eurydice, allusion à l'histoire d'Orphée.
2. Son abattement fut extrême; il écrivit à l'empereur une lettre
78 CHRONIQUES DE LOUIS XII. ^Sept. 1499
perturbé que, ce jour, ne tist trousser son bagaige, charger son charroy, bien ferrer ses chevaulx, encof- frer ses ducatz, dont il a voit plus de trente mulletz chargés, et, en somme, son train aprester, pour le lendemain au plus matin desloger; et, soy voyant des tleaux de fortune tant aigrement persécuté que du pays, ou toute mondaine Félicité florist, estoit exillé et proffugue, comme moings doublant le pouhoir de ses ennemys que l'aguect hayneulx de ses subgects\ sur lesquelz, comme patrycide tirant, avoit mainctes exactions imposées^, a son extrême affaire et derre- niere nécessité n'oza la clef de la duché de Millan (qui est le chasteau de la ville) lesser entre les mains de ses plus proches et cognuz, mais en bailla la garde a ung chevalier de Pavye, nommé messire Bertrand de Court^ et, pour la deffence de la place, plus de troys
publiée par Rosmini (Storia di G. Jacopo Trwulzio, I, 322), qui restera comme un monument de la faiblesse de ce malheureux. Dès le début de la campagne, il avait perdu courage et était malade de chagrin (Marino Sanuto, passim, not. II, 1102).
1 . Les notables de Milan firent même une démarche auprès de lui pour l'inviter à quitter Milan (Marino Sanuto, II, 1209). Fr» Bernardino Visconli l'y décida (id., 1228).
2. D'après Gavitelli, Ludovic laissait dans le château de Milan 12,000 fantassins et 240,000 ducats d'or {Annales Cretnonenses, p. 225) qu'il aurait voulu livrer à Maximilien (Marino Sanuto, II, 1209). D'après Gorio, au contraire, il emportait 240,000 ducats.
La démoralisation profonde de l'Italie à cette époque, cause de sa perte, se trahit largement dans la manière de ses chroniqueurs. Rien n'est plus fantaisiste que des textes comme le Dtario Ferra- rese ou la chronique de Senarega. Dans d'autres, comme Da PauUo, la passion fausse singulièrement les jugements. La probité de Jean d'Auton n'en est que plus estimable.
3. Il la lui maintint, malgré l'avis du cardinal Ascanio et do ses autres serviteurs, qui insistaient pour qu'il donnât à. Bernardino
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mille souldartz^ payés pour six moys, luy laissa, avecques force vivres et bonne artillerie % en luy priant, sur toutes choses, que aux François ne autres ses ennemys, pour riens du monde, ne rendist la place et que, sans point de faulte, ung moys ne resteroit que, avecques plus de trente mille Allemans, ne vint a son secours^. Ainsi donna ordre a la garde du chasteau et
délia ou da Corte un collègue. Il lui laissa pour l'aider un certain nombre d'hommes de confiance, notamment Filippino Flisco, génois, Bianchino di Palude, de Vigevano, et autres (Corio, Schia- vina, etc.). Bernardino da Corte était un courtisan. Il avait plu à Ludovic en faisant plaquer sur le château, en 1497, les armoiries du duc, en lui suggérant des idées d'impôts (Smagliati, cité par M. Ceruti, Chron, de da Paullo...). Ludovic lui laissa 2,000 hommes et les instructions les plus détaillées : une note de signaux pour correspondre avec la ville, pour informer de son état, de ses besoins...
Après ces instructions, da Corte l'embrassa et lui dit adieu (Corio; Marino Sanuto, II, 1221).
1. 2,800, dit Corio.
2. 1,800 pièces d'artillerie, d'après Corio, 2,000 selon d'autres. Le 16 août 1498, il avait écrit aux maîtres des impôts {délie
entrate) pour leur exposer que, malgré les dépenses infinies faites au château, il y avait encore des réparations nécessaires à opérer aux fossés et aux souterrains qui le mettaient en communication avec la campagne; il fallait en outre le fournir de vivres. Ludovic n'avait plus, disait-il, rien dans son trésor. Il ordonna de vendre des biens confisqués jusqu'à concurrence de 26,000 ducats, prix estimatif des travaux et fournitures (C» Casati, Vicende edilizie del castello di Milano).
Il requit tous les moulins, à quatre milles à la ronde, et rem- plit le château de farines et provisions de toute espèce (Da Paullo ; Marino Sanuto, II, 1151).
3. Suivant Ciprian Manente da Orvieto et Corio, il avait au contraire autorisé Bernardino da Corte à se rendre au bout de trois mois, si d'ici là le siège n'était pas levé. Da Paullo parle de trois mois, mais son récit se rapproche fort de celui de J. d'Auton ; Marino Sanuto, d'un mois.
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au demeurant de son affaire', au myeulx qu'il peut-. Apres cjue la nuyt heut son cours révolu et donné j)lace a la solaire lumière ^, le seigneur Ludovic, avecques deux petiz enfans* qu'il avoit et le surplus de son arroy, ou pouhoient estre deux mille chevaulx'',
1. Suivant Giprian iManente da Orvieto (liv. V), il confia le gouvernement de Milan à huit citoyens, Giov. Francesco Mar- liano, Giberto Bonromeo, Battista Yisconte, Ambrogio del Maino, Alessandro Grivello, Girolamo Cusano, Pietro Galarato et Bal- dassar Posterla. Il fit solidement munir de provisions et d'argent le château de Trezzo, et en confia la garde à Lodovico Visconti avec 2,800 hommes.
2. Soit à Milan, soit même à Gôme, il se montra fort généreux ; il restitua aux comtes Borromée Angleria et la forteresse d'Arona, qu'il leur avait prises ; à Aless. Grivello, Galliate; à Francesco Ber- nardine Visconti, la villa de la Sforzesca (près de Yigevano); à Giov. Francesco Marliano, Mortara; àAmbr. del Maino, Piopera; à Ant" Triulzio, Sartirana; à Battista Visconti, Villa Nuova; à Pietro Gallarato, Gasolo; à Isabelle, veuve de Giov. Galeazzo Sforza, le duché de Bari qu'il lui retenait indûment, etc., etc. (Gorio). Par décret de Gôme, du 3 septembre, il confirma ses dons précédents au couvent des Grâces {Arch° storico Lomhardo, 1879, p. 49-.")l; Gorio). G était une pluie de bienfaits et d'actes de justice. Les bénéficiaires n'en furent pas touchés. Béatrix d'Aragon refusa de confier son fils à Ludovic, les Borromée se montrèrent les plus chauds amis des Français.
Senarega prétend que Ludovic abdiqua en faveur de son neveu, le fils d'Isabelle; cela n'est pas exact.
3. 2 septembre 1499 (Da Paullo, etc.). Tout le monde le croyait déjà parti; il avait été faire une dernière visite au couvent des Grâces (Gorio), pleurer sur le tombeau de sa femme, puis il avait passé le reste de la nuit au château.
4. Ses deux enfants étaient partis la veille avec le cardinal Ascanio Sforza, son frère, et avec Lucrezia Grivelli (Goliori, fol. 17), qui fut prise par les Français (Marino Sanuto).
5. Avec Galeazzo di San Severino, Galeazzo, Alessandro et Ermes Sforza, et autres. Senarega dit que 500 chevaux et 4,000 fan- tassins accompagnaient Ludovic. Gela est bien peu probable.
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se mist en voye et prist son adresse vers Coni ^ bonne ville et forte estant sur le passage d'AUemaigne, ou illecques ung jour seullement demeura, et tout son charroy le plus tost qu'il peut davant en envoya. A son deppart, fut par les plus estimés misseres de la ville jusques dehors convoyé-; et luy, soy voyant a l'issue du pays ou naiscence, nourriture et félicitante vye avoit heues, et a l'entrée de l'exil douloureux ou ennuyeuse fin luy failloit prendre, comme tourmenté de peine mentale, a voix désolée et regard esploré, dist a ceulx qui acompaigner l'estoyent venus que, puysqu'aux embusches de fortune ne pouboit plus fuyr et que par malheur contingent estoit du tout déshérité, myeulx luy venoit a gré par le glayve des Françoiz estre vaincu et chacé que par la force des Venissians perdre ung seul pié de terre, et que, si les gens d'armes de Venize leur fasoyent la guerre, que, pour mourir, a eulx ne se rendissent et que aux Fran- çoiz sans faire deffence de bon vouloir se soubmissent ; veu que le demeurant de la duché estoit entre leurs mains et que a la puissance d'iceulx longuement ne pourroyent durer. Et, tout ce dit, avecques autres parolles lamentables et extrêmes regretz, prist congé de la gent et du pays, tout le long du lac, tirant vers les fins des Allemaignes.
Or, a vuydé le seigneur Ludovic, Apres avoir fait el plyé son pac, Et priz pays, par ung cliemin oblic,
1. Como, et non pas Coni. Gorio raconte avec détail ce qu'il y fit.
2. En revanche la populace se précipita sur les maisons de plu- sieurs de ses serviteurs, notamment sur les écuries de G. di S. Severino, les pilla, les démolit (Gorio).
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S2 CHRONIQUES DE LOUIS Xll. [Sept. 1499
Aux Allemaignes, ouLre les fins du lac; Et, pour double qu'on ne su^vist le trac De son charroy, voulant sauver son bloc, Ung bien matin, avant le chant du coq, Youlut brouer le terrant a pied sec, Comme fuytif suyvant l'ombre d'ung roc : Puisqu'il est mat, il pert le jeu d'eschec.
Duc de Millan fut par hec et par hic. Dont il est hors, qu'est ung mauvais redac; Car exillé Pont Françoiz rie a rie, Sans luy lesser de terre ung plain bissac. L'eaue et le feu vouloit porter a rac. Disant avoir tout de hanche ou de croc ; Mais Fortune, voulant vuyder son broc Et feu estaindre, Ta du tout mys a sec, Sans résister pouhoir contre le choc : Puysqu'il est mat, il pert le jeu d'eschec.
S'il en devient triste et merencolic. Contre luy mesmes a lasché le destrac; Car aux siens fut tant rude et colleric Que a son besoing l'ont lessé tout a trac, Et, que piz est, tant foible d'estomraac Que soustenir n'a peu taille n'estoc; Dont conviendra qu'il en demeure au croc, Soubz main estrangc asservy comme ung Grec ; Plus n'a pyon, chevalier, roy ne roc : Puysqu'il est mat, il pert le jeu d'eschec.
Prince, on luy a donné si grant palac. Qu'on Fa mys jus a l'envers comme ung sac, Sans luy lesser puissance que de bec, Tant qu il n'y a régime d'almanac Qui relever le puisse de ce flac : Puisqu'il est mat, il pert le jeu d'eschec ^
\. Cet événement inspira plus d'un poète. V. not. Trucchi, Poésie italiane inédite, Canti di gucrra, j). lOi-lOG.
Sept. 1499] LA FUITE DE LUDOVIC. 83
Bientost après le départ du seigneur Ludovic, par toute l'armée en furent nouvelles espandues : dont turent après envoyés le compte de Misoc, le grant escuyer, Ghastillon, le senechal d'Armaignac et Sainct Prest, avecques leurs gens d'armes, qui plus de vingt et cin mille le long du lac luy donnèrent la chace. Mais si tost et de si bonne heure deslogea que a temps gai- gna les AUemaignes ; toutesfoys, fut si de près pour- suyvy que plusieurs des siens furent par les chemins priz et enmenez; et, voyant les Françoiz que autre chose ne pouhoyent faire, se mirent au retour avec leur butin.
Apres que Alexandrye fut submise et domptée et que Ludovic a ses ennemys hut tourné le doz, droict a Pavye se mist l'armée, et fut logé sur la rivière du Pau, laquelle avoit de lez demy mille ou plus, et moult parfonde et impétueuse estoit : dont falut, a tout grans bateaux foncés et unys et bien seurement ancrez et atachez, icelle planchoyer et ponter.
Les lieutenans du Roy, ayans la charge et manye- ment de tout l'affaire de la guerre, firent la chose si a point qu'en moings d'un jour et demy gens d'armes, artillerye et tout le charroy a bonne seurté passèrent outre; ainsi, tout alloit de tel poiz, mesure et ordre que deffaut de chose, qui a l'affaire publicque hust besoing, n'y avoit. Discipline de chevallerye si bien estoit menée et conduyte que murmure, contemps ne autre desordre entre les gens d'armes n'avoyent place auctorizée ; justice severe si bien exécutée qu'il n'y y avoit nul, tant influé fust il de sidère parvers, qui contre sa complexion ne soy gardast de mesprendre ; et tant estoit la corde preste a pugnir les malfaicteurs
84 CHKONIQLES DK LOUIS XII. [Sept. l'i9'J
que, pour avoir, contre l'esdit gênerai, deux ou troys poules et quelque autre menu l'ouraige priz et raviz, deu.x gens d'armes lombars et ung varlet par la mort du meffaict portèrent les peines.
Ouy avez comme la rivière du Pau fut pontée, et, durant ce, l'armée faisoit séjour, et illecques vint a l'ost l'ambaxade de Millan apporter les clefz, les- quelles, par les plus suffisans de la ville, furent mises entre les mains des lieutenans du Roy, et firent l'obéis- sance avecques les serments sur ce requis ; et, ce fait, gens d'armes délogèrent, droict a Pavye prenant la voye; toutes foys, nulz des piétons entrèrent dedans, mais avecques la pluspart de l'armée passèrent outre. Le seigneur Jehan Jacques, le vidame de Chartres, le seigneur d'Aubijou et quelques autres capitaines et gentishomes de la maison du Roy furent en la ville, et hurent le chasteau et le surplus de la place entre les mains.
Le compte de Ligny estoit logé hors la ville, a la Chartreuse, l'ung des plus beaulx et excellans colliege du monde, que fonda jadis Jehan Galeaz, duc de Mil- lan, duquel est faicte mencion^ Le surplus de l'osL estoit au parc de Pavye, ouquel furent par les Françoiz plus de cinquante bestes fauves et rouces, a course de
1. La Chartreuse de Pavie, fondée en 1396 par Giov. Galeazzo, en expiation de ses crimes, et érigée sur les dessins de Bernardo da Venezia, était, en effet, dans toute sa splendeur. Pérugin l'avait déjà ornée des belles peintures qui ont sans doute rendu son nom si populaire parmi les Français de cette époque. Le mausolée de Giov. Galeazzo, dessiné eu U90 par Gai. Peliegrini, ne fut érigé qu'en 1562 ; en 1499, une simple ??ic«iîo?i (dans l'obituaire ou dans l'église) rappelait le souvenir du fondateur. (Cf. G. Magenta, / Vis- conli e gli Sforza nel CastcUo di Pavia e le loro altinenze...)
Sept. 1499] LA FUITE DE LUDOVIC. 85
cheval, prinses et tuhées; et tant y en avoit que, a grant compaignyes et trouppes, comme hrebiz, en tous les lieux du parc on les voyoit marcher et cou- rir. De tant de boys de haulte fustaye, de champs floriz, de prés verdoyans, de courans ruisseaux, de cleires fontaines, de maisons et jardrins de plaisance estoit celuyparc paré et embelly, que mieulx sembloit ung Edem Paradisique* que ung domaine terrestre. Le jour enssuyvant, droict a Millan fut l'ost achemyné et a my voye de Pavye et de la cyté populoze, une nuyt seuUement, demeura l'armée, et au matin deslo- gerent gens d'armes, et tous en arroy se mirent au chemin de la ville, et sur l'eure de mydy^ furent les ungs logés a ung mille près, les autres a demy, et les autres a touchant du parc et entour des fausbourgs ; tant que toute la place estoit de Françoiz environnée. Sachant ceulx de la ville la venue de l'armée françoize, le compte Gayas^, le compte Bernardin^, le seigneur
1. D'Auton, qui peint l'Enfer avec Proserpine et Pluton, con- serve au Ciel une couleur de Paradis.
2. Le 4 septembre [Rozier historial).
3. Giovanni Francesco di San Severino, comte de Caiazzo, frère aîné de Galeazzo di San Severino, capitaine au service de Ludo- vic. Il était fort mécontent de Ludovic qui lui avait préféré son cadet pour le commandement de l'armée. 11 abandonna définitive- ment, avec sa compagnie, le parti de Ludovic, lors de la fuite de celui-ci, et passa au service de la France qu'il ne quitta plus. Il reçut immédiatement de Louis XII le titre de chambellan et une compagnie de cent lances (Tit. orig., Saint-Séverin, n^^ 4, 5). Plus tard, le roi lui donna la ville de Valenza avec le titre de marqui- sat (id., n° 17). Il signait : Le conte de Cayace.
4. Francesco Bernardino Visconte, dont il est question ici, était le citoyen le plus considérable et le plus considéré de Milan. Plé- nipotentiaire de Ludovic en 1495 pour la conclusion du traité de Verceil ( Marino Sanuto, la Spedizione di Carln VIII in Italia,
86 CHRONIQUES DE LOUIS XH. [Sept. 1499
Frocasse^ et plus de troys cens chevaulx de la ville des myeulx en point, a ung mille ou près furent au devant, et au logis du compte de Ligny et du seigneur Jehan Jacques allèrent, pour parler et trecter de la façon d'entrer en la ville; et fut, par ceulx qui de Millan estoyent venus, proposé que les marchans, bancquiers et autres plus riches doubtoyent que, quant l'armée seroit entrée que les gens de pié ne leur fissent quelque force ou vyolant exès : par quoy supplyerent les lieu- tenans du Roy que, pour evitter insurrection populaire, iceulx piétons et partye des gens d'armes pour l'eure n'entrassent et que vivres assés et autres choses nec- cessaires leur envoyroyent, ce qui leur fut vouluntiers accordé, et, avecques ce, l'armée a cinc ou a six mille de la ville esloignéc. Le seigneur Jehan Jacques, accom- paigné de plusieurs des gentilzhomes de cheulz le Roy et d'autres gens d'armes, entra ce jour en la ville*; et la fut de ses parens et autres ses cogneuz honnou- rablement receu. Autour de Millan quatre ou cinc jours séjournèrent les Françoiz et, ce pendant, on livroit les garnisons; gens d'armes et piétons entroyent en la ville; on charryoit l'artillerye ; on faisoit tranchées et approches autour du chasteau; on parlementoit avecques ceulx qui estoyent dedans, lesquelz, tous- jours, pour Ludovic tenoyent bon et souvant contre
p. 626), son capitaine en 1499, et néanmoins ami secret de Tri- vulce, toujours dévoué aux mesures pacifiques et conciliantes, son influence modératrice sur Trivulce et sur la population rendit d'inappréciables services en 1500, où il joua, en toute circonstance, un rôle prépondérant. Au moment de ces négociations, il signait Vice-re. (Marino Sanuto, II, 1301.)
1. Prato raconte cette entrée en détail. Cf. Saint-Gelais, Marino Sanuto.
Sept. 1499] LA FUITE DE LUDOVIC. 87
lesFrançoiz deschargeoyent artillerye, disans que bien garderoyent la place et que vivant, sans leur mercy, n'y entreroit ; et de vray, si leurs estomacz effemynés bussent estes enflés de cueurs virilles, bien pouhoyent exécuter de fait ce qu'ilz disoyent de boucbe et contre le pouboir de tous bumains avoir longue tenue, car ilz tenoyent bien soubz main l'une de plus avantai- geuses places du monde, dont la forteresse, des larges foussés, des tours, boulouars, murs, avant murs, fors, contre fors, saillyes, retraictes, contre mynes, pos- ternes et autres deffences et repaires*, avecques le fort de la Roquete, je remetz au dire de ceulx qui myeulx'^ les lieux auront visités ; mais, que quessoit, plus de doze cens pièces d'artillerye^ et plus de troys mille souldars avecques vivres pour plus de deux ans y avoit^. Davant la place, estoyent les tranchées com- mancées et assise l'artillerye pour batre le premier fort, et ja estoyent logés dedans la ville les lieutenans du Roy, plusieurs autres capitaines et plus de doze cens homes d'armes avecques quinze ou seze mille piétons, lesquelz lousjours la place approchoyent. Et bonne manière de deffence tenoyent le souldartz du seigneur Ludovic ; toutesfoys, tant furent, a la parfin, de divers coups assailliz qu'on leur fîst envye de rendre ce que par force garder pouhoyent et prendre ce que
1. Sur le château de Milan, on peut voir P. Jove, da PauUo, Bouchet, Nie. Gilles, 1' }sfo?'e^?ii/iom'ne (manuscrits), mais surtout Gohori (manuscrit), et G. Gasati, Vicente edilizie del castello di Milano.
2. Mieux que l'auteur. Il résulte de cette indication que Jean d'Auton, dans cette campagne, avait été à Milan, mais qu'il ne put visiter le château en détail.
3. Deux mille, d'après Nicolle Gilles.
4. V. p. 79.
88 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Sept. \m
pour honneur lesser devoyent; et ainsi, par ung beau matin', le chastellain et ses souldartz vuyderent la place et dedans entrèrent le compte de Ligny, le sei- gneur Jehan Jacques, le chevalier de Louvain, Poque dennare avecques leurs bendes et tant d'autres gens d'armes de France que trop plus difficille seroit a Ludovic la reconquérir qu'elle n'a esté aux Françoiz facille a prendre ; et fault croire qu'en telle garde est ores ladicte place et en si forte main que, malgré tous les vcns, en tous les angletz de son jardrin, pour ung James le noble lys florira.
Toutes ses choses mises a fin et terminées, furent les garnisons ordonnées estre mises au passages limi- trophes et places de frontière de la duché de Millau^.
La ville et chasteau et tout le pays ainsi renduz et submys en l'obéissance du Roy, par toutes les rues et places chascun cryoit : Finance, France, et de l'enseigne de la croys blanche^ grans et petiz estoyent parés, et
1. Le 17 septembre 1199. Cette reddition a été racontée de la manière la plus inexacte. Bernardino da Corte reçut de vastes domaines, d'importants offices. On a dit à tort qu'il était mort de honte peu après.
2. Le 22 septembre, les provéditeurs de Venise firent leur entrée à Crémone, où on leur lit grand honneur [Cronaca di Cremona).
3. On sait que la bannière de France était alors bleue, chargée de trois fleurs de lis d'or, à bordure et hampe d'or (ms. lat. 8132, 2« et 3« miniatures ; Album des arts du moyen âge, 4° série, pi. XXV) ; mais les couleurs du roi étaient jaune et rouge (voy. not. ms. fr. 26106, n" 123), ainsi que son étendard. Dans les miniatures du ms. de Jean d'Auton (ms. 5089), on trouve généralement l'éten- dard jaune et rouge, chargé d'un porc-épic. L'infanterie porte également la livrée jaune et rouge. Dans les miniatures du manus- crit de la chronique de 1506-1507 (ms. 5083), l'étendard français est partout l'étendard jaune et rouge, chargé d'une petite croix noire, assez semblable à celui des hussards de Chamborant. au
Sept. 1499] LA FUITE DE LUDOVIC. 89
des armes du Roy la pluspart des maisons ornées et décorées ; et n'y avoit ne Guelphe ne Vibelin qui, pour l'eure, ne fussent bons François; mais si, par crainte
xvni» siècle. Dans les troupes françaises, on voit, du reste, une grande variété d'étendards, la bannière rouge au soleil d'or de Charles VI, l'étendard rouge au saint Michel d'or de Charles VII, l'étendard rouge et jaune à croix blanche (Desjardins, Recherches historiques sur les drapeaux français, p. 62 ; Marbot et de Noir- mont, Costumes militaires français, pi. XII). Les pensionnaires du roi portaient un étendard jaune et rouge, chargé à la fois d'un saint Michel , d'un soleil et d'un porc-épic couronné (comte de Bouille, les Drapeaux français, p. 121, pi. II). C'est cet étendard que Jean Perréal adopta pour les obsèques de Louis XII ; il y ajouta même la rose de Charles VII; dans l'étendard destiné au service de l'hôtel, il remplaça la rose par une branche de houx. La garde du roi portait une bannière rouge, carrée, avec un soleil à vastes rayons d'or (comte de Bouille, pi. VI). Néanmoins, on voit par le récit de Jean d'Auton que la croix blanche était consi- dérée en Italie comme le signe français. M. Gustave Desjardins a noté un grand nombre d'étendards de l'époque marqués de ces croix blanches; mais la couleur de l'étendard varie extrêmement. Dans un magnifique manuscrit fait à Gênes en 1510 pour Louis XII, le peintre attribue partout aux Français un étendard rond ou carré à croix blanche, sur champ la plupart du temps rouge, sou- vent bleu, parfois jaune, une fois rouge et jaune. L'étendard rouge à croix blanche figure encore dans les mains des Français sur une tapisserie de 1513, dans une miniature de 1508 (Ouvr. cité, p. 39 à 41). Rarement, il s'y ajoute une réduction de l'écu de France, aux trois fleurs de lis sur champ d'azur.
Dans les miniatures de 1507 du ms. fr. 5091, attribuées à Jean Perréal, nous retrouvons ces couleurs et ces divers étendards, notamment l'étendard rouge à croix d'or (6° miniature). Dans la quatrième miniature, les gens d'armes français se reconnaissent à une croix rouge. Quelques francs-archers portaient la croix blanche (Marbot et de Noirmont), quehjues Suisses la croix rouge, armoi- rie des Grisons. Mais cela n'avait rien de spécial à la France ; avant la campagne, on voit Ludovic le More faire présent au mar- quis de Mantoue de deux étendards, l'un aux armes de Milan, l'autre à croix blanche (Marino Sanuto, II, 223), La livrée du duc
!»0 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Sept. 1490
qu'ilz avoycnt de perdre leur robe\ ou par amour que de nouveau vouloyent avoir aux Françoiz, ou bien pour hayne qu'il avoyent a Ludovic, le fasoyent, j'en lesse le déterminer a ceulx qui la fin en verront ^
Le Roy, par ung temps ayant avecques la Royne en France pris joyeulx séjour^, voulant au plus vray savoir de Testât de la conqueste de sa duché de Millan, heut de passer les mons propos délibéré et, sur la fin du moys d'aoust, se mist en voye avecques son arroy, et tant advença ses erres que, plus de huyt jour davant la Sainct MicheH, en la ville de Novaire fut a séjour^, et, de la, peu après, s'en alla a Vigesve, ou voulut quelques jours faire demeure. Pour vouloir commancer a seigneurie possessive de ses pays con- quis prendre, dedans la cyté de Pavye ou l'excercice
d'Orléans avant son avènnment à la couronne était jaune iCondi- lion forestière de l'Orléanais au moyen âge, p. 476; Catal. Joursan- vaull, w- G47 et suiv,), son emblème le porc-épic. A son avène- ment, il adopta aussi le soleil traditionnel, car au mois de juillet 1498 on marque son bagage d'un soleil de laiton doré (compte de l'écurie de juillet 1498, ms. fr. 2927).
1. Le chroniqueur Gianmarco Burigozzo, qui n'avait alors que six ou sept ans, avait conservé de ces événements un vif souve- nir. Il constate que les Milanais s'attendaient à être pillés; tout était sens dessus dessous « per modo che non tel posso dire; » les rues étaient barricadées...
2. On voit par cette phrase que Jean d'Auton n'écrivit sa chro- nique de 1499 que dans le courant de 1500.
3. Il partit le 11 septembre de Grenoble pour l'Italie.
\. 28 septembre. Cependant il semble résulter du rapport des ambassadeurs vénitiens qui l'accompagnaient qu'il ne put pas y arriver avant le 21 ou le 22 (Diarii di Marino Sanuto, II, 1352). Il y était le 23 et il était le 26 à Vigevano, d'après Prato.
5. Le 23 septembre, une proclamation annonça à Milan l'entrée du roi et prescrivit diverses mesures d'ordre (Da Paullo, publ. par Ceruti, p. 126, note).
Oct. 1499] LA FUITE DE LUDOVIC. 91
studieux de toutes les Italles florist, ung raardy, pre- mier jour du moys d'octobre, fist son entrée tant triumphalle et sollempnelle que a tousjours est digne de commemoracion. Les docteurs regens et escoliers de l'université, gouverneurs et potestatz, avecques toute ]a comune de la ville, a telle festivité et recueil honorable le receurent que la marge de mon papier, pour au long la chose descripre, ne seroit suffisante^. Outre le lac, a l'entrée des Allemaignes, avoit une moult forte place, nomée Tirant^, de la duché de Mil- lan, qui encores tenoit pour le seigneur Ludovic, et estoit icelle bien garnye d'artillerie et de souldartz, avecques vivres pour bien long temps ; pour laquelle soubmectre, le Roy envoya le grant maistre de France •' avecques cinc cens homes d'armes et dix mille Suyces et grant charroy d'artillerie^. Le siège fut mys davant et coups d'artillerie ruhés encontre; et, après que par aucun temps se furent ceulx de dedans deflfendus, rendirent la place et prindrent chemin^.
\. Prato en donne un récit détaillé.
2. V. ci-dessus, p. 76.
•3. Le comte de Caiazzo (Marino Sanuto, III, 44).
4. D'après Prato, le roi n'y envoya pas la moitié des forces indi- quées par Jean d'Auton (200 lances, 5,000 Gascons, deux grosses bombardes et de l'artillerie). La soumission de la Valteline fut complète le 28 octobre et Stuart d'Aubigny en fut nommé gouver- neur.
D'après Sanuto, on y envoya seulement 100 lances, 2,000 fan- tassins, 15 pièces d'artillerie. Jean-Jacques licencia à ce moment 6,000 Allemands (II, 1351). Les Français avaient, par leur con- quête, doublé leur artillerie (id., 1209).
5. La garde de cette importante place fut confiée, par la suite, à Philippe et Antoine de Bessey, avec cinquante morte-paies (ms. fr. 25784, n»^ 100, 106). Guichardin dit à tort que les Suisses s'en emparèrent de suite.
92 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Oct. 1499
VI.
L'entrée de Millan^
Le dimenche, sixiesme jour d'octobre, entour les troys heures après mydy, dedans la populoze ville de iMillan, avecques arroy triumphant et honorable recession fist le Roy son entrée magnifique^, et au devant de luy furent les cardinaulx légat ^ et Pétri ad Vincula^, avecques huyt ou dix evesques; le gêne- rai des Humiliés^ et tous les collieges de la cyté en procession sollempnelle ; le duc de Ferrare ^,
1 . Prato a donné aussi un récit détaillé de cette entrée.
2. Le roi, selon le rapport des ambassadeurs vénitiens, avait revêtu le costume ducal, manteau et béret blancs, fourrés de vair gris. Il portait un justaucorps d'or, et son cheval était capara- çonné d'or.
3. Le cardinal Jean Borgia, neveu et légat d'Alexandre VI dans les Marches et TOmbrie et son envoyé près de Louis XII à titre extraordinaire. Il périt en 1500 de la manière la plus tragique, encore très jeune.
4. Le cardinal Julien de la Rovère, cardinal-légat en France depuis de longues années, chargé l'année précédente d'amener César à la cour de France et d'accompagner Louis XII dans son voyage à Nantes. On sait qu'il devint Jules IL
5. Girolamo Landriano, chef du gouvernement provisoire, dont faisaient partie plusieurs membres du cortège : Francesco Bcrnar- dino Visconte, le comte Bernardin; Giberto Borromeo, le comte Gnybert... Les Humiliés étaient un ordre fondé en 1180 à Milan : ils étaient connus à Milan sous le nom populaire de frali bianchi di Brera. Ils avaient construit, vers la fin du xni" siècle, l'église du Saint-Esprit, près de la porta Giovia et du château. Girolamo Landriano, tout dévoué aux Sforza, fut un des chefs de la révolte de 1500.
6. Ercoie d'Esté, duc de Ferrare, prince relativement juste et
Oct. 1499] L'ENTRÉE DE MILLA.N. 93
le marquis de Mantoue ' , le marquis de Cou- bon, beau-père de Ludovic, à qui il avait donné sa fille Béatrix (morte en 1497). Son fils, Alfonso, avait épousé, en 1490, Anna- Maria Sforza (Veniuri, Anna-Maria Sforza, sposa ad Alf. d'Esté. Firenze, 1880) et figurait, en 149i, dans le cortège de Charles VIII à son entrée à Florence (Arch. de la Loire-Inférieure, E. 235). Son autre fils, Hippolite, était archevêque de Milan et le plus intime appui de Ludovic, dont il partageait, en ce moment même, l'exil en Allemagne. Ercole avait cherché à s'entendre avec les Vénitiens et avait même été à Venise au mois de mars 1499; il ne crut pas pouvoir secourir son gendre. A l'annonce de l'arrivée de Louis XII, il envoya au-devant de lui l'ambassadeur Niccolô Blanchi, avec deu.x: de ses fils, Alfonso et Ferrando; lui-même s'y rendit ensuite de sa personne, avec une escorte d'honneur de 500 cavaliers. Louis XII le reçut très affectueusement, lui et le duc de Mantoue, son gendre ; il affecta de le bien traiter en pré- sence des ambassadeurs vénitiens, lui confia, dit-on, les instances des Vénitiens pour s'emparer de Ferrare, lui promit sa protection, autorisa le retour d'Hippolite d'Esté à Milan. Ercole fit prendre à Ferrare, dès le 10 octobre, son équipage de faucons et ses léopards, et donna au roi de grandes chasses. Son fils Alfonso revint à Fer- rare le 22 octobre, le duc lui-même le 6 novembre; son second fils Ferrando resta au service de Louis XII (Prizzi, Memorie de la storia di Ferrara, t. IV; Guasp. Sardi, Historié Ferraresi ; Diario Ferra- rese). Ercole revint enchanté du roi et, dès le 14 novembre, son fils, le cardinal Hippolite, rentra à Ferrare.
Les Vénitiens, ses adversaires et les alliés jaloux de Louis XII, prétendaient que, de Milan même, Ercole nouait une ligue avec l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne contre la France (Marino Sanuto, III, 36); ils durent reconnaître sa soumission.
1 . Giovanni Francesco Gonzaga, marquis de Mantoue, était beau- frère de Ludovic. Né le 10 août 1466, fils aîné de Frédéric I" et de Marguerite de Bavière, il avait épousé, en 1490, Elisabeth d'Esté, fille d'Hercule. Son père, gonfalonier de l'église romaine, était un prince ami des lettres. Elisabeth d'Esté apporta à Man- toue la même tradition; elle était l'inspiratrice et le conseil lit- téraire de Gai. de Carretto {Miscellanea di storia italiana, XI, 364, lettre de del GarrettoX Quant à lui, condottiere au service des Véni- tiens, il se fit battre par les Français à Fornoue de la manière la
94 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Oct. ii99
tronne^ le compte Gayas, le compte Bernardin 2, le
plus éclatante; ce qui n'empêcha pas la gratitude des Vénitiens, « per ia detta vittoria, » de lui allouer 10,000 ducats, une pension de 'îiOOO ducats pour lui et de 1,000 pour sa femme, et le titre de capitaine général (Gionta, Fior. délie chroniche di Manlova, p. 74 ; Maffei, Annali di Manlova ; Aimé Ferraris, Histoire généalogique de la maison impériale et royale de Gonzaga) ; Mantegna peignit même à ce propos la célèbre Madonna délia Vittoria [Archivio storico lom- bardo, 1883, p. 455).
Tout d'abord capitaine de Ludovic, son beau-frère, il abandonna, dit-on, sa cause par jalousie pour Galeazzo di San Severino; quoi qu'il en soit, comme descendant de Charlemagne, il n'hésita pas à se rapprocher, plus tard, intimement des vaincus de Fornoue : Louis XII lui donna, à Milan, une pension considérable (compte de 1502, ms. fr. 2927) et une compagnie de 50 lances (ms. fr. 25784, Xi" 126; Belleforest et autres disent à tort 100 lances).
Il avait deux frères (Sigismond, cardinal, évêque de Mantoue, et Jean, que nous retrouverons plus tard) et trois sœurs : Claire Gon- zaga, mariée en 1481 à Gilbert de Bourbon, comte de Montpen- sier, espèce de folle dépensière, le désespoir de la famille de Bour- bon ; Elisabeth, mariée en 1486 au duc d'Urbin ; Madeleine, mariée en 1489 à Jean Sforza, seigneur de Pesaro. Il mourut en 1519.
1. Guillaume de Poitiers, baron de Clérieu , sire d'Aramou, Valabrègue, etc., marquis de Gotrone en Calabre (par suite des prétentions sur cette terre apportées dans la maison de Poitiers par Polyxène Ruffo, seconde femme de son grand-père, Louis de Poitiers). Chambellan et capitaine de Monllhéry sous Louis XI, en 1496 il obtint le gouvernement de Paris et reçut du roi 6,000 1. comme appoint pour dédommager le sire de Ghaumont ; en 1497, il fut ambassadeur en Espagne (ms. fr. 10237, fol. 110), puis en Ecosse. Louis XII le fit chevalier de l'ordre à son sacre et, le 11 juin 1498, lui donna 600 livres pour faire faire un collier de l'ordre. Il mou- rut le 2 mai 1503. Dès 1478, il recevait une pension de 1,600 flo- rins dauphinois; cette pension s'éleva successivement, et, au moment de sa mort, il recevait 4,000 livres, sans compter ses gages et émoluments (Til. orig., Poitiers, n'^'^ 143-144, 156-157, 159, 163-165, 168, 172, 178; A. de Gallier, Essai sur la baronnie de Clérieu) .
2. Visconte.
Oct. 1499] L'ENTREE DE MILLAN. 95
compte Guybert, le compte Philipes, le compte Ludovic \ le compte Lancelot", le seigneur For- casse % le seigneur Guybert da Carpy^, le seigneur Nicolas de Gorese^, le seigneur Lunel'' et tous les magnâtes et principaulx gubernateurs, avecques toute la noblesse du pays, en ordonnance embel- lie de pompeuse magnificence ~ ; lesquelz , a ung mille ou près, hors la ville, rencontrèrent le Roy, si bien acompaigné que le pouhoir de ma plume plye soubz la descripcion de ce ; mais, que quessoit,
1. Les comtes Philippe, Ludovic, Guybert sont les comtes Filippo ou Filippone Borromeo, Lodovico Borromeo, Giberto Borromeo, chefs du parti français à Milan. Les Borromei et les Pallavicini étaient, à cette époque, considérés comme les deux plus grands feudataires du Milanais [Historia délia famiglia Borro- mea, manuscrite, parle P. Gius. de Guastalla, ms. ital. 814, fol. 44). Le bruit courait qu'il y avait un mariage conclu entre le comte de Misoccho, fils de Trivulce, et la fille de Giov. Borromeo, le chef de la famille (Marino Sanuto, II, 1-229).
2. Le comte Lanziloto, personnage marquant de Milan, en dernier lieu commissaire de Ludovic à Lecco (Marino Sanuto).
3. Malgré ce zèle, Louis XII le renvoya à Ferrare. Fracassa y arriva le 22 octobre (Diario Ferrarese).
4. Le célèbre Gilberto Pio, seigneur de Carpi, gendre de Jean Bentivoglio.
5. Le célèbre poète Niccolô da Correggio, fils de Niccolô da Gor- reggio et de Béatrix, sœur naturelle du duc Ercole de Ferrare. Béatrix avait épousé, en secondes noces, Tristano Sforza et mou- rut en novembre 1497, à Milan (Frizzi, Memorie de la storia di Perrara, t. IV, p. 184).
6. Jean d'Auton, probablement, entend parler de Michèle Remo- lino, conseiller intime du duc de Valentinois et son ambassadeur habituel.
7. Prato énumère leurs pompeuses et formidables suites. Le moindre ambassadeur était escorté de 25 chevaux ; le duc de Fer- rare en avait 500, la plupart 1 00 ou 150.
96 CHRONIQUES DE LOUIS Xll. [Oct. l'iiW
illecques estoyent le cardinal d'Aml)oise \ l'evesque de Baveux- et de Paluau^ et plusieurs autres prelatz
4. On n'attend pas ici une notice sur le cardinal Georges d'Am- boise, mais comme, à partir de l'avènement de Louis XII, tous les membres de la famille d'Amboise ont joué un rôle très impor- tant, il est nécessaire d'indiquer la composition de cette famille. Georges d'Amboise, cousin et grant amy du roi (ms. fr. 25718, lettre de Louis XII du 13 juin 1504), appartenait à la branche cadette de la famille d'Amboise, la branche aînée s'étant éteinte en 1469 dans la personne de Louis, vicomte de Thouars, qui n'avait laissé que trois filles. La troisième de ces filles, Marguerite d'Am- boise, était mère de Louis de la Trémoille. Pierre d'Amboise de Chaumont, chef de la branche cadette, épousa Anne de Bueil et il en eut neuf filles et sept fils. Trois de ses filles furent religieuses ; les six autres épousèrent : Catherine, Tristan de Castelnau, seigneur de Clermont-Lodève ; Marie, Georges de Hangest, seigneur de Gen- lis; Anne, Jacques de Chazeron ; Marguerite, Jean Crespin, baron du Bec, maréchal de Normandie; Louise, Guillaume Gouffier, sei- gneur de Boissy. Les sept fils furent : Charles de Chaumont, si célèbre par ses démêlés avec Louis XI et dont la mort en 1482 fut un si grand événement; Jean, évêque de Maillezais, puis de Luçon ; Émery, devenu grand maître de Rhodes en 1503 ; Louis, évêque d'Albi depuis 1473, le conseiller intime de Louis XI et de Louis XII et dont le rôle fut également très important sous Charles VIII ; Jean, seigneur de Bussy, gouverneur de Chaumont en Champagne ; Pierre, évêque de Poitiers, qui mourut en 1505 extrêmement riche; Jacques, abbé de Jumièges et évêque de Glermont; le cardinal Georges et enfin Hugues ou Huet d'Amboise, seigneur d'Aubijoux, tige de la famille d'Aubijoux.
2. René de Prie, fils d'Antoine de Prie et de Madeleine d'Am- boise; il fut successivement et simultanément, à partir de 1473, abbé de Notre-Dame de Landais, du bourg de Déols, de Sainte- Marie de Lcvroux, grand archidiacre de Bourges, protonotaire, doyen de Saint-Hilairc de Poitiers, abbé de Saint- Mesmin de Micy, évêque de Lectoure, de Bayeux, de Limoges, abbé de Lyre, grand aumônier du roi, cardinal (en 1506) du titre de Sainte-Sabine; il fut le grand organisateur du concile de Pise (ms. fr. 2928, fol. 14). 11 mourut en 1519. Il était inscrit parmi les pensionnaires du roi pour une somme de 1,000 livres (compte de 1503, ms. fr. 2927).
3. Les mois et de Paluau ont été ajoutés, après coup, en inter-
Oct. 1499] L'ENTRÉE DE MILLAN. 97
et pesonnages dignes de très reverendz salus ; le duc de SavoyeS le duc de Valentinoys^ le duc d'Alba-
ligne, dans le texte, et mal placés. Il s'agit, non de l'évêque de Palluau (où il n'y avait pas d'évêché), mais d'un jeune homme, Jean Brachet, sire de Palluau, fils de Gilles Brachet, baron de Meignat, etc., et de Charlotte Tranchelion, dame de Palluau. Il épousa Jeanne de Blanchefort (l'abbé de MaroUes, Les Histoires des anciens comtes d'Anjou..., II^ partie, p. 48), fille de Jean de Blan- chefort, maire de Bordeaux. Leur contrat est du 30 janvier 1502- 1503 (ms. Clair. 224, n. 421). Charles Tranchelion, panetier du roi, gardait aussi le surnom de Paluau (ms. fr. 2927, fol. 27).
1. Philibert de Savoie montrait un grand empressement auprès du roi; il ne le quitta pas et, à son retour, il l'escorta même jus- qu'à Grenoble {Epitomse historien Dominici Machanei).
2, Le roi venait d'ériger en duché le comté de Valentinois, qu'il avait donné à César Borgia l'année précédente. Les papes préten- daient au comté de Valentinois, par suite de leurs possessions d'Avignon ; c'est sans doute ce motif qui fit choisir le fief du Valen- tinois par Louis XII, comme don à faire à César ; il éteignait ainsi une vieille réclamation. Aymar de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, élevait également des prétentions à la possession du Valen- tinois; le roi lui donna en échange le grenier à sel du Pont-Saint- Esprit (fr. 26106, -n" 106), ce qui n'empêcha pas le fils d'Aymar de tenter une revendication en justice du comté de Valentinois.
Nous avons une quittance de César Borgia de ses gages de capi- taine de 100 lances (300 livres par an), datée du 25 de ce même mois d'octobre 1499. La date est même écrite de sa main, et Borgia, qui précédemment signait : « César de Borgia, duch de Valen » (TH. orig., Borgia, n" 2), signe celle-ci : « César ». Il est intitulé dans l'acte ; « Cezar Borgia de France, duc de Vallentinois, conte de Diez, seigneur d'Issodun et cappitaine de cent lances de l'ordon- nance. » (Id., n° 3.)
On sait que César Borgia venait d'épouser Charlotte d'Albret, fille d'Alain d'Albret, l'une des personnes les plus belles et les plus accom- plies do la cour. Il avait laissé en France sa femme enceinte, et vrai- semblablement il ne la revit que bien plus tard. Charlotte d'Albret se réfugia dans la piété et dans le goût des arts. Affectueusement attachée à Jeanne de France, elle acheta près de Bourges, le 20 juin 1504, le château de la Motte-Feuilly, qu'elle remplit de tapisseries et de beaux objets. Elle y menait un train princier, plus princier I 7
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nye\ messeigneurs Phelipes de Ravestain^, le compte
que celui de la duchesse de Berry (v. Bonaffé, Inventaire des biens de Charlotte d'Albrel). Elle eut une fille qui épousa, par la suite, Louis de la Trémoille.
1. Jean Stuart, duc d'Albany. Alexandre Stuart, deuxième fils de Jacques II, roi d'Ecosse, créé en 1452 duc d'Albany, se révolta contre son frère Jacques III ; repoussé, il se réfugia en France, s'y maria et y mourut. La France lui faisait une pension de 2,400 liv. Son fils Jean, régent d'Ecosse sous Jacques V, servit activement la France; il mourut gouverneur du Bourbonnais en 1536. Il épousa Anne de Boulogne; en 1498, il reçoit 1,500 liv. de pen- sion, 2,000 en 1506; après 1508, il ajoute à son titre celui de comte de la Marche, puis de comte de Lisleman. En 1502, il com- mandait une compagnie de 100 lances, en garnison à Bordeaux (ms. Clair. 240, p. 559; Tit. orig., Stuart, n»^ 2-11, 15; Stuart d'Aubigny, 15). Il fut envoyé à Rome, et l'on possède encore sa correspondance (ms. fr. 3075). C'était un homme blond, à la barbe courte, aux lèvres minces et serrées, aux yeux perçants, à la figure hardie, intelligente, d'une expression opiniâtre et un peu dure (Rouard, François /e"" chez M""^ de Boisy, pi. XII).
Le roi faisait à son ancien gouverneur, Antoine « Contour, » une pension de 120 livres (compte de 1499, Portefeuilles Fontanieu). Le duc d'Albanie recevait 1,500 liv. (Id.)
2. Philippe de Glèves et de la Marck, seigneur de Ravenstein, fils d'Adolphe de Clèves et de Béatrix de Portugal, mort en 1528. Il épousa Françoise de Luxembourg, dame d'Enghien; d'abord gouverneur des Pays-Bas, il commanda ensuite la cavalerie de Maximilien contre les Français à Guinegate. Cousin de Louis XII (fils, comme on sait, de Marie de Glèves), il avait déjà ressenti les bons offices de Charles VIII, qui en 1191 lui fit à l'Écluse d'im- portants envois d'argent. Louis XII, dès son avènement, lui assi- gna une pension de 14,000 liv. et lui fit, en outre, un présent de 4,000 liv. On voit que le premier commandement important fut, pour le sire de Ravenstein, le présage d'un rôle considérable (Tit. orig., Clèves, n^^ 14-18, 22-31 ; compte de 1409, Portefeuilles Fon- tanieu).
Les Clèves n'étaient pas riches; selon un usage assez fréquenta l'époque, Jean, Philippe et Marie de Clèves renoncèrent, le 6 fé- vrier 1488-1489, à leur part dans l'héritage de leur aïeul, le duc de Brabant, en faveur de leur frère aîné, Engilbertde Glèves. En 1486,
Oct. 1499] L'ENTRÉE DE MILLAN. 99
de GuyseS le compte de Ligny, l'infent de Fouez^, le compte de Duiioys', le sire de la Trimoille", le seigneur
ils avaient renoncé pareillement aux biens de leur mère, pour aider leur frère à soutenir son rang (fr. 4730, fol. 72; fr. 4789, fol. 1-4; fr. 2894, fol. 112). Il est vrai que cette renonciation a été, plus tard, révoquée en doute [Inventaire de la maison de Nevers, ms. fr. 11876-77).
Malgré tout, ce n'est pas sans un certain étonnement qu'on voit ensuite le sire de Ravenstein se mettre à la solde du duc de Savoie (ms. fr. 2812, fol. 2).
\. Jacques d'Armagnac, comte de Guise, puis duc de Nemours. Nous en parlerons plus loin.
2. L'infant de Foix était le célèbre Gaston de Foix, depuis duc de Nemours et Folgore di guerra [Annali di Fcrmo, publiées par G. de Minicis), tué à la bataille de Ravenne le 11 avril 1512, à vingt-trois ans. Il était fils, comme on sait, de Jean de Foix, vicomte de Narbonne, et de Marie d'Orléans, demi-sœur du roi. Le roi Taimait comme un fils. En 1499, ce n'était encore qu'un enfant.
3. François d'Orléans, comte de Dunois, petit-fils du célèbre Dunois, et, par conséquent, cousin du roi.
4. La personne de Louis II de la Trémoille est assez connue pour que nous n'ayons pas à en parler ici. A la tète d'une grande fortune personnelle, il avait épousé, en 1484, Gabrielle de Bourbon ; il gagna la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier, assista au mariage de Charles YIII, fit la campagne de 1495, brilla à Fornoue. Le soldat aimait sa bonne grâce et sa libéralité ; on l'appelait Vraye- Corps-Dieii, à cause de son juron habituel. La Trémoille avait pris pour fanion une flamme jaune à bordure noire à deux lisérés blancs, avec une roue comme emblème et la devise : « Sans sortir de l'or- nière » (comte de Bouille, les Drapeaux français, p. 133). On voit ce fanion dans les miniatures du ms. de Jean d'Aulon. La Tré- moille avait un fils, le prince de Talmont, fidèle image de sa bra- voure et de son entrain. Ce jeune homme périt à la bataille de Marignan (ms. Moreau 774, n° 7).
Au point de vue militaire, La Trémoille, en 1498, commandait 50 lances. Sa compagnie grossit peu à peu ; après la campagne, elle tint garnison au village de Candia, près de Verceil. En 1501, la compagnie de 50 lances (compte de 1501, ms. fr. 2960) devint de 80 lances (m?, fr. 25783, n^^ 31, 35), et même elle hérita, eu 1503, d'une partie de la compagnie du sire de Miolans, dissémi-
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d'Avanes*, le marquis de Routelin^, le mareschal de Gyé, le seigneur de Lautrec^, les bastartz Matieu et
née dans les garnisons du duché de Milan (id., n» 54). Avant la guerre, la compagnie du sire de la Trémoille tenait garnison à Beaune, en Bourgogne (id., n" 14) ; elle revint plus tard à Auxonne où 50 lances de la Trémoille tenaient garnison en 1509 (ms. fr. 25784, no 121). Louis de la Trémoille était alors gouverneur et lieutenant général du roi en Bourgogne, premier chambellan, capi- taine de 80 lances. On sait son rôle au siège de Dijon ; il fut ambas- sadeur en Suisse en 1513 (ras. fr. 20979, fol. 74). En 1517, il épousa en secondes noces Louise Borgia, fille de César Borgia (ms. fr. 23986), à laquelle il reconnut un douaire de 2,734 liv. de rente. La Tré- moille portait les titres de « comte de Guynes et de Benon, vicomte de Thouars, prince de Talmont, baron de Graon et de Seuly. » (Tit. orig., La Trémoille, n»* 71, 72; Jean Bouchet; Commines; ms. fr. 26107, n° 296, etc. — Nous avons parlé de lui en détail dans la Veille de la Réforme.)
d. Gabriel d'Albret, sire d'Avesnes et de Lesparre, pensionnaire du roi (compte de 1499, portefeuille Fontanieu), avait d'abord porté le nom de sire de Lesparre. La seigneurie d'Avesnes était d'ail- leurs une des nombreuses seigneuries contestées à Alain d'Albret. Gabriel, son fils aine, recevait, dès 1486, une pension de 600 liv. Chambellan, il devint, en 1492, grand sénéchal de Guyenne avec une pension de 3,000 liv. et des gages de 1,200 liv. Sous Louis XII, il conserva ces diverses fonctions, avec une pension réduite à 2,000 liv. Il mourut fort jeune en 1503, sur le point d'épouser Char- lotte d'Armagnac, héritière des grands biens de la maison d'Ar- magnac (Tit. orig., Albret, n»^ 207, 208, 213, 214, 217, 347, 348; Procédures politiques du règne de Louis XII; ms. fr. 20604, fol. 159 v», etc. Cf. Kervyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commines, II, 19 et 87, n. 2).
2. Désigné plus loin sous le nom de Maréchal de Bourgogne.
3. Jean de Foix, sire de Lautrec, était pensionnaire du roi pour 4,000 liv. (compte de 1503, ms. fr. 2926). Le célèbre Odet de Foix, seigneur de Lautrec, vicomte de Lesparre, maréchal de France, gouverneur de Guyenne et du Milanais, mort au siège de Naples le 15 août 1528, frère de la belle madame de Châteaubriant. On sait combien il est devenu célèbre; mais il ne commença à jouer un rôle important qu'à partir de 1512. En 1499, il était fort jeune.
C'était un homme de belle apparence, à la figure pleine, régu-
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Charles de Bourbon^ et tant d'autres comptes, barons, chevaliers, gens d'armes et souldarlz que la noblece et nombre d'iceulx toute admiracion d'excellant extime donnoitaux yeulx qui le triumphe vouloyent regarder^. Les fausbourgs et ruhes de la ville, par ou le Roy devoit passer, estoyent honnorablement tendues et parées^, et, entre autres choses dignes de veuhe, de
lière, un peu dépourvue d'expression toutefois ; sans barbe, aux cheveux châtains, aux yeux bleus en olive (voir son portrait, ms. fr. 13429, fol. xxxvi). Il épousa en 1520 Charlotte d'Albret, fille du sire d'Orval (ras. fr. 11877, p. 3578).
1. Le bâtard Mathieu de Bourbon, seigneur de Bothéon en Forez, dit le grant bastard Mathieu, fils naturel du duc Jean II de Bour- bon. Il se distingua par sa vigueur et sa bravoure; à Fornoue, il fut fait prisonnier; il devint gouverneur de Guyenne et de Picar- die, amiral de Guyenne; il commandait, en 1499, une compagnie de 50 lances en garnison à Reims (ms. Clair. 240, fol. 501; fr. 2960, compte de 1501) et non de 500 comme l'imprime le P. Anselme. Il fut exécuteur testamentaire du duc Pierre de Bour- bon en 1503, maréchal de Bourbonnais la même année; il mou- rut en 1505.
Il était, en outre, capitaine de Château-Trompette, à Bordeaux, aux gages de 100 livres (compte de 1503, ms. fr. 2927).
Le bâtard Charles de Bourbon, seigneur de Lavedan, de la Chaus- sée et de Malause, baron de Chaudesaigues, fils naturel du duc Jean II de Bourbon. Il était sénéchal de Toulouse dès 1493 et fit, en cette année, une distribution de soupe aux pauvres de Tou- louse en l'honneur de la Saint-Louis (ms. fr. 26106, n° 14) ; il fut sénéchal de Toulouse et d'Albigeois, capitaine de Busset, puis sénéchal deBourbonnais en 1499 (id., n»' 108, 4 ; le P. Anselme, etc.).
2. Les ambassadeurs de "Venise accompagnaient aussi le roi et figuraient, d'après leur rapport, au rang d'honneur dans le cortège formé à l'entrée de la ville : à la fin du cortège, on voyait les ambas- sadeurs de Gênes, Florence, Sienne, Lucques et Pise; « deinde turba magna, quam nemo dinumerare poterat. » En tête mar- chaient 500 hommes d'armes divers et 300 hommes des ordon- nances de la plus belle tenue.
3. Tute coverte de pani de lana de diversi colori.
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deux sin^ifulieres aornées : l'une, du lys verdoyant, qui de rentrée de la cyté jusques a la grant eglize de Nostre